‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 16 sur 168 · BELLE CONDUITE DU 9V · texte numérisé non relu

BELLE CONDUITE DU 9V

L'artillerie allemande, qui vient d'être renforcée par les quatre batteries montées de l'artillerie de corps, dirige aussitôt un feu des plus violents sur le hameau. « Dans Flavigny nous fûmes écrasés, dit le colonel de Geslin, du 94"; les murs croulaient, la toiture de la ferme s'affaissa et tout fut en feu. 2sous y tînmes cependant et ne l'abandonnâmes qu'au moment où l'ordre nous fut donné de nous retirer. M. le général Colin, à cheAal, était dans la cour de cette ferme, nous encourageant de son exemple et de ses conseils (1). »

Sur ces entrefaites, le 9V est intervenu au nord-est et à l'est de Vion ville. Onze batteries françaises, établies entre la voie romaine et Flavigny, font subir des pertes importantes à l'artillerie ennemie et couvrent d'obus les lisières de Vionville. Le seul moyen pour les Allemands de se maintenir dans cette localité est « de pousser plus avant 2) » . La dernière réserve de la 6" division — trois compagnies du 20" — est envoyée sur la ligne de combat au sud de Vionville. Le 64" parvient à gagner un peu de terrain à l'est du vil-

sujet à caution en confondant les deux prises de Flavigny qui eurent lieu à près d'une heure d'intervalle. Los Kricgsgeschichtliche Einzelschriften, Heft 18, 550 et 601 sqq., ont rétabli à peu près les faits. — Voir aussi : Krsz, loc. cit., 57 sqq.. et Rapport du colonel de Geslin, 18 août; Metz, II, 245-252.

(1) Rapport du colonel de Geslin.

(2) Hixtorique du grand Etat-major prussien. V, ÔV-Î.

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lage; le 35* fait é{][alement quelques prog^rès (l). Une action opiniâtre s'engage entre ces régiments et les 91* et 94' de ligne. Chez les Allemands, le mélange des unités est complet : • Au milieu de ces sanglantes péripéties, toute direction d'ensemble ne tarde pas ù disparaitre. Le coup d'oeil des chefs subalternes, le courage des soldats y suppléent. Selon que le comportent et la configuration du sol et la direction des feux de l'ennemi et l'inspiration du moment, la ligne, fractionnée en colonnes de compagnie, gagne çà etlA du terrain; les compagnies se confondent; leurs débris, se ralliant à d'autres débris, se groupent et rentrent de leur mieux dans la lutte. C'est en vain que l'on tenterait une description fidèle de cet engagement furieux (2) . »

Ne parvenant pas à progresser sous les feux croisés du 10" et du ly de ligne, le 24' a marqué un temps d'arrêt dans le ravin qui descend de Vioii ville vers la voie romaine. Puis ses deux bataillons de droite gagnent du terrain vers le sudest et débordent l'aile droite du 91* qui, vers midi 15, rétrograde en combattant. Le colonel de Voigts-Rhetz veut en profiter pour lancer deux

(1) Historique du grand État-major prustien, V, 543.

(2) Ibid., 544.

EVACUATION DE FLAVIGINÏ 43

escadrons à la charge : ils sont repoussés avec de lourdes pertes (I). Le recul du 91* permet aux Allemands d'atteindre l'origine du vallon de Flavigny. Bientôt la situation du 94^ devient extrêmement critique : le régiment est à peu près isolé ; les pertes sont considérables ; la ligne de retraite va être compromise. Le général Colin prescrit l'évacuation de Flavigny; malheureusement le mouvement, mal préparé, dégénère bientôt en « un luve-qui-peut général (2) » . Secondé par le lieutenant-colonel Hochstetter, le colonel de Geslin groupe autour de lui une quarantaine d'hommes qui, embusqués derrière une haie, font tête à l'assaillant pendant un quart d'heure et protègent la retraite (3; . La perte de Flavigny entraine le recul de six de nos batteries, dont quatre prennent une nouvelle position aux environs de Rezonville (4) .

Le 24' tout entier et un bataillon du 20% formant une ligne presque continue, s'avancent au sud de la grande route vers le chemin de Flavigny à Saint-Marcel. Le général La Font de Villiers engage son dernier régiment, le 93% pour soutenir, puis relever le 75% et parvient ainsi à ralentir les progrès des Allemands, dont la gauche est

(1) Journal de marche du 91" de ligne; Historique du grand Etat-major prussien, V, 544.

