‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 35 sur 168 · INTERVENTION DE CISSEY · texte numérisé non relu

INTERVENTION DE CISSEY

i' corps en retraite. « Des caissons traversent nos lignes au galop ; les conducteurs nous crient que nous arrivons à temps... Une grêle d'obus tombe sur le bataillon, qui se déploie néanmoins avec le plus grand sang-froid... Au même instant une pluie de balles s'abat sur le bataillon; l'infanterie, placée en avant de nous, se replie sur nous, et il en résulte une certaine confusion; mais, enlevé par ses chefs, le bataillon se porte en avant sans présenter une formation bien distincte... Pendant une vingtaine de minutes, une véritable nappe de plomb passe sur le bataillon, qui, tantôt couché, tantôt debout, gagne toujours du terrain. Un feu rapide, épouvantable, part du premier rang; la fumée est si épaisse, qu'on distingue à peine la ligne ennemie de l'autre côté d'un ravin (1) . »

Le 57^ de ligne se porte à la droite du 20' bataillon de chasseurs, tandis qu'une partie du 57* prussien réussit, après plusieurs tentatives infructueuses, à traverser l'espace découvert qui le sépare du ravin, à s'y précipiter et à gravir les pentes nord. Devant cet adversaire, le général Braver fait avancer vivement le 1" de ligne à la gauche du 20' bataillon de chasseurs. Le feu continue, de part et d'autre, avec une intensité extraordinaire : le général de Cissey est démonté

(1) Historique manuscrit du 20* bataillon de chasseurs.

106 REZOÎSVILLE

ainsi que tous ses officiers; le lieutenant-colonel de Place, son chef d'état-major, est blessé; le général Brayer, déjà atteint d'une balle, tombe pour ne plus se relever. Cinquante pas à peine séparent les adversaires, quand les Prussiens esquissent un bond en avant. Le moment est critique, mais Cissey se jette, l'épée à la main, à la tête du 20'" chasseurs et entraîne toute la ligne dans une chargea la baïonnette. Vigoureusement abordés de front et débordés sur leurs flancs, les Prussiens cèdent de toutes parts et s'enfuient vers le sud dans un désordre indescriptible (1) . La brigade Wedell est entièrement démoralisée et désagrégée; elle ne manifeste plus aucune velléité de résistance (2) . La brigade Golberg, le 20'" bataillon de chasseurs et le 1" de ligne se précipitent dans le ravin à la poursuite des Allemands, puis remontent le versant opposé. Mais quelques fractions seules, appartenant surtout au Ttl'' et formant une masse assez confuse d'un millier d hommes environ, continuent au delà de la cote 257. Leur feu oblige les deux batteries

(i) Journal de marche de la division de Cissey; général dk Cis- SKv, Souvenirs inédits,- Historiques manuscrits du 20* bataillon de chasseurs et du 1" de ligne; Kriegsgeschichtlichc EinzeUvIiriflen, Heft 25, 46-51; Metz, II, 506.

(2) « Ce fut, dit un témoin, comme si l'on jetait une houle de neige contre un mur. La brigade éclata au choc en un grand nombre de tronçons. La désagrégation fut complète; il n'était plus question d'une résistance quelconque » (Hoemc, JiaistcUnntf dcr Stratégie, iîî4).

Page 1