‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 53 sur 168 · RAVITAILLEMENT A METZ · texte numérisé non relu

RAVITAILLEMENT A METZ

avait pas une minute à perdre pour les remplacer d'abord, ensuite pour les au^jmenter. On pouvait en demander au ministre de la Guerre, par le télégraphe, dès le 16 au soir. Au lieu d'agir ainsi, le maréchal croit devoir rédig^cr une lettre à

1 adresse de l'empereur, qu'il confie à M. Belle, secrétaire d ambassade, attaché au grand quartier général. Par surcroit, ce fonctionnaire est envoyé sur Verdun, au lieu d'être dirigé par la voie ferrée des Ardennes, et n'arrive au camp de Châlons que le lendemain 17 dans la soirée (1).

L'assertion du maréchal, relative à la pénurie des vivres, va recevoir bientôt un éclatant démenti. Une partie des voitures du grand quartier général ont été déchargées dans la soirée du 16, soit en vertu de l'ordre de licenciement, soit pour permettre d'évacuer sur Metz les blessés de la journée. Avant le mouvement rétrograde exécuté dans la matinée du 17, aucune mesure ne sera prise pour distribuer aux troupes ces denrées déposées aux abords de Gravelotte et, au moment où Ton abandonnera cette position, il faudra mettre le feu à ces approvisionnements, pour éviter qu'ils ne tombent aux mains de l'ennemi (2).

(1) Procès Bazaine, Interrogatoire du maréchal Bazaine, 168.

(2) D'après le procès-verbal de perte dressé à cette occasion,

2 063 000 rations de vivres de toute espèce, dont 50 000 rations de biscuit et 625 000 de sel furent ainsi détruites.

IVS KEZONVII.LE

Les faiU qui précèdent ayanl provoqué ui demande d'explication au maréchal en 1873, il répondu « que la vraie cause déterminante du mouvement rétrograde... a été la dissémination dans laquelle se trouvaient les corps dans la soirr du 16, et qu'il n'a pas cru, au point de vue tactique, devoir remettre l'armée en marche sans avoir rétahli l'ordre» . D'après lui, le mouvement en arrière du 17 n'aurait été «qu'une rectification de la ligne de bataille, dans le but de recevoir dans de meilleures conditions l'ennemi, s'il se présentait (1) ». Bazaine a développé sa pensée en ces termes : « Il me semblait qu'en livrant une ou peut-être deux batailles défensives, dans des positions que je considérais comme inexpugnables, j'userais les forces de mon adversaire en lui faisant éprouver des pertes très considérables, qui, répétées coup sur coup, l'affaibliraient assez pour l'obliger à me livrer passage sans pouvoir s'y opposer sérieusement (2) . » Une telle conception de la guerre, qui semble étrange aujourd'hui, n'est nullement surprenante dans l'esprit de certains généraux de cette époque et résulte directement de la prétendue supériorité que l'on attribuait à la défensive.

On peut discerner, semble-t-il, d'autres mo-

(1) Procès Bazaine, Rapport, 18.

(2) Enquête sur les Actes du Gouvernement de la Défense ttalionale, Déposition du maréchal Kazaine, IV, 355.

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