‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 115 sur 168 · CONTRE-ATTAQUE DE CISSEY · texte numérisé non relu

CONTRE-ATTAQUE DE CISSEY

sent sur la croupe au sud-ouest de Saint-Privat, à 1500 mètres environ du village (1). Ce secours est des plus opportuns au moment même où la brig^ade est menacée sur son flanc droit. Placé à l'aile droite du -4" corps, le général de Cissey a constaté que la gauche du 6^ corps va être " débordée et tournée » ; il a prescrit en conséquence à son artillerie de reprendre le feu et à sa 2' brigade d'exécuter un rapide changement de front sur sa droite. Vers 5 h. i5, deux bataillons du 57' et un du 73' poussent leurs tirailleurs sur les pentes du vallon qui s'ouvre au sudouest de Jérusalem ; deux autres, en formation serrée, suivent. Les fractions de Taile droite du 4'' grenadiers ripostent par des feux rapides auxquels se joignent ceux des batteries voisines. Toute la ligne française s'arrête, et le général de Cissey, se contentant d'avoir ralenti « les progrès de la colonne ennemie » , suspend sa contre-attaque malgré les forces supérieures dont il dispose (2). La brigade de dragons du 4' corps esquisse des préparatifs en vue d'une charge, mais disparait bientôt sous les balles des grenadiers. De leur côté, les fractions prussiennes les plus avancées arrivent à 1 200 mètres environ de la sortie sudouest de Saint-Privat : presque toutes les compagnies sont dissociées, décimées et privées de leurs

(1| Historique du grand État-major prussien, VI, 825.

^'2) lîapport du général de Cissey, 23 août: Metz. III, 439.

officiers; un seul officier supérieur a été épargné par les halles. Vers G h. îiO, le 4' grenadiers, comme le 2% parvient à se maintenir sur le terrain conquis, mais sans pouvoir pousser audelà (i).

Au moment où la i" brigade de la Garde reçoit du général von Pape Tordre de se porter sur Saint-Privat, elle est formée sur trois lignes au sud-ouest de Sainte-Marie, et face au village, le 3" régiment à droite, le i" à gauche. A 5 h. 45, la brigade s'ébranle : elle doit exécuter deux changements de direction successifs, afin de contourner Sainte-Marie et de passer au nord de la grande route. C'est une manœuvre en masse, usitée parfois sur le terrain d'exercices, mais à proscrire devant l'ennemi. Après la première conversion et le franchissement de la chaussée, les colonnes tombent sous un feu si intense de mousqueterie et d'artillerie que le second changement de direction est rendu presque impossible. Le général de brigade parvient à redresser, face à Saint-Privat, le bataillon de fusiliers du 3'" règi-

(1) Uislorifjuc du (jrand Étal-major prussien, VI, 826-827; Journal de marche du fi" corps. — Le» pertes du 4* grenadiers dans la journée du 18 s'élèvent à 27 ofHcicrs, 902 houimcs de troupe. La plupart se produisent dans la période de l'action que l'on vient de relater.

LA i" BRIGADE DÉCIMÉE Î97

ment, mais tout le reste continue à cheminer vers Roncourt. Les fractions françaises des 9F, lO*" et 93^ de lig^ne, qui occupent la terrasse à I ouest de Saint-Privat, criblent de balles ces troupes en formation dense et les contraignent à chaque instant à se jeter à terre. Les pertes sont effrayantes; déjà plus de 50 officiers sont tués ou blessés ; a les compagnies fondent à vue d'oeil sous le feu meurtrier des chassepots » . Les fusiliers du 3^ régiment ont pu gagner néanmoins un peu de terrain ; successivement les autres unités viennent se déployer à leur gauche. Mais neuf compagnies ont poussé si loin dans la direction de Roncourt qu'elles dévient définitivement de la direction assignée, et joindront plus tard leurs efforts à ceux des Saxons. Les quinze autres ont atteint, au prix des plus lourds sacrifices, le rebord de la terrasse que nos tirailleurs ont abandonné pour se replier sur Saint-Privat. A 6 h. 45, les débris de la i" brigade sont arrêtés, face à la lisière nord-ouest de Saint-Privat, à une dislance de 600 à 800 pas. Il reste à peine un sixième de l'effectif en état de combattre; les forces matérielles et morales de ces belles troupes sont épuisées (1).

(1) Ber 18. Auqust 1870, 417-430; Historique du grand Etat-major prussien, 830-832; Kuxz, loc. cit., 53, 63; Metz, III, 457. — Pertes : 1" régiment, 36 officiers, i 056 hommes; 3' régiment, 36 officiers, i 060 hommes.

