INERTIE DE BAZAINE
Razaine prévenu de l'importance de l'action. — Le capitaine de Bellegarde. — Mouvements de la Garde. — Mission du capitaine de Chalus. — Bazaine au mont Saint-Quentin. — Rapports du commandant Guioth. — La division Forton se replie sur le Ban Saint-Martin. — Préoccupations de Bazaine pour sa gauche. — Faibles probabilités d'une attaque sérieuse sur ce point. — Bazaine sur les hauteurs de Plappeville. — Ordre verbal confié au commandant de Beaumont. — Retour de Bazaine à son quartier général. — Télégramme à l'empereur.
Dès le commencement de l'action le commandant en chef n'a pu méconnaître l'importance de la lutte tragique qui se déroule. Si la direction du vent et la configuration du terrain assourdissent peut-être la canonnade (I), par contre des renseignements précis parviennent au quartier
(1) Procès Bazaine, Déposition du lieutenant-colonel Fay, 258 : « ... C'est étrange à dire, mais, par suite de la direction du yent ou en raison de la disposition des lieux, nous n'entendions rien. » Le colonel d'Andlau déclare au contraire {loc. cit., 86) que l'on entendait i l'effroyable canonnade ■• . — Jarras dit que K l'on n'entendait que par intermittence et même très faiblement le canon de la bataille » {loc. cit., 126).
général (1). Jarras donne l'ordre de seller et se rend auprès du maréchal, convaincu qu'il le trouvera prêt à partir. Mais Bazaine le renvoie, l'invitant « à prendre patience, et... recommandant de pousser avec la plus grande activité un travail d'avancement... impatiemment attendu dans toute l'armée (2) » . Il répète à tout instant que cette aflFaire ne peut être sérieuse et, pendant la journée entière, il s'attachera obstinément à cette opinion, peut-être pour se dispenser de faire acte de commandant en chef, peutêtre aussi parce qu'un insuccès justifierait, aux yeux de tous, la retraite définitive sous Metz à laquelle il est déjà résolu (3) .
Entre une heure et 2 heures se présente le lieutenant de Bellegarde chargé par Ganrobert de demander des secours en hommes et en munitions : « Vous direz au maréchal Ganrobert, répond Bazaine, que je donne l'ordre au général Bourbaki de lui envoyer une division de la Garde pour le cas où l'attaque dont il est l'objet deviendrait plus sérieuse; que j'envoie aussi l'ordre au général Soleille de lui envoyer une batterie de 12 (4)... » Deux batteries de ce calibre — au lieu d'une — sont dirigées sur Saint-Privat, mais
(1) Procès Bazaine, Déposition du colonel LcwaI, 275; maréchal Bazaine, Épisodes, 104. — Voir suprà, p. 195.
(2) G<5néral Jarras, loc. cit., 122-123.
(3) Cf. colonel d'Anduio, loc. cit., 99; Metz, III, 397.
(4) Procès Bazaine, Déposition du capitaine de Bellegarde, 277.