LE 41' DE L10^'E
Les trois chefs de corps se concertent et reconnaissent qu'il n'y a plus qu'un parti à prendre : gagner au pas de course les hauteurs du bois de Saulnv- Le mouvement s'exécute sous une grêle d'obus, mais sans que l'ennemi poursuive : les deux bataillons de chasseurs traversent Amanvillers en flammes; le bataillon du 54-* s'arrête en deçà du village (1) .
Au sud-ouest d'Amanvillers, l'infanterie de la division Lorencez et de la brigade Pradier maintient ses positions le long du chemin de terre jusqu'à 8 heures du soir, et recule ensuite de 300 mètres environ, couvrant toujours Amanvillers devenu le point d'appui de notre aile droite (2). Un renfort débouche à ce moment des abords de La Folie et s'avance, tambour battant, dans la direction du nord-ouest : c'est le 41* de ligne, envoyé par le maréchal Le Bœuf au secours du i' corps (3) . Deux bataillons sont déployés en première ligne, le troisième suit en soutien; puis, sur l'ordre du colonel Saussier, tous les hommes crient : « Vive la France ! Vive l'empereur ! » et ne cessent de pousser de formidables hourras. Il
(1) Historiques du 2* bataillon de chasseurs et du 54' de ligne.
(2) Metz, III, 561.
(3) Le Bœuf avait désigné en outre deux bataillons du 71' et deux batteries du 17'. Les deux bataillons s'établissent à la lisière du bois de Châtel, face à Amanvillers; les deux batteries sont arrêtées pao- le général de Berckheim (Historiques du 71* et des batteries ; Rapport du maréchal Le Bœuf, SO août).
est 8 heures lorsque le rég^iment aborde Montigny. « L'horizon n'est plus éclairé alors que par les lueurs du vaste incendie dans lequel se consument les villages de Vernéville, d'Amanviliers et les fermes environnantes. On distingue enfin le 15' d'infanterie français luttant avec acharnement autour de son drapeau. C'est le moment d'agir. Le colonel Saussier brusque l'attaque. Après avoir fait mettre pied à terre à tous ses officiers, lui seul devant rester à cheval pour mieux diriger l'opération et parer aux événe- \ ments, il donne le signal de la charge. Tambours battant, baïonnette au canon, le régiment s'élance à l'assaut. L'ennemi, déjà fort impressionné, est hésitant. Il cherche d'abord à nous arrêter par des feux; mais son tir, mal ajusté, ne produit pas d'effet. Finalement, il n'ose pas attendre l'attaque à l'arme blanche, il lâche pied et recule dans le bois de la Gusse (1). » En fait, le retour offensif du 41* eut surtout pour résultat d'impressionner favorablement les bataillons déjà un peu désunis de la division Lorencez et de la brigade
(1) Note du général SauKsier, 8 juin 1901. — Il y a, semblet-il, quelque exagération dans la dernière phrase de cette note. Il' Historique du grand État-major prussien ne relate pas cette attaque, non plus que celui du 1" grenadiers, généralement très véridique {Metz, III, 574). Le rapport de Le Bœuf, en date du 20 août 1870, dit simplement : » Ces renforts (41* et 71'), vigoureusement conduits, réussirent à contenir les progrès de l'ennemi et à couvrir mon aile droite. >>