MOBILES DE BAZAINE
rallier et de suivre l'une ou l'autre colonne. Quant à l'ordre de dresser les tentes, « ce n'était, a déclaré, naïvement peut-être, le maréchal Bazaine, qu'une ruse, pour faire croire à l'ennemi que notre intention n'était pas d'aller à Verdun, mais de manœuvrer dans les environs, en un mot de lui donner le change sur notre direction de retraite (1) ».
En retardant le départ, Bazaine a-t-il seulement voulu attendre l'arrivée des S"" et i*" corps ou bien a-t-il eu dès ce jour l'idée arrêtée de ne pas conduire Tarmée à Verdun et au camp de Chàlons? Certaines de ses déclarations viennent à l'appui de la deuxième hypothèse (2) . Il est possible que Bazaine se soit rendu compte de son incapacité à diriger une armée et que, désireux de se dérober aux responsabilités de la lutte en rase campagne, il ait été tenté, dès ce moment,
(1) Le maréchal Bazaine au maréchal Baraguey d'Hilliers, 16 mars 1872; Met:^, II, 141.
(2) « Il avait été convenu, dit le maréchal, que je ne passerais pas la Meuse; je devais rester sur la position de Fresnes; Verdun devait être le point d'appui ; nous devions établir de nouvelles communications, puisque nous avions perdu Nancy, en portant l'armée en avant de Verdun, et en veillant sur Metz. C'étaient là, d'une manière générale, les instructions de l'empereur » (^Procès Bazaine, 164). Et ailleurs : « Il avait été bien convenu que si je trouvais une résistance trop forte, je reculerais vers Metz... L'empereur ne m'avait nullement donné l'ordre de passer coûte que coûte n (/6i</.). — « J'avais des ordres formels de l'empereur de ne rien compromettre et de ne pas m'engager entre la Meuse et la Moselle, si je n'étais pas sûr de réussir, mais de revenir sur le camp retranché y (Ibid., 167).
s IlEZONVILLE
par le point d'appui que lui offrait la place de Metz.
Les renseig^nements recueillis dans la matinée du 16 sont contradictoires. D'après les uns, ïronville aurait été occupé le 15 j)ar l'ennemi, qui se serait replié ensuite sur Gorze. Deux habitants du pays annoncent qu'il y a dans ce bourg 2 000 ou 3 000 hommes. Mais, d'autre part, le capitaine Arnous-Rivière (1), chargé de fouiller les ravins qui, de Gravelotte et de Rezonville, descendent vers la Moselle, mande que ses éclaireurs n'ont pas vu un seul soldat allemand, bien qu'ils aient poussé pendant la nuit jusqu'à Gorze (2) . Tandis que les avant-postes de la division Forton tiraillent contre des cavaliers peu nombreux venus de Mars-la-Tour et de Tronville (3) , les reconnaissances du matin, envoyées parle 2'"corps, rentrent sans rien signaler. L'une d'elles, pourtant, dirigée par le lieutenant Devaureix, du 66' de ligne, rapporte des renseignements précis sur les mouvements et la force de l'ennemi; mais
(1) Commandant les éclaireurs du grand quartier général.
(2) Maréchal BiZAi>K, Episodes, 93 (Carnet de note» du capitaine de France) ; général Jabbas, loc. cit., 104. — On observera que Gorze est occupé depuis la veille par un bataillon du m* corps prussien (Metz, II, 142).
(3) Rapports du gcncrul de Forton, 18 août et 9 septembre.