NOUVELLE ATTAQUE DE STEINMETZ
ce qui lui est prescrit, sous forme d'ordres nettement définis V , bien que, antérieurement, il ait jugé une tentative analogue impraticable et conseillé d'agir contre notre droite (1). Moltke, au contraire, fait valoir de sérieuses objections tant sur la direction que sur l'opportunité de l'attaque; mais le roi persistant dans son projet, il s'éloigne lentement, s'arrête à cent pas environ sur la droite et affecte de s'absorber dans un travail personnel. Cette attitude de muette réprobation frappe tout l'entourage, et la scène produit " une grande impression (2) n .
Cependant Steinmetz a pris ses dispositions : Zastrow est invité à porter au delà du ravin de la Mance les bataillons du VIP corps encore à l'ouest des bois ; Fransecky devra » coopérer à 1 attaque •» avec la 3' division qui se rassemble déjà au sud de Gravelotte (3). C'est en ces termes vagues qu'est définie l'intervention de ces troupes fraîches.
Il est environ 7 heures du soir, et les Allemands se préparent à tenter ce dernier effort, quand une activité nouvelle et inattendue se manifeste sur nos positions. L infanterie française ouvre brusquement un feu violent, et les batteries voisines de Moscou rentrent en action. L'arrivée
(1) Fritz HoEsiG, loc. cit., 269.
(2) Ibid., 276 (d après les déclarations de témoins oculaires),
(3) Historiijue du grand Etat-major prussien, VI, 180.
de masses considérables sur le plateau de Gravelotte n'a pas échappé à Le Bœuf et à Frossard, qui se sont concertés pour parer à ce nouveau danger. Trois bataillons de la division Aymard renforcent la lifjne de combat aux abords de Moscou; trois batteries, dont deux de 12, reprennent le feu. Malheureusement l'artillerie du 2' corps n'agit pas de même, et neuf batteries du 3' seulement font face à l'ennemi menaçant (1). Le Bœuf demande à la brigade des voltigeurs de la Garde, stationnée dans les bois de Chàtel, de le soutenir, mais le général Brincourt se retranche derrière des prescriptions formelles de Bourbaki lui interdisant « de se laisser engager, ni surtout porter en première ligne, sans un ordre formel du commandant de la Garde (2) i> . Le Bœuf, pas plus que Frossard, ne songe d'ailleurs à préparer une contre-attaque : c'est toujours le système de la défense passive qui prévaut (3) •
La brusque réouverture du feu produit une impression de profonde démoralisation parmi les troupes désorganisées et épuisées stationnant
(1) Conseil d'enquête sur les capitulations, Déposition du maréchal Le Bœuf; Metz, III, 618.
(2) Ibid. — Cf. Ordre de Bourbaki à Deligny.
(3) \JHistorique du grand État-major prussien (VI, 801) et Fritz HoExiG (^loc. cit., 260% relatent à ce moment un mouvement offensif pxé<;uté « pur dos tirailleurs français débouchant en ligues épaisses » . I,es rapports et historique» français ne sijjnalent rien à ce sujet (Met-^y III, 621).
PAMQIJE DES ALLEMANDS 345
vers Saint-Hubert aux abords de la grande route. La plupart, prises de panique, refluent au fond du ravin de la Mance, déjà encombré, et de là vers la ligne d'artillerie du plateau de Gravelotte. « Ce n'est que bien loin en arrière qu'elles s'arrêtent; des of6ciers de toutes les armes, du général au lieutenant, v mettent la main (1). » Une partie de la batterie prussienne restée près de Saint-Hubert est même " entrainée dans le torrent des fuyards » , et il faut toute l'énergie du capitaine et l'adjonction à ses canonniers d'auxiliaires d infanterie pour que les trois pièces restantes puissent continuer le feu (2) .
Les quatre bataillons de la 32^ brigade placés sur la chaussée prennent vivement les armes, et bien que les fractions de tète aient été entrainées dans la déroute, la colonne se porte en avant au pas de charge. Un feu intense l'oblige à s'arrêter à Saint-Hubert, et une tentative pour progresser vers le Point-du-Jour échoue à la suite d'une courte contre-attaque de quelques compagnies du 80' et du 85' de ligne. Réduite à l'état de cohue, la 32* brigade est désormais vouée à l'impuissance (3) .
Le 9^ hussards, qui a suivi Tinfanterie, arrive
(1) Fritz HoEsic, loc. cit., 270. — Cf. Vo> Schell, loc. cit.,
(2) Historique du qranri État-major prussien, VI, 801.
(3) Général de Tissosmèhe. Revue du Cercle militaire, 25 janvier 1902. 115; Metz, ill, 625-630.
à son tour à l'ouest de la ferme et est criblé de balles. Le colonel fait sonner le demi-tour; mais presque aussitôt les réservistes du régiment, placés en queue de colonne et montés sur des chevaux de complément, prennent le trot. «L'allure devint de plus en plus rapide; les chevaux, qui n'étaient pas habitués au feu, prirent peur... et s'emballèrent » , entraînant la moitié de l'escadron suivant. « Une masse de cavaliers sortit à fond de train du débouché occidental de la forêt... Les chevaux affolés se jetèrent dans le débris de divers régiments qu'on était en train de rassembler sur la grande route. . . A droite stationnaient des voitures de toute nature et des chevaux de main... Au passage des hussards, une partie des attelages s'excita, fit demi-tour, puis se lança également dans la cohue. Rien n'y fit; plusieurs officiers se jetèrent, le sabre au clair, dans cette foule terrifiée d'hommes et de chevaux, et s'efforcèrent d'arrêter ce flot furieux. Hussards, fantassins de tous les corps, chevaux de main et ordonnances, fourgons à bagages et autres, tout se mélangea et se fraya violemment un passage ver Tarrière. La confusion était indescriptible... Plusieurs fuyards ne s'arrêtèrent qu aux environs de Vionville répétant partout : « Nous sommes «battus! (1) 1) Suivant d'Andlau, le grand quar-
(1) Friu HoENiG, foc. cit., 267. — VHistorùfue du 9" hussards atténue la panique (162-163). h' Historique du grand État-major