CHAPITRE X
LA BATAILLE JUSQu'a LA NUIT
Les forces groupées autour de Rezonville. — L'attaque du 75*. — Contre-offensive de Lapasset. — L'attaque du 40' échoue. — Le colonel von Schœning et le 11*. — Le 3' grenadiers et le colonel Cousin. — Nouvel échec des Prussiens. — La brigade Wiltich dans le bois des Ognons. — Insuccès de ses tentatives. — Le 26' de ligne. — Contre-attaque du 5i' de ligne. — L'artillerie de la Garde à l'est de Rezonville. — Appréciations de Mollke. — Dernière offensive de» Allemands. — Echec de leur cavalerie. — Emplacement» à la nuit.
— L'armée française se croit victorieuse. — fiataille indécise.
— Impéritie de Bazaine. — La manœuvre possible.
Au centre et à notre aile gauche, à l'ouest et au sud de Rezonville, se continue la bataille commencée le matin. Vers 5 heures du soir, Bazaine dispose dans ce secteur de forces considérables : la brigade Lapasset, la division Levassor-Sorval ; les grenadiers de la Garde qui viennent d'être renforcés par d'importantes fractions de la division des voltigeurs et de la division Montaudon; cinq bataillons de la division Aymard et un de la division Tixier groupés près de Rezonville; au nord du village se tiennent le 9* de ligne et une grande partie de la division La Font de Villiers.
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Les deux divisions de cavalerie Forton et Valabrègue sont massées au sud des bois Leprince et Pierrot (1).
A la même heure, les premiers éléments de la division Barnekow (2) débouchent par la côte Mousa et le bois de Saint-Arnould sur le plateau au nord. Trois attaques successives vont être exécutées contre les positions de la brigade Lapasset sur la croupe 308. Le colonel du 72' déploie côte à côte les deux bataillons dont il dispose et se porte en avant, de concert avec des fractions du 8*. A plusieurs reprises, le feu du 84' de ligne et celui des mitrailleuses (3) arrêtent les Prussiens qui parviennent cependant, malgré des pertes très sensibles, jusqu'à proximité de nos tirailleurs. Ceux-ci reculent même quelque peu et abandonnent la Maison-Blanche. Mais le général Lapasset, ramenant vigoureusement en avant le 84", un bataillon du 3' grenadiers et un bataillon du 2' voltigeurs, rejette l'ennemi dans le bois ou dans les ravins de Gorze. Malheureusement, sur les six batteries françaises présentes au moment de l'attaque, deux se retirent pour ne plus reparaître (4) .
(i)Metz, 11,548.
(2) Le général von Gœben, commandant le VIII* corps, a été prévenu, mais s'est abstenu de conduire au feu une division de son corps d'armée sous prétexte de laisser à Barnekow les honneurs de la journée. — Cf. Gebhard Zernin. Âuqust von Gœhen, p. 249-250.
(3) 8" batterie du 4V
(4) Rapport du général Lapasset; Historique manuscrit du
COISTRE-AITAQUES DE LAPASSE! 123
Le 40^ débouche à son tour du bois de Saint- Arnould et du ravin oriental de Gorze et, vers 6 h. 30, enlève la Maison-Blanche et les tranchées au nord. Mais ce succès est de courte durée. Le commandant du Bessol, déployant les six compagnies de chasseurs de la Garde sur la croupe 308, leur fait exécuter des feux de salve qui permettent au 84^ et aux voltigeurs de se rallier rapidement. Le brave Lapasset entraine alors toute la chaîne, appuyée par deux bataillons du 3^ grenadiers, et les Prussiens prennent la fuite sans même avoir été abordés (1).
Avant de subir ces échecs successifs, le commandant de la 32' brigade a fait appel, dès 6 heures, à un régiment du IX' corps, le il\ qui a été chargé de garder le passage de Corny. Cette demande de secours parvient au colonel von Schœning en même temps qu'un ordre de son général de division lui prescrivant de retourner au bivouac. Entre les deux partis qui s'offrent à lui, obéir passivement ou céder aux instances d'un collègue en danger, Schœning n hésite pas (2). Il
84' de ligne; Historique de la 8* batterie du V; Kcvz, loc. cit., 131-135; Metz. II. 550.
(1) Rapport du commandant du Bessol; Koz, loc. cit., 140- 149; Afef=, II. 551.
(2) « L ordre du corps d'armée fut lu à haute voix, devant tous les officiers réunis. Le colonel jeta un grand regard sur ses ofticiers qui, d'après un des acteurs survivants, attendaient avec un enthousiasme fanatique le moment de combattre, et il cons-
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engagée son régiment dans le bois de Saint- Arnould et le déploie au nord de la lisière, en vue d'une nouvelle attaque directe de la croupe :î08. Les deux bataillons du 8-4' de li{jne, ceux du 3" grenadiers et du 2* voltigeurs qui occupent la hauteur, ont subi de lourdes pertes et se trouvent un peu désagrégés par les contre-attaques récentes. Deux batteries seulement les appuient. Le 11', renforcé de fractions des 40' et 72% est accueilli néanmoins par un feu violent et subit aussitôt « des pertes colossales (1) ». Un de ses bataillons, ayant cheminé plus aisément par le ravin occidental de Gorze, surgit tout à coup à courte distance des fractions du 3* grenadiers qui, surprises et « harassées par cette lutte stérile » , ont un mouvement de recul. « Le colonel Cousin, calme, sublime, prend le drapeau des mains du capitaine Bcsnard, et tous font des efforts désespérés pour ramener leurs hommes (2) . » Le colonel tombe criblé de balles; le drapeau passe de main en main. Enfin, après une mêlée pendant laquelle le colonel von Schœning est mortellement blessé, les Prussiens sont contenus. Toutefois les bataillons du général Lapasset qui, pendant près de sept heures, ont
tata que sa resolution concordait avec la leur. Le cri de •> En « avant, avec Dieu ! i> rendit sa décision » (Cardinal vo> Widderk, loc. cit., 157).
(l)KuNZ, loc. cit., 151.
(2) Rapport du lieutenant-colonel d'Argenton, 17 août.