ILLUSIONS DE STEINMETZ
au nord et détachant six compag^nies vers le confluent des deux ruisseaux. Sur Tordre de Steinmetz, d'autres troupes s'acheminent encore vers le ravin de la Mance. D après un rapport du (général von Wedell, il apparaît que «dans l'état actuel de la lutte, un mouvement qui déborderait la gauche française aurait pour conséquence de rendre les Allemands maîtres des hauteurs opposées (1) n . Celte appréciation corrobore les observations personnelles de Steinmetz : le feu de 1 artillerie française est sensiblement moins \if; certaines batteries ont commencé à se retirer l'2) ; les fermes du Point-du-Jour et de Moscou sont en flammes; sur toute la ligne, Steinmetz croit voir « l'infanterie prussienne se porter impétueusement en avant, et les troupes françaises s égrener devant elles et regagner la crête par groupes épars (3) . . . ». De la retraite de nos bataillons d'avant-postes et de celle des défenseurs de Saint-Hubert, Steinmetz conclut à un ;jrand ébranlement chez l'adversaire " et se peraade qu une nouvelle poussée contre son front et son flanc fixera la victoire sur cette partie du champ de bataille (4) .
(1) Hùtoriifue du ffrand État-major prussien, VI, 772.
(2) Le feu de rartillerie française est complètement e'teint sur le front du 2' corps; cinq batteries du 3* corps tirent encore par intermittences (Metz, III, 377).
(3) Historique du grand État-major prussien, VI, 772.
(k) Hœnig fait remarquer que, des mêmes événements, Stein-
Steiiimeiz arrête aussitôt ses dispositions. Le général Hartmann, avec la 1" division de cavalerie, franchira le défilé de Gravelotte; son régiment d'avant-garde passera en arrière de Saint-Hubert, obliquera vers la gauche dans la direction de Moscou pour se jeter sur l'ennemi « qui est en train de battre en retraite » ; toutefois il ne dépassera pas les glacis de Metz. Toute la division suivra ce régiment. La 26' brigade se portera d'Ars sur Vaux, avec mission d'opérer contre l'extrême gauche ennemie. L'artillerie du VH* corps, enfin, franchira le défilé et s'établira à l'est du ravin, sur les hauteurs au sud de la route; la 27" brigade, chargée de la couvrir, s'avancera de Gravelotte jusqu'à la lisière du bois (1). Ces dispositions extravagantes qui, selon une juste expression, resteront « célèbres dans l'histoire militaire (2) » , ne sauraient nullement convenir à une attaque. Tout au plus s'appliqueraient-elles à un ennemi en déroute; au reste, elles jetaient la cavalerie non point vers les glacis de Metz, mais dans l'im-
metz et Gœben tiraient des conclusions absolument opposées {loc. cit., 206).
(1) JcNCK, JJie 1 . Kavallerie Division im Kriege 1870-187 1 (Metz, III, 370). — \J Historique de l' Etat-major prussien donne de ces ordres une analyse très succincte, et ne reproduit pas la recommandation au moins superflue de ne pas d(^passer les glacis de la forteresse.
(2) FriU HoBNio, loc. cit.. 211.