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290 SAINT-PHIVAT
Quelles que soient les raisons qui prévalent dans son esprit, le prince de WOrtemherg, après en avoir référé à Frédéric-Charles, prend, vers 5 h. 15, la résolution d'engager la Garde. Il prescrit d'abord à la i"" brigade, massée an nord de Saint-Ail, d'attaquer dans la direction de Jérusalem. Puis il se rend auprès du général von Pape, à Sainte-Marie, et lui donne également ses instructions pour la 1" division : attaquer et enlever Saint-Privat. De Sainte-Marie, von Pape a pu se rendre compte plus exactement de la situation tactique; il devine l'étendue des sacrifices que coûtera l'exécution de cet assaut et, avant de se résoudre à ce véritable holocauste, il présente quelques objections au prince. N'est-il pas prudent d'attendre que l'artillerie ait mieux préparé l'attaque et que le mouvement des Saxons soit plus prononcé? Une action directe aurait bien peu de chances de succès contre Saint-Privat, qui a pour ainsi dire la valeur d'un poste fortifié. Le prince répond que les Saxons doivent déboucher devant Roncourt à 5 heures, et qu'il est déjà 5 heures et demie. Au surplus la 4' brigade est déjà en marche, et on ne peut la laisser attaquer isolément. Puis, pour couper court aux sages observations de son subordonné, il aurait ajouté : " Allons! Avec vous on n'en finit jamais! (I) »
(1) Dei 18. Auguit 1870, 385,408; Kouz, loc. cit., 49.
DISPOSITIONS POril l. 'ATTAQUE 291
Ainsi , la Garde prussienne va se porter à l'assaut d'une localité distante de 2 000 mètres environ de son point de départ, sans s'être suffisamment rapprochée de Tobjectif, sans reconnaissance préalable du terrain qui, malgré son aspect découvert, présente des cheminements favorables, sans préparation par les feux de l'artillerie et de l'infanterie, sans nouvelles précises de la colonne chargée du mouvement tournant, sans même que le commandement ait assuré la simultanéité des attaques, partant l'une de Saint-Ail à 5 h. 15, l'autre de Sainte-Marie à 5 h. 45. Des fautes d'exécution aggraveront encore ces erreurs dans la conception.
Cependant les cinq bataillons disponibles de la 4' brigade se sont déployés sur un front d'environ 1 000 mètres entre Sainte-Marie et la gauche de la grande batterie de la Garde placée au sud-est de Saint-Ail. Le 2" grenadiers occupe la gauche, le 4^ tient la droite; tous deux ont pris des formations denses, colonnes de compagnie ou demibataillons. Ils vont se heurter à cinq compagnies du 93' laissées à mi-distance entre Sainte-Marie et Saint-Privat, au sud et près de la grande route, et surtout à la brigade du colonel Gibon — 25' de ligne à droite, 26* de ligne à gauche — établie sur la croupe à 1 200 mètres au sud-ouest de Saint- Privat, à cheval sur le chemin d'Habonville (1).
(1) Der 18. August 1870, 287; Metz, III, 424-425.
Dès les premiers instants du déploiement, iim grêle de balles s'abat sur les grenadiers, et éclali oit leurs rangs. La sécheresse des jours précédents a d'ailleurs durci le sol argileux, en sorte que beaucoup de projectiles qui touchent terro ricochent et portent. La résistance des compagnies du 93' aux abords de la grande route est de courte durée, en raison de l'épuisement des cartouches; mais des fractions du 9* bataillon de chasseurs et du 25'' de ligne couvrent le 2' grenadiers d'un feu extrêmement meurtrier. Le commandant Berbegier, qui se trouve avec son bataillon, I"du 70% vers la cote 334, voyant plier une partie du 25% entraîne ses compagnies et, après un mouvement offensif, fait exécuter un feu rapide (1) .
Exposé en terrain absolument découvert à une fusillade des plus intenses, le 2*" grenadiers, abandonnant l'objectif indiqué, oblique d'instinct vers la gauche pour gagner par bonds successifs le seul couvert qui soit à proximité et constitué par les fossés et le remblai de la route. Il est 6 heures. Déjà le régiment a perdu presque tous ses officiers, et il ne reste plus des compagnies «que des groupes insignifiants (2) » . On parvient
(1) Rapports du colonel Ganzin, du QS', 20 août; du colonel Henrion-Bortier, du 70', sans date; Historiques manuscrits des 25* et 70* de ligne; MeU, III, 425.
(2) Historique du grand État-major prussien, VI, 823.