‹ 1870, la guerre en Lorraine (volume 2)Chapitre 86 sur 165 · PROJETS DE MOLTKE · texte numérisé non relu

PROJETS DE MOLTKE

de passage de la Moselle ne sont même pas gardés (1). Très judicieusement, Frédéric-Charles estime nécessaire de pousser le plus tôt possible de giandes masses de cavalerie sur les plateaux entre Moselle et Meuse, de façon à savoir si l'armée française se replie sur Verdun. La 19* division d'infanterie, qui doit leur servir de soutien à Pont-à-Mousson, atteint Delme dans la nuit du 12 au 13 (2).

Les rapports des commandants des Ire et IIe armées, reçus à Saint-Avold dans l'après-midi du 1 1 août, amènent Moltke à penser que le gros de l'armée française se replie par Metz au delà de la Moselle. C'est sur cette donnée inexacte qu'il Expédie des ordres à 4 heures et demie (3). La I" armée devra se porter, le lendemain 13, vers la Nied française — le gros sur la ligne Les Elan.-; s- l'ange — et couvrir la gare de Courcelles; la cavalerie reconnaîtra vers Metz et franchira la Moselle en aval. Ainsi, la lr'' armée proté-

(1) Historique du grand Etat-major pi nssien, IV, 421).

B) Von de» Goltz, loc, cit., 41.

(3) Le» trois ordres de Moltke en date du 9, il et 12 août rent une observation d'ensemble. Tous trois ont pour ori- ;;ï 1 1 1- et pour fondement les nus, ignements fournis par la cavale- Iflrie, mais ebaque l'ois il s'écoule près de dois journées entre la constatation des faits et leurs conséquences stratégiques. Bien il i événements pouvaient se produire dans cet intervalle et certains sont en effet survenus, modifiant complètement la situation de (adversaire qui servait de point de départ à l'ordre. Comme l'a dit le capitaine Gilbert, « l'offensive en stratégie ne doit pas se traîner à la remorque des informations* (loc. cit., 177).

géra le flanc droit de la IIe. Celle-ci a poi mission de s'avancer jusqu'à la ligne Buchy- Château-Salins, en poussant ses avant-postes sur la Seille et de s'emparer, si possible, des passages de Pont-à-Mousson, Dieulouard, Marbache, etc. Sa cavalerie devra envoyer des reconnaissances au delà de la Moselle. La IIIe armée continuera sa marche vers la ligne Nancy- Lunéville (1).

Le grand quartier général allemand était persuadé, selon l'historique officiel, « que l'intérêt des Français leur commandait d'effectuer le plus tôt possible la jonction de l'armée du Rhin avec les forces en arrière... Depuis le général en chef jusqu'au commandant d'avant-garde, tous tendaient donc invariablement et toujours au même but, mettre obstacle à ce dessein supposé (2) » .

Les faits sont loin de répondre à une telle assertion. Avec cette appréciation de la situation et ce projet, on aurait dû diriger à marches forcées, sur la rive gauche de la Moselle, les corps de la H* armée les plus à proximité de la rivière 60 chargeant ta I'" armée de couvrir leur passage, par une position prise au sud-est de Metz. Ol rien dam l'ordre du 12 n'indique, de la part dé Ifoltke, l'idée de rejoindre les Français sur la rive

li ( lance militaire <lu maréchal de Moltke, n" 149

t%) UUtorientê du </»«//•/ Etat-major prussien, VI, 878, sv.i.

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gauche et de les arrêter dans leur retraite supposée vers la Meuse.

Le grand quartier général allemand commandait-il à la situation, ainsi que le déclare également l'historique officiel (1)? Il semble attendre au contraire qu'elle se dessine. Loin de chercher à imposer sa volonté, il parait vouloir modeler ses décisions sur les actes de l'ennemi. L'initiative et la solidarité remarquables des chefs subordonnés, mais surtout l'inertie et l'incapacité de l'adversaire lui permettront seules de tirer un parti avantageux des événements qui se produiront sous Metz, comme à Frœschwiller et à Forbach, contre son attente et parfois contre ses intentions.

(1) Historique du grand État-major prussien, VI, 878.

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