‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 52 sur 168 · BAZAINE A GRAVELOTTE · texte numérisé non relu

BAZAINE A GRAVELOTTE

baki de reprendre leurs anciens campements en les resserrant, mais ne s'ouvre pas à eux de ses projets pour le lendemain (1). Puis, vers 9 heures et demie, il se rend à Gravelotte où il arrive vers 10 heures. Avec l'armée tout entière, Bazaine a l'impression d'un succès, ainsi qu'en témoigne ce télég^ramme au général Coffinières : « Nous avons livré aujourd'hui une bataille heureuse pour nous (2)... » Lorsque l'intendant de Préval se présente au commandant en chef et lui propose d'aller à Metz afin d en ramener les vivres chargés sur le convoi auxiliaire (3), Bazaine accepte, et « si cette mesure ne présageait rien des projets à venir, elle indiquait du moins nettement l'intention de se maintenir dans les positions actuelles jusqu'au ravitaillement des troupes (4) » . Dans le même ordre d'idées, Bazaine fait prévenir le général Soleille, commandant l'artillerie de l'armée, qu'il va faire transporter à Metz un certain nombre de blessés dans des voitures de l'intendance, qui reviendraient chargées de munitions d'artillerie (5) .

Une heure après, par un revirement complet,

(1) Le maréchal Bazaine aux commandants de corps d'armée, Gravelotte, 17 août^ minuit 30.

(2) Le maréchal Bazaine au général Coffinières, Gravelotte, 16 août, 10 heures soir.

(3) Procès Bazaine, Déposition de l'intendant de Préval, 259.

(4) Colonel d'Andlati, loc. cit., 77.

(5) Procès Bazaine, Déposition du commandant Sers, 255.

Bazaine a pris la résolution de ramener l'armée sous Metz. Quelles sont les causes de cette décision si différente, dont le moindre inconvénient est d'abandonner le champ de bataille à l'ennemi et de lui permettre de se croire le vainqueur? Dans une lettre écrite à l'empereur à 1 1 heures du soir, le commandant en chef allègue la pénurie des munitions et des vivres, et la nécessité pour se ravitailler de se replier sur la ligne Vigneulles-Lessy (1), c'est-à-dire sur les glacis mêmes des forts de la rive gauche. Tel est également l'argument invoqué par Bazaine au procès de Trianon (2) . Il est vrai que le général Soleille a chargé vers 10 heures son chef d'état-major, le colonel Vasse-Saint-Ouen, d'exposer au commandant en chef que la consommation en muninitions a été considérable — le tiers ou la moitié de l'approvisionnement total, affirme cet officier supérieur (3) . De son côté, le général Bourbaki

(1) Bazaine expliquera la mention Vigneulies-I^sty (au lieu de Rozérieulles-Saint-Privat) par une erreur de copiste.

(2) Procès Bazaine, Interrogatoire du maréchal Bazaine, 164.

(3) Ihid., Déposition du colonel Vasse-Saint-Ouen, 240, 242. — Dans son journal des opérations, le général Soleille écrit que la consommation des munitions a été « très considérable... surtout relativement aux ressources sur lesquelles l'armée pouvait compter... » . Le renseignement fourni par le général Soleille était inexact. Le 16 au matin, l'armée traînait avec elle sur le plateau de Gravelotte environ 95 460 coups de canon de 4 et 11 030 coups de 12, non compris la mitraille et les coups de canon à balles, qui étaient surabondants. La consommation de la bataille de Rezonville n'atteignit pas, pour les deux calibres,

VIVRES ET MUNITIONS l'»5

commence en ces termes sa réponse à Tordre de conserver les positions jusqu'à 10 heures : «Nous n'avons plus de cartouches (1). »

En ce qui concerne les vivres, certains corps de troupe ont effectivement consommé prématurément les vivres du sac distrihués à Metz. Bazaine n'ignore pas ce détail; il s'en est entretenu, le matin même de la hataille, avec l'intendant de Préval, qui a reçu des ordres pour recompléter cet approvisionnement (2). A la vérité, ce fonctionnaire, chargé depuis trois jours seulement du service des vivres, n'a pas su, vers 10 heures du soir, renseigner le maréchal sur les ressources existant à Gravelotte (3). Mais une partie seulement des convois a été arrêtée au Ban Saint-Mar^ tin; ceux du grand quartier général et du 2^ corps

26 000 obus. L'année disposait donc, le 16 au soir, de 80 493 coups au moins. Il n'était donc pas exact de dire que la consommation de la journé« rivait été du tiers ou de la moitié de l'approvisionnement total. Elle n'en atteignait pas le quart. D'ailleurs l'arsenal de Metz était en mesure de livrer en quelques heures, et dans la nuit même, 9 000 coups de 4 et 3 500 coups de 12. Cet approvisionnement, emprunté en partie aux batteries mobiles de la place, pouvait être reconstitué en moins d'un jour par l'arsenal qui, le 19, le 20 et le 21, livra à l'armée plus de 23 000 coups de canon. Quant aux munitions d'infanterie, l'armée, qui disposait le 16 au matin de 17 580 000 cartouches, n'en avait consommé que 1 luillion dans la journée (^Procès Bazaine, Rapport, 17, 107). — Cf. Metz, III, 784.

(1) Écrit au cravon sur l'ordre même.

(2) Instruction relative au procès Bazaine, Déposition de l'intendant de Préval.

(3) Procès Bazaine, Déposition de l'intendant de Préval, 260.

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se trouvent, dans la soirée du 16, sur les plateaux û quelques pas de l'état-major g^énérol et portent plus de vivres qu'il n'en faudrait à toute l'armée pour les deux journées des 17 et 18 août. Si l'inquiétude est permise, le 16 au soir, aux commandants de corps d'armée que l'ordre de licenciement du train auxiliaire a séparés de leurs convois, Bazaine, qui a été suivi par le sien dont il connaît les ressources, devrait donc être rassuré (1). D'autres approvisionnements sont d'ailleurs réunis à Verdun (2) . La pénurie des vivres n'est donc pas telle en réalité que le maréchal Ta dépeinte à l'empereur, et lui-même dut reconnaître plus tard que les termes de sa lettre étaient impropres. Il avait voulu dire simplement, déclara-t-il, que des distributions aux troupes étaient nécessaires, ce à quoi on lui objecta justement : « Vous n'aviez qu'à faire venir les parcs et les convois sur le plateau (3) . »

En se ravitaillant à Metz en vivres et en munitions, Bazaine allait diminuer d'autant les ressources de la place, et à un moment où il n'y

(1) Le convoi du quartier général portait à lui seul : 173 000 rations de pain et de biscuit, 136 000 rations de farine et trois jours de vivres de campagne pour toute l'année (Procèt Bazaine, Rapport, 17).

(2) Le ministre de la Guerre à l'intendant général de l'armée, D. T., 16 août, 2 h. 05 soir; Procès Bazaine, Déposition du maréchal Bazaine, 165.

(3) Conseil d'enquête sur les capitulations, Déposition du maréchal Bazaine; Metz, III, 18.

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