(2) Rapport du colonel de Geslin.

(3) Ibid.

(4) Metz, II, 263-564.

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d'ailleurs menacée par le 10' de ligne, appuyé de trois batteries qui échappent aux vues de l'artillerie allemande. Le 10" est bientôt renforcé par deux bataillons du 100* de ligne. Un peu plus tard, le général Tixier fait déployer le A* tout entier sur la croupe 255 qui s'étend au nord-est du bois de Tronville. Malheureusement, malgré l'appui de deux nouveaux bataillons, ce régiment ne pénètre pas dans ce bois, dont l'occupation amènerait l'évacuation de Vionville (1).

Ce mouvement offensif de la division Tixier semble s'imposer d'autant plus que d'importantes fractions du 3" corps sont prêtes à le soutenir. Dès 10 heures et demie, la division Aymard est rassemblée entre Saint-Marcel et la ferme Gaulre, attendant les ordres (2). Vers 11 h. 30, le maréchal Bazaine arrive. Après avoir échangé quelques mots avec le maréchal Le Bœuf, il prescrit à la division d'exécuter une conversion pour se rapprocher de l'ennemi et se placer face au sud et à la route de Ilezonville à Mars-la-

(1) .luiiniul (le; iiiarc-ho dr 1.; division Tixier; Historiques manuscrits des V et 100° de ligne; 14||>port du général Tixier, 19 août; Metz, II, 267.

(2) Le général de Gcsiin au ministre do la Guerre, 12 février 1900.

AllRIVEE DU .V CORPS 45

Tour (1). Bazaine marche quelque temps avec la diWsion, il fait lui-même battre les tambours pour donner de l'entrain, puis il s'éloigne au grand trot, dans la direction de Rezonville, en disant : « Je ne peux pas être partout à la l\»is (2)! " Quatre bataillons de la brigade Urauer se forment en bataille à la cote 279; les trois autres restent à Saint-Marcel. La brigade Sanglé-Ferrière doit d'abord se porter entre les bois Saint-Marcel et Pierrot, mais un contreordre dirige quatre bataillons vers la croupe 255, derrière le A^ de ligne qui, malgré l'arrivée de ces renforts, reste toujours sur la défensive (3). Deux batteries de la réserve d'artillerie du '.V corps ont pris position, dès 11 heures, entre les bois Pierrot et Saint-Marcel. Les six autres restent très en arrière, près de Saint-Marcel; vers midi, quelques-unes ouvrent le feu à très grande distance sur l'artillerie ennemie du mamelon de Vionville (4). A ce moment, la division Navrai atteint la ferme Caulre ; la division de cavalerie Clérembault se déploie, par régiments en colonne serrée, entre Saint-Marcel et Urcourt, entrant en liaison avec les premières fractions

(1) INote du général Zurlindea, 2 février 1901.

(2) Ibid.

(3) Rapport du général de Brauer, 20 août; Rapport du général Sanglé-Ferrière, 17 août; EUstoriques manuscrita des 60* et 80* de ligne; Metz, II, 270,

(4) Rapport du général de Rocbebouët, S5 août.

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du 4* corps qui apparaissent vers Bruville. A notre aile droite, se trouvent donc réunies des forces considérables : trois divisions d'infanterie et une de cavalerie, abstraction faite des colonnes du général de Ladmiraull. Mais, au lieu de pousser de l'avant, elles attendent passivement l'attaque.

Des masses plus importantes encore sont concentrées à notre aile gauche. Dès le début de l'action, en effet, Bazaine se croit menacé surtout vers les bois des Ognons et de Vionville. Les attaques de la division Stiilpnagel l'inquiètent vivement, car, avant tout, il craint d'être coupé de Metz (1). a II était revenu à sa gauche, convaincu, disait-il, que là était le danger, que là devait se faire le véritable effort de l'ennemi. Ce fut chez lui une préoccupation constante... et dont il ne se départit malheureusement pas pendant tout le reste de la journée (2). » Elle le conduira à négliger sa droite et à accumuler sans cesse des troupes à sa gauche.

Dès 10 heures du matin, la brigade Marguenat, de la division Levassor-Sorval, s'est établie au sud de Rezonville. Vers 11 heures, la brigade Chanaleilles se rapproche de Rezonville et se place au nord de la grande route, la gauche aux der-

(1) Rapport du marëchal Bazaine sur la bataille de Rezonville.

(2) Colonel d'Axolac, loc. cit., 73.

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