PROGRÈS DE L'ASSAILLANT
ne peut tenir longtemps au nord de Saint-Privat et se replie bientôt sur le village. Tandis que trois bataillons de la 48'' brigade font face à la forêt de Jaumont et aux hauteurs à l'ouest, tout le reste des troupes saxonnes marche du nord au sud sur Saint-Privat menacé déjà du côté de l'ouest par les troupes de la Garde. Parvenus à 800 mètres environ de la lisière, les deux bataillons du 107% qui forment à la fois • la gauche et la tète de la ligne d'attaque saxonne » , sont assaillis par une fusillade des plus meurtrières. En peu d'instants, le commandant du régiment et deux officiers supérieurs tombent; après quelques progrès , l'assaillant marque un temps d'arrêt. Le 4* régiment à pied de la Garde joint ses efforts à ceux du i07*, en prenant comme direction le saillant nord-ouest du village. Au prix de o pertes considérables » , il gagne également du terrain; puis, à bout de forces, il se couche à quelques centaines de mètres de la lisière. Cependant d'importantes réserves allemandes s'acheminent sur Saint-Privat : le 108' saxon et, derrière lui, la 46' brigade; les fusiliers de la Garde venus de Sainte-Marie; la 20^ division débouchant de Saint-Ail. L'artillerie saxonne accourt à l'aide de l'infanterie : vers 7 h. 15, seize batteries dont la gauche est à Roncourt, constituent, à 1 400 mètres environ de Saint-Privat, un demicercle de feux. Six batteries du X* corps devan-
çanl la 20" division, s'établissent peu après à leur droite, à HOO mètres à l'ouest du villag^e; en6n huit batteries de la Garde s'avancent jusqu'à midistance entre Sainte-Marie et Saint-Privat (1).
Cent quatre-vingts bouches à feu couvrent de leurs obus le point d'attaque et ses abords, détruisent les murs et les maisons, et provoquent de nombreux incendies, sans parvenir à chasser les vaillants défenseurs auxquels Canrobert, dans un superbe mépris de la mort, prodigue les encouragements, u II faut avoir été là, en ce moment, pour juger du courage et de l'abnégation de ces jeunes gens qui, presque siirs de mourir, restaient à leurs postes, le fusil à l'épaule et le doigt sur la détente. Il fallait être là aussi pour voir avec quelle ardeur les officiers prussiens essayaient d'enlever de la voix et du geste, pour les précipiter sur nous, leurs soldats encore hésitants. Enfin les bombes incendiaires pleuvent de tous côtés sur les toits du village; le feu éclate à la fois sur la maison d'ambulance et sur trois autres points; Saint-Privat tout entier s'enveloppe d'une immense vague de flammes. En même temps, l'ennemi établit une batterie sur la gauche et prend d'enfilade la rue principale. Un torrent de boulets et d'obus balaie tout ce qu'il rencontre dans cette rue (2) . »
(1) Historique du grand État-major prussien, VI, 843-847, 854.
(2) Historique maDuscrit du 4' de ligne.