RETRAITE DES 6* ET 4' CORPS
Dispositions prise* par Canrobert. — Le général Péchot chargé de couvrir la retraite. — Désorganisation de la Garde prussienne. — Mouvement en avant de l'artillerie allemande. — L'artillerie française des carrières de La Croix la tient à distance. — Arrivée des grenadiers à l'est d'Amanvillers. — Les batteries de la Garde. — Retour offensif du 25' de ligne. — Encombrement sur la route de Woippy. — Le flanc droit du V corps découvert. — Changement de front de la division de Cissey. — Repli organisé aux bois de Saulny. — Intervention do III* corps prussien. — Résistance énergique de la division Lorencez. — Retour offensif du 41* de ligne.
Dès qu'il a constaté Timpossibilité d'enraver l'assaut des Saxons, dont les fractions avancées vont atteindre Saint-Privat, le maréchal Canrobert a chargé le commandant Gaffarel de rendre compte à Bazaine de la nécessité pour le 6' corps de battre en retraite par la route de Saulny à Woippy. Caffarel devra ajouter que toutes les précautions sont prises " pour défendre jusqu'à la dernière extrémité l'entrée de la gorge de Saulny (I) » .
(1) Instruction relative au procès Bazaine, Déposition Caffarel.
Aussitôt après le départ de l'aide de camp, le maréchal Ganrobert fait commencer le mouvement que, malgré les circonstances critiques, certaines unités exécutent « avec beaucoup de calme» et dans un ordre imposant (I). La retraite est couverte par le général Péchot, qui a pris le commandement des H* et III' bataillons du 100'', du 2' chasseurs d'Afrique et du 94'. Ce dernier régiment, auquel se sont joints les débris du 9' bataillon de chasseurs, est chargé par Ganrobert de constituer l'extrême arrière-garde et de protéger ainsi jusqu'au bout l'artillerie et le convoi du 6' corps (2).
L'infanterie ennemie exténuée et occupée à se reconstituer ne fait d'ailleurs aucune tentative de poursuite. La Garde prussienne, en particulier, est dans la plus grande confusion. « Je renonce à peindre l'épuisement des hommes, dit l'un des officiers généraux de cette troupe d'élite. Le désordre effroyable qui se produisit dîms les villages avant l'arrivée de la nuit empêchait à peu près complètement d'obtenir quoi que ce soit. La chaussée débordait de voitures, de canons, d'hommes pêle-mêle. Tout se pressait vers Sainte-
(1) Rapport du général Bisson, 19 août; Historique manuscrit du 100' de ligne; Metz, III, 528-529.
(2) « Vous ne vous remettrez en marche vers Metz, dit Ganrobert au colonel de Geslin, que derrière le dernier caisson » (Le colonel de Geslin au ministre de la Guerre, janvier 1900). — Cf. Rapport du colonel de Geslin, 20 août; Metz, III, 530.
l'artillerie allemande 325
Marie où la confusion était à son comble. Beaucoup de blessés se trouvaient encore dans cette cohue sans exemple. Tout effort pour leur porter secours ou pour remettre de Tordre était inutile... Les profonds et larges fossés de la route furent dang^ereux pour beaucoup : les cris et les jurons des conducteurs dominaient l'appel des blessés qui, en grand nombre, y avaient cherché un abri. Je n'atteignis Sainte-Marie qu'à grand peine et trouvai les rues encombrées, les places remplies d'une foule si désordonnée que je perdis l'espoir de retrouver aucun de mes hommes (1) . » L'artillerie allemande qui, elle, a conservé sa cohésion, s'est portée en avant par échelons : vingt-trois batteries (2) viennent couronner les crêtes qui s étendent au sud de Saint-Privat, les dernières n'entrant en ligne qu'après la tombée de la nuit- Douze d'entre elles, secondées par sept batteries saxonnes déployées le long du chemin de Saint-Privat à la forêt de Jaumont, tirent sur l'artillerie française établie aux carrières de La Croix (3). Le lieutenant-colonel de Montluisant a réuni sur ces hauteurs douze batteries du 6*^ corps ; étagées sur plusieurs lignes, elles ouvrent le feu sur l'artillerie allemande dès son appari-
(1) Rapport da général von Kessel, cité par Krxz, loc. cit., 96-97.
(2) Appartenant à la Garde, au X' corps et à la 5* division de cavalerie.
(3) Historique du grand Etat-major prussien, VI, 855.
tion à hauteur de Saint-Privat, et la tiennent à distance (1). Onze batteries du 4* corps sont installées à l'ouest et au sud, et surveillent les hauteurs d'Amanvillers. D'autres forces interviennent d'ailleurs pour couvrir la retraite du 6' corps : une partie de la Garde impériale débouche enfin — mais trop tard — sur cette partie du champ de bataille.
Sur l'ordre de Bourbaki, les quatre batteries à cheval de la réserve ont quitté vers 7 heures le mont Saint-Quentin pour rejoindre les grenadiers. Il est près de 7 h. 45 quand elles arrivent sur le plateau de la ferme Saint-Vincent; Bourbaki se décide alors à reporter en avant une partie de ses troupes (2) . La brigade Jeanningros se met en marche avec les trois batteries de la division de grenadiers, deux batteries de la réserve et un régiment de cavalerie du 4" corps. Les cinq batteries doublent la colonne d'infanterie et traversent la bande boisée : l'une d'elles reste à peu de distance au delà, les quatre autres s'établissent sur la croupe qui, de la station d'Amanvillers, remonte vers les hauteurs de La Croix, et ouvrent le feu contre l'artillerie prussienne placée au sud-
(1) Bon nombre de ces batteries n'ont plus que quelques coups dans leurs coffres.
(2) Il n'est pas possible de savoir à quels motifs attribuer ce revirement. D'après sa déposition au procès Bazaine, il semble que Buurbuki ait réHéclii après l'accès de mauvaise humeur qui l'avait déterminé à rétrograder (Metz, III, 532).