TRANSMISSION DU SERVICE
qu'il n'a « pas d'ordres à... donner (1) ».
Ainsi, dès le premier jour, les pressentiments de Jarras se réalisent. A l'heure où le salut dépend en grande partie d'une entente parfaite entre ces deux collaborateurs, ils s'éloignent l'un de l'autre, défiants, presque hostiles. Telles furent leurs relations jusqu'à la fin de la campagne. Bazaine tint Jarras systématiquement à l'écart (2) et en fit « un instrument passif (3) » . Il ne lui communiqua ses projets qu'au moment où il donnait ses ordres d'exécution, de sorte que Jarras n'eut jamais le temps de les étudier et de proposer les mesures de détail nécessaires.
La transmission du service se fit d'ailleurs avec une blâmable légèreté : le major général se retira purement et simplement du quartier impérial en attendant qu'on pût lui confier le commandement d'un corps d'armée; Lebrun fut attaché à la personne de l'empereur. Jarras se dispensa de demander à l'un et à l'autre les indications nécessaires (4) . Telles furent les circonstances déplorables qui présidèrent à la remise si délicate du commandement. Des incertitudes,
(1) Général Jarras, loc. cit., 81.
(2) Procès Bataine, Déposition du général Jarras, 213.
(3) Général Lkiiri'n, loc. cit., 289
(4) Sur les négligences dans la transmission du commandement, voir Procès Bazaine : Dépositions du maréchal Le Biruf, 205-299; du général Lebrun, 208, 399; du général Jarras, 212-
des erreurs, des fautes étaient inévitables, e d'autant plus graves que Ton était à la veill d'événements décisifs. Celles qui se produisiren dépassèrent encore tout ce que l'adversaire pou vait espérer.