MOBILES DE BAZAINE
biles dans le mouvement rétrograde du 17 août. Kn rentrant à Gravelotte dans la soirée du 16, I>azaine a trouvé trois télégrammes arrivés au cours de la journée : l'un est du maréchal de Mac- Mahon , qui fait part de son arrivée à Bar-sur-Aube le lendemain, et demande des ordres à Bazaine(l) . L'autre est du commandant du camp de Ghâlons, annonçant qu'une dépêche très urgente, adressée par le ministre de la Guerre à Mac-Mahon, parle ■^ de la composition d'une armée à Ghâlons »> et tt d'une combinaison d'opérations " possible entre cette armée, une fois constituée, et celle de Bazaine (2) . Le troisième rend compte de la continuation du transport des 1" et 5* corps sur le camp de Ghâlons (3) . Or, combiner des opérations avec Mac-Mahon amènerait Bazaine à avouer son incapacité, à confier ses projets à un autre, et il veut que personne, même son chef d'état-major, ne sache quoi que ce soit de ses agissements. Afin d'écarter définitivement cette question de coopération, « il lui suffira de se retirer sous Metz, et de laisser le champ libre à l'ennemi qui interceptera toutes ses communi-
(1) Le maréchal de Mac-Mahon au maréchal Bazaine, D. T., Joinville, 16 août, 3 h. 42 matin.
(2) Le général commandant le camp de Chûlons au maréchal Bazaine, D. T., 16 août (reçu à Metz 3 h. 15 soir, expédié à domicile 3 h. 40).
(3) Le maréchal de Mac-Mahon au maréchal Baziinr^, D. T., Joinville, 16 août, 4 heures soir.
iSO REZONVILLE
cations avec le reste du pays (!)•». Près de deux jours se passeront en effet avant que Bazaine ne réponde, en ces termes, au téléfjramme de Mac- Mahon demandant des instructions : « Je reçois votre dépêche ce matin seulement. Je présume que le ministre vous aura donné des ordres, vos opérations étant tout à fait en dehors de ma zone d'action pour le moment, et je craindrais de vous indiquer une fausse direction (2). »
Si rien ne prouve que Bazaine ait pris, dès le 16 au soir, le parti bien arrêté de se laisser investir dans le camp retranché de Metz, il semble qu'il ait cédé à l'attraction, à cette sorte de fascination qu'exercent généralement les places fortes sur les généraux incapables de conduire une armée en rase campagne. Conscient de son insuffisance profonde, il préféra, suivant toute apparence, au lieu de continuer à diriger la retraite vers la Meuse, déposer ce fardeau trop lourd pour lui, venir s'appuyer à une forteresse et attendre les événements. La pénurie en vivres et en munitions parait n'avoir été qu'un prétexte saisi avec empressement pour justifier son mouvement rétrograde. Rester sous Metz était évi-
(1) Cf. Germain Bapst, Le soir de Rezonville, étions-nous vain- (jueurs? (Mois littcraire et pittoresque, t. XXII, 367-369).
(2) Le luaréilial Kazaine au maréchal de Mac-Mahon, D. T., Metz, 18 août, minuit. — Le télégramme est adressé à Bar-sur- Aube, au lieu du camp de Châlons.