INITIATIVE DE BO0RBAKI
dans la direction d'Amanvillers « afin de la rapprocher des troupes qu'elle pourrait être appelée à soutenir (1) » ; il envoie ensuite vers Saulny un de ses aides de camp, accompagné de quelques dragons, avec mission de s'assurer si l'ennemi menace « de tourner notre extrême droite par les routes de Briey et de Thionville (2) » .
Ainsi, dès 4 heures de l'après-midi, une division entière est rassemblée à moins de quatre kilomètres de Saint-Privat. On ne saura malheureusement tirer aucun parti de l'heureuse initiative du commandant de la Garde (3) .
A Plappeville, Bazaine attend avec une indifférence, une sérénité et une inconscience complètes l'issue d'événements qu'il ne veut prévoir ni diriger. De nouveaux messages lui montrent pourtant, à n'en pas douter, l'importance de l'action. Vers 3 heures, arrive un billet de Le Bœuf : « Attaque sur toute la ligne par l'artillerie, qui est nombreuse. Nous tenons bien; je suis tranquille. » Peu après, le capitaine de Chalns sollicite, de la part de Ganrobert, « de presser l'envoi d'une colonne de munitions et d'une
(1) Note du général Bourbaki.
(2) Ibid.
(3) Metz, III, 400-405.
division d'infanterie, déjà demandées Tune et l'autre » . Ghalus explique à Bazaine comment s'est produite l'attaque contre le (>' corps dont la situation, à son départ de Saint-Privat, « commençait à donner de graves inquiétudes » . Sans paraître se préoccuper davantage de cette information, Bazaine répond que la colonne de munitions demandée est « déjà partie » , et qu'il va faire hâter le départ de la division d'infanterie. En réalité, aucun ordre n'est envoyé à la Garde, et Chalus ne peut obtenir que quatre caissons (1) . Selon d'Andlau, Bazaine se contente de répondre à d'autres officiers qui viennent le prévenir de ce qui se passe à une ou deux lieues de son quartier général : « C'est bien : votre général a de très fortes positions; qu'il les défende (2) !...»
Après le départ de Ghalus, entre 3 heures et demie et 4 heures, Bazaine se décide enfin à monter à cheval, mais il ne se dirige ni vers les positions de Ganrobert, ni même vers celles de Le Bœuf, dont les rapports auraient du, ajuste titre, lui inspirer certaines inquiétudes. Il se rend
(1) Instruction relative au procès Bazaine, Déposition du capitaine de Chalus. — D'après ce même ofKcier, Bazaine aurait reçu à ce moment « un petit mot d'un général de division... dans lequel il était dit que tout allait bien à la droite du 6'' corps» {Ibid.). — Chalus n'a pas pu préciser le nom du général en question (Procès Bazaine. Disposition du capitaine de Chalus. 277).
(2) Colonel D"A>DLir, loc. cit., 87.