S98 SÂINT-PRIVAT

Par suite de la direction imprévue prise par la 1" brigade, une trouée de quelques centaines de mètres s'est produite entre elle et la gauche de la 4% qui s'appuie à la route. Le général von Pape dirige le 2' régiment à pied dans cet intervalle. Contournant Sainte-Marie par le sud, ces trois bataillons frais se déploient sur deux lignes : le I" franchit obliquement la chaussée à 400 mètres à l'est du village et se redresse vers Saint-Privat; les deux autres suivent en échelons à droite. Un feu terrible les accueille. Le bataillon de tête parvient néanmoins, par une série de bonds, jusqu'à hauteur des fractions de la i" brigade. Mais tous ses officiers et 503 hommes sur 900 sont hors de combat. Le II* bataillon vient se former à sa droite, non sans pertes considérables. Le Iir, un peu moins éprouvé, par suite de la retraite de nos tirailleurs, se relie vers la chaussée à la gauche de la 4*" brigade (1).

Désormais, sur un front de près de 2 000 mètres, les débris de soi.\ante-deux compagnies de la Garde sont immobilisés face à Saint-Privat, à la merci d'une contre-attaque. Leur situation est « devenue fort critique... dit V Ilisloriijue officiel, car l'ennemi, posté à couvert, pouvait n'avoir subi que des pertes relativement faibles, et on

(l) Der 18. Aupist 1870, W3-436 ; Kusz, loc. cil., 68-70. — Pertes du 3^ régiiiicnl : 31) officiers, 1 076 hommes de troupe.

ISUTHE PASSIVITE 2yÙ

devait s'attendre à tout instant à lui voir prononcer un vigoureux retour offensif et culbuter sur Sainte-Marie les lignes sans consistance de l'assaillant. Mais, chose singulière, rien de semblable ne se produisit (1).. " Le G* corps persiste dans la défense passive de ses positions, et les troupes de la Garde, donnant un bel exemple de solidité, se maintiennent sur place. Sur l'ordre du maréchal Ganrobert, le général du Barail prescrit à la brigade de cavalerie légère Bruchard « d'exécuter une charge en fourrageurs, par escadron, sur l'infanterie ennemie (2)... » Les cinq escadrons du 3^ chasseurs, formés en colonne serrée et suivis du 2*" chasseurs, remontent vivementvers la crête derrière laquelle ils se tiennent depuis le commencement de la bataille, et apparaissent à peu près à mi-distance entre Roncourt et Saint- Privat. Deux escadrons du S*" chasseurs prennent le galop et se dirigent vers la gauche du 1" régiment de la Garde. Un feu intense, mais peu meurtrier, suffit à les arrêter. Toute la brigade Bruchard fait demi-tour et se rassemble à l'est de Saint-Privat (3).

(1) Historique du grand Etat-major prussien, VI, 834.

(2) Rapport du général de Bruchard, 20 août.

(3) Historique manuscrit du 3' chasseurs; Ber 18. Auqust 1870; Metz, III, 468. — Le général du Barail a émis plus tard l'opinion que cette charge était inutile et impraticable (III, 198). Le général von Kessel, commandant la i" brigade de la Garde, juge au contraire qu'elle eût rendu la situation de ses troupe*

Sur ces entrefaites, le général von Pape, préoccupé de renforcer la ligne d'attaque, a fait appel au 4' régiment, massé dans les rues de Sainte- Marie. A 6 h. 30, ces trois nouveaux bataillons débouchent du village par la sortie nord et, sur la recommandation du prince de Wurtemberg, suivent, sur un parcours de 500 mètres, le ravin qui descend vers Homécourt, puis changent de direction à droite. Ils gagnent ainsi, vers 7 h. 15, « sans avoir trop à souffrir » , la gauche de la 1" brigade (J). L'artillerie intervient à son tour pour fournir à l'infanterie un concours des plus puissants. Trois batteries installées jusque-là entre Sainte-Marie et Saint-Ail, se portent en deux bonds jusqu'à mille pas environ de Saint- Privat, un peu au sud de la route. A leur droite, l'artillerie de corps gagne de nouveaux emplacements à 800 mètres environ à l'est de Saint-Ail, de sorte que, vers 7 heures, fractionnée en deux groupes, elle canonne énergiquement, à courte distance, Saint-Privat, Jérusalem et Amanvillers. En peu de temps, Jérusalem est en feu, et plusieurs incendies se déclarent à Saint-Privat (2). Les nombreuses troupes, malencontreusement accumulées dans ces localités, souffrent cruelle-

i« Irè» périlleuse » (Kunz, loc. cit., 55, Rapport du général von Kessel). — Celte dernière appréciation semble être la vraie.

i'I) Uistoritjue du arand Ktat major prussien, VI, 834-835.

(2) Jbid., 836.

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