‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 19 sur 168 · LES CUIRASSIERS DE LA GARDE · texte numérisé non relu

LES CUIRASSIERS DE LA GARDE

Afin d'éviter les clôtures qui ont rompu l'ordre du 3* lanciers, les cuirassiers exécutent d'abord quelques mouvements qui, par hasard, les placent sur trois lignes : les 6' et 4* escadrons en tète, puis les 3* et 2% enfin le 1". En arrivant sur la crête, le régiment aperçoit devant lui, à 1 500 mètres environ, le hameau de Flavigny en flammes et plusieurs groupes échelonnés d'infanterie prussienne que précèdent des tirailleurs à 700 mètres au nord-est de Flavigny. A l'apparition des cuirassiers, les tirailleurs se hâtent de rejoindre les compagnies qui se massent en arrière. Ce spectacle donne un vigoureux élan aux cuirassiers; les cris de «Chargez! » et de H «Vive l'empereur!» éclatent spontanément, tandis que les lames de sabre s'élèvent au-dessus des casques. Le terrain excellent s'incline en pente douce vers l'ennemi. Les chevaux partent au galop allongé en conservant un alignement superbe. « Jamais escadrons ne firent, à un jour d'inspection générale, un simulacre d'attaque plus correct (1) . »

A moins de 100 mètres, une salve, suivie d'un feu rapide, fait tomber quelques chevaux, mais la charge n'en est pas sensiblement ralentie. L'aile droite du 4* escadron vient o s'abattre sur les baïonnettes » de deux compagnies prussiennes;

(l) Souvenirs du colonel de Sainle-Chapelle {MeU, II, .304-).

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Taile gauche est fusillée à bout portant par deux autres compagnies. Le commandant Sahuquet et tous les officiers sont hors de combat. On ne parvient à rallier qu'une vingtaine de chevaux. Quant au 6" escadron, il donne dans le vide, non sans laisser sur le terrain un grand nombre de chevaux. La seconde ligne survient, accompagnée sur son flanc droit par le général du Preuil et son état-major. Apercevant la ligne de morts et de blessés qui jonchent le sol, les cuirassiers appuient instinctivement à droite et sont accueillis à 60 mètres par une décharge qui abat u leurs deux rangs dans un pêle-mêle indescriptible " . Neuf officiers sont tués, blessés ou démontés; quelques cavaliers seulement parviennent à joindre l'ennemi. Le 1" escadron, enfin, est mis en désordre par les débris des deux premiers échelons ^ui se rabattent dans sa direction (l).

Il est midi et demi environ. Le lieutenantcolonel von Gaprivi, chef d'état-major du X" corps, a assisté, des environs de Vionville, aux charges de la cavalerie française. Huit escadrons prussiens sont rassemblés dans le vallon au sud-ouest de Flavigny. Sur l'invitation de Gaprivi,

(1) Souvenirs du colonel de Sainlc-Chapclle (Metz, II, 305- 308); Kcsz, loc. cit., 6ii-64. — Pertes des cuirassiers de la Garde : 6 ofHciers tués, 12 blessés, 140 hommes tués ou disparus, 30 blessé» (Etat dr pertes du 17 septembre 1870).

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ils se portent en avant. Trois escadrons du Î7' hussards et un escadron des dragons de la Garde se lancent à la poursuite des cuirassiers en se dirigeant au nord de Flavigny, puis vers les abords sud de Rezonville. A ce moment, débouche de ce village la 2' batterie à cheval de la Garde, dont trois pièces sont restées en arrière par suite d'un encombrement. Bazaine, préoccupé de placer lui-même les pièces, prescrit au lieutenant d'Esparbès, qui marche en tête, de se mettre en batterie. A peine les trains sont-ils séparés, que les hussards prussiens surgissent du fond du vallon. D'Esparbès n'a que le temps de faire tirer trois coups à mitraille avant l'irruption de la charge : il est tué, ainsi que six de ses canonniers. Dans leur course, les hussards entraînent deux avanttrains et les chevaux des servants, qui viennent jeter le désordre dans une batterie voisine. Les trois autres pièces, qui ont fini par rejoindre, tentent vainement de se mettre en batterie : les attelages emportés galopent avec les Prussiens vers Rezonville (1). Bazaine a mis l'épée à la main, ainsi que les quelques officiers qui l'accompagnent, et attend de pied ferme les hussards. Une courte mêlée se produit, puis le maréchal et ses officiers sont entraînés vers Rezonville pêle-mêle avec des cavaliers ennemis et des artil-

(1) Historique manuscrit du régiment d'artillerie à cheval de la Garde; Historique du grand Etat-major prussien, V, 533.

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leurs de la Garde. Arrivé à proximité d'un escadron du 5' hussards, qui lui sert d'escorte, Bazainc lui crie : « En avant, les hussards ! » Ceux-ci s'élancent; en même temps intervient l'autre escadron d'escorte. Après un court combat, les Prussiens s'enfuient vers l'ouest. La 0" division de cavalerie qui, plus d'une heure auparavant ( J ) , a reçu d'Alvensleben l'ordre de charger, apparaît à ce moment sur la crête de la statue de la Vierge et s'avance entre Flavigny et le chemin de Chambley. Le feu de nos batteries et de notre infanterie arrête ces dix-sept escadrons. Seul, le 15* uhlans s'engage un instant avec un escadron d'escorte du commandant en chef.

Dans l'échauffourée de Hezonville, Bazaine a été séparé du général Jarras et de son état-major, qui, pendant quelque temps, le croient pris ou tué. Ganrobert reçoit même l'avis de prendre le commandement (2) . Malheureusement pour les destinées de l'armée et de la France, le commandant en chef n'était pas tombé aux mains des hussards prussiens.

Avec beaucoup d'à-propos, le général von Bulow a mis à profit l'arrêt dans le combat, pro-

(2) Maiérhal Bazainc, lipisorh-n, 80-8;i; {jéiicial Jaiiiia.-;, toc. cil., 106-189 i Notes du général Bourbaki.

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