‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 104 sur 168 · CONTRE-ATTAQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

CONTRE-ATTAQUE FRANÇAISE

vers le bois, fusillées d'ailleurs par les tirailleurs du 60* qui confondent amis et ennemis. Trois compagnies de ce dernier régiment sont également rejetées dans le ravin de la Mance. Déjà les balles pleuvent autour du point d'observation de Steinmetz, à Test de Gravelotte, et il faut l'intervention du .99* pour arrêter notre contre-attaque.

Bien que, malheureusement, cette offensive ait été isolée, elle met un terme aux tentatives des troupes prussiennes pour prendre pied sur le plateau du Point-du-Jour. La 3P brigade échoue de même dans tous ses efforts pour gagner du terrain soit à l'est de Saint-Hubert, soit vers Moscou. Vers 5 heures, elle est éparpillée sur tout le front de la 30% sans avoir produit un notable changement dans la situation. Ses pertes sont considérables en face de la pauvreté du résultat. Une des batteries du VIP corps, aventurées vers Saint-Hubert, se replie, à bout de forces, dans le ravin de la Mance ; l'autre reste seule en action derrière les jardins de la ferme. En face, vers Moscou, cinq batteries françaises tirent encore par intermittences toutes les fois que le ralentissement des feux de la puissante ligne d'artillerie du plateau de Gravelotte permet aux servants de sortir de leurs abris (1).

(1) Historique du grand État-major prussien, VI, 779-780; Kusz, lac. cit., I, 10; Journal de marche de la brigade Jolivet;

A l'extrême gauche de notre ligne, la brigade Lapasset est toujours rassemblée vers 4- heures sur l'éperon au nord -ouest de Rozérieulles, tenant par ses postes avancés Sainte-Ruffine et le bois du Peuplier aii nord de Vaux, En face d'elle, la brigade von derGoltz (1), laissée le matin à Ars pour observer la vallée de la Moselle (2), a reçu, vers 3 h. 30, l'ordre de se porter sur Vaux « pour opérer contre l'extrême gauche ennemie •> . Tne demi-heure après, elle se met en marche. Dès la sortie d'Ars, la colonne subit le feu de deux batteries de la réserve générale que Baznine a fait placer sur le rebord méridional du plateau du Saint-Quentin (3). Tandis que deux bataillons prussiens, traversant Vaux, gravissent les pentes au nord et s'emparent du bois du Peuplier, le gros de la brigade chasse de Jussy une compagnie du SA". Von der Goltz ne peut progresser au delà sous les feux du 97% d'une section d'artillerie de la Garde installée à Sainte-Ruffine et de trois batteries occupant la croupe au nord-ouest de Rozérieulles. Il se contente de ce mince résultat

Historique manuscril du 76'; Metz, III, 390, 397. — La batterie prussienne obligée de se retirer a perdu presque tous ses servants : c'est à peine s'il lui reste assez d'hommes valides pour servir une pièce.

(1) 26' brigade, du VIP corps.

(2) Vers une heure, les pièces de gros calibre du Saint-Quentin ont lancé quelque» projectiles sur les fractions avancées de la brigade. Le résultat est insigniHant.

(3) Historique des 5* et 8« batteries du 13*.

DIVERSION" A NOTKE GAUCHE 278

qui facilite, il est vrai, aux troupes allemandes le débouché du bois de Vaux et couvre vers Metz les communications de la V armée. Une brigade mixte du I" corps, envoyée par Manteuffel de Gourcelles-sur-Nied vers Vaux, débouche d'Augny à 4 h. 30 et établit à la ferme Orly une batterie qui tire sur Sainte-Ruffine sans grande efficacité. pp Deux heures plus tard, un bataillon occupe Tournebride et, malgré le feu du fort Saint-Quentin, pousse une compagnie sur la Maison-Rouge '1] . Ainsi se termine la faible diversion tentée par les Allemands à notre extrême gauche : elle a pour effet incontestable d'attirer de ce côté l'attention de Bazaine qui va craindre, comme l'avant-veille, d'être coupé de Metz.

Le roi Guillaume et Moltke sont arrivés à la Malmaison vers 4 heures. Au lieu du succès annoncé par Steinmetz (2) et déjà escompté par le grand quartier général, il? assistent à la débâcle du défilé de la Mance. Aux termes d'un message du commandant de la V armée, qui parvient au roi une demi-heure plus tard, u le combat sur le front est indécis et, pour remporter ici un succès, une attaque vigoureuse contre 1 aile droite ennemie est nécessaire (3) » . Steinmetz, accouru

(1) Historique du grand État-major prussien, VI, 792-797.

(2) «Contrairement à ce que l'on attendait... » {Historique du grand Etat-major pi-ussien, VI, 787).

(3) Fritz HoEsiG, loc. cit., 243.

27V SAINT-PHIVAT

pour faire son rapport au roi, est très maf accueilli. Tous deux s'étant mis à l'écart, leur entretien ne put être surpris; mais, « par la vivacité de ses gestes et la gravité de ses traits lorsqu'il quitta Steinmetz, les spectateurs conclurent que le roi lui avait exprimé son mécontentement au sujet des mesures prises antérieurement et surtout au sujet de l'attaque prématurée de la l" armée (1) » .

Vers 5 heures, l'attaque de Steinmetz et de Gœben sur le Point-du-Jour est frappée définitivement d'impuissance : la ferme résistance de nos troupes a suffi pour briser l'effort de l'assaillant. Une accalmie se produit sur ce point du champ de bataille comme sur le front de la IP armée : elle résulte à la fois des tentatives infructueuses des Allemands et de l'immobilité persistante des Français; les uns ne peuvent plus avancer sans renforts, les autres sont rivés sur leurs positions, faute de l'esprit offensif qui leur a valu jadis tant de victoires (2) .

(1) Fritz HoENiG, loc. cit., 269.

(2) Rien ne permet d'affirmer, comme l'a écrit l'ëtat-major prussien, que «< les Français s'abstinrent île prendre l'offensive par crainte d'une contre-attaque de Hanc partant du bois de Vaux et par suite de la supériorité de l'artillerie allemande" {Der 18. August 1870, 289).

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