‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 49 sur 168 · I/ILLUSION DE LA VICTOIRE · texte numérisé non relu

I/ILLUSION DE LA VICTOIRE

le terrain même où elle avait combattu toute la journée; en d'autres termes, elle avait gagné une bataille défensive (1). » Le maréchal Le Bœuf, enfin, félicite Bazaine de ce « brillant succès (2) » . Le haut commandement français se faisait alors cette illusion de croire que la victoire consistait à conserver ses positions, à « coucher sur le champ de bataille v , suivant l'expression consacrée. Ces appréciations, pour erronées qu'elles soient, ont sur les troupes la meilleure influence. L'audace et l'énergie constantes de l'ennemi les ont d'ailleurs persuadées qu'elles ont soutenu la lutte avec une infériorité numérique sensible (3) . Aussi sont-elles dans les meilleures dispositions. « Jamais situation plus avantageuse ne s'est offerte à nous. Le moral est partout excellent, et malgré les vicissitudes par lesquelles vient de passer l'armée du Rhin, tous ces corps paraissent pleins de confiance et résolus, à cette heure, à brusquer le dénouement à la baïonnette. C'est en vain que, jusqu'à la nuit noire, les troupes impatientes attendent le signal de l'assaut (4) . »

(1) Général Jarbas, loc. cit., 113.

(2) Le maréchal Le Bœuf au maréchal Bazaine, 16 août, S h. 30 soir.

(3) Rapport du général Gagneur. — Le maréchal Le Bœuf, dans la lettre précitée adressée à Bazaine, parle de « seize divisions ulieniandes • engagées.

(V) dictes du général Saussier.

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Dans la relation qu'il a écrite lui-même des événements de 1870, le maréchal de Mollke attribue la victoire aux Allemands (I). L'examen des faits suffit à montrer l'inexactitude de cette assertion : si Vionville et Flavig^ny nous ont été enlevés, il n'y a pas eu, à la fin de la journée, la moindre rupture d'équilibre, la moindre poursuite de la part du prétendu vainqueur. Les Français ont pu prendre toutes les dispositions qu'ils ont jugées convenables sans être troublés par l'ennemi et, le lendemain, les Allemands resteront immobiles, au point même de perdre le contact. A vrai dire, la bataille doit être qualifiée d'indécise. Le résultat stratégique est défavorable à l'armée française en ce sens que la présence de forces ennemies vers Tronville Tempéche d'utiliser la route de Verdun par Mars-la-Tour avant un nouveau combat. Mais elle dispose librement des routes d'Étain et de Briey; une faible marche, exécutée dans la nuit du 16 au 17 ou dans la matinée suivante, suffirait à la dégager. Elle trouverait à courte distance, sur l'Orne, une excellente ligne de résistance pour les arrière-gardes (2) .

La fortune, qui a si souvent favorisé les Allemands au cours de cette campagne, ne les a sans doute jamais mieux servis qu'à Rezonville. Les

(1) Maréchal dk Moi.tke, la Guerre de 1870, 60.

(2) Lieutenant-colonel IIodsset, /oc. cjf.,202: G <t , loc cil ,2^i3.

ALVENSLEBEN ET BAZAINE 137

erreurs du grand quartier général et du prince Frédéric-Charles exposaient à un désastre les deux corps d'armée dirigés sur la route de Metz à Verdun par Mars-la-Tour. Par ses belles qualités de caractère et d'intelligence, Alvensleben était peut-être le seul des généraux prussiens qui fût capable, avec les excellentes troupes dont il disposait, d'éviter la défaite. Il a parfaitement compris la mission que les circonstances lui ont fortuitement attribuée : arrêter les Français coûte que coûte, au prix même de la destruction de son corps d'armée; les immobiliser devant lui, les empêcher de progresser vers la Meuse pendant un temps suffisant pour permettre au reste des armées allemandes d'accourir et de les rejeter sur Metz. Avec un rare coup d'oeil, il a su adapter les moyens au but.

Il fut puissamment secondé, il est vrai, par d'autres chefs subordonnés qui manifestèrent une solidarité, une camaraderie de combat, une énergie dignes des plus grands éloges. Mais il faut ajouter que son adversaire lui facilita considérablement la tâche. L'incapacité de Bazaine à diriger une armée de 150 000 hommes se révèle une fois de plus dans cette journée, où la lutte donne l'impression d'une grande victoire qui, à tout instant, semble s'offrir et qui n'est jamais saisie. La préoccupation du commandant en chef d'agglomérer ses forces sur la

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gauche et de se relier à Metz qu'il doit quitter, montre clairement qu'instinct tactique et compétence straté(jiquc lui font défaut. Pour peu qu'il eut été doué de ces qualités militaires, avançant sa droite et refusant sa gauche, il se fût établi face au sud-est et perpendiculairement à ses lignes de retraite vers ConHans et Briey; une offensive énergique de son aile droite, en terrain découvert, dépourvu d'obstacles, propice à l'action combinée des trois armes, était le seul moyen de dégager la route de Mars-la-Tour. Tout le conviait à cette manœuvre : aussi bien l'objectif stratégique, qui était la retraite sur Verdun, que les succès de Ladmirault et voire même les circonstances locales. Prise vers 2 heures, vers 4 heures même, celte offensive lui eût permis certainement de rejeter en désordre deux corps d'armée dans les ravins de Gorze et d'Arnaville, et de les acculer à la Moselle (1). Quo serait-il advenu le lendemain de la II* armée." Comment, semblablement disséminée, eût-elle résisté au.\ coups du vainqueur!...

Attaqué par surprise, Bazaine s'est défendu sur place, passivement, sans concept de manœuvre, sans but précis, sans rien voir de ce qui se passe hors de l'endroit où il se trouve. De toute la journée du KJ, Le Bœuf et Ladmirault ne reçoi-

(I) C (; . Inr. cit., 210.

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