ORDRES POUR LA RETRAITE
demment son droit strict. Du moins son devoir eùt-il été de ne laisser à son gouvernement aucune illusion sur ses projets et de ne pas lui permettre d'entrevoir sa marche à brève échéance vers Montmédy et les places du Nord (1) . Bazaine n'en fit rien, et en cela il est responsable, dans une certaine mesure, du mouvement de l'armée de Ghâlons et de la catastrophe de Sedan.
A 1 1 heures du soir, Bazaine fait appeler Jarras et dicte l'ordre suivant, qui fut expédié vers minuit et demi aux commandants de corps d'armée : a Ainsi que nous en sommes convenus, vous avez dû, à 10 heures, reprendre vos anciens campements en les resserrant. La grande consommation qui a été faite dans la journée d'aujourd'hui de munitions d'artillerie et d'infanterie, ainsi que le manque de vivres pour plusieurs jours, ne permettent pas de continuer la marche qui avait été tracée. Nous allons donc nous porter
(1) Au procès Bazaine, le général Pourcet, dans son réquisitoire, disait justement à ce propos : « Le général en chef, seul responsable des conséquences de ses ordres, est aussi juge en dernier ressort de l'opportunité des opérations. Si la combinaison qui lui est imposée lui semble mauvaise, ou si de nouvelles circonstances en rendent à ses yeux l'application dangereuse, il a plus que le droit, il a le devoir de le faire immédiatement connaître » {^Procès Bazaine, 704).
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sur le plateau de Plappeville. Le 2* corps occupera la position comprise entre le Foint-du-jour et Rozériculles. Le 3' corps se placeru à sa droite à hauteur de Ghâtel-Saint-Germain, qu'il laissera en arrière; le 4' corps, sur la droite du 3*, vers Monti(jny-la-G range et Amanvillers ; la Garde ù Lessy et à Plappeville où sera le grand quartier général. Le G'" corps sera à Verne ville. La division du Barail suivra le mouvement du 6'" corps à Vernéville, et la division Forton s'établira avec le 2'" corps.
« Le mouvement devra commencer le 17, à 4 heures du matin, et sera couvert par la division Metman, qui tiendra la position de Gravelotte et ira ensuite rallier son corps... Le général de Forton marchera avec le 2*" corps.
« Dans le cas où l'ennemi entreprendrait une attaque dans une des directions à parcourir, le mieux serait d'indiquer, comme point de ralliement, le plateau qui est au-dessus de Rozériculles, entre Saint-Hubert et le Point-du-Jour. De là on pourra se porter sur les campements indiqués plus haut (1) ... "
Dès les premières lignes, Jarras a éprouvé « un sentiment de pénible surprise » en entrevoyant
(^i) Metz, III, 20. — Aucun emplacement n'est indiqué à la résrrve générale d'artillorio. Le gcm'ral Jarm» prescrivit au général Canu de suivre le niouvcinent de la (»ardc et de s'établir derrière elle entre Lcb^y et Plappeville.
STUPÉFACTION DES TRODPES 153
les conséquences funestes que peut avoir ce mouvement rétrograde. Il se demande pourquoi, à l'inverse de ce qui devrait être, les troupes se rapprochent des approvisionnements, au lieu de se maintenir sur leurs positions et de faire venir de Metz ce qui leur est nécessaire. Mais le commandant en chef s'est tellement abstenu jusque-là de l'initier aux affaires, que Jarras, poussant 1 obéissance jusqu'à la passivité, se garde de toute objection (1). Suivant un témoin, la dictée de l'ordre terminée, le maréchal lève la tête : « Si quelqu'un juge qu'il y a mieux à faire, dit-il, qu'il parle! » Nul n'élève la voix, et Bazaine aurait ajouté presque aussitôt: «D'ailleurs, il (amisauver larmée française et pour cela retourner sur Metz (2) . »
Les instructions pour la journée du 17 parviennent en général aux corps d'armée entre une heure et 2 heures du matin, exception faite pour Ladmirault qui les reçoit vers 9 heures seulement. Parmi les troupes, c'est une stupéfaction générale. » On s'attend naturellement à couronner le succès de la veille. . . Ce nest pas seulement de l'étonnement que Ton manifeste : on peut dire que cet ordre provoque partout une vive irritation (3). »
(i) Général Jarras, 7oc. cit., 117-118.
(2) Colonel Fis, Saiwenirs d'un officier d'état-major, 36.
(3) Notes du colonel Saussicr. — « Dire la stupeur qui s em-
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Afin de suppléer dans une certaine mesure à l'insuffisance de l'ordre de mouvement, Jarras a envoyé auprès de chaque commandant de corps d'armée un officier supérieur de l'état- major général pour lui indiquer un itinéraire fixé à l'avance. Néanmoins il se produit le 17, dès le début de la marche, des croisements et des encombrements tels que nombre de colonnes doivent stationner pendant de lonjjues heures ou chercher une voie différente de celle qui leur a été assignée, augmentant encore ainsi la lenteur et les difficultés du mouvement (I). En particulier, le désordre est considérable et la « confusion indescriptible » sur la grande route de Gravelotte A Metz que doivent suivre des convois, des parcs, deux corps d'armée, la réserve générale d'artillerie et une division de cavalerie (2) . Malgré la faible longueur de l'étape — cinq à six kilomètres pour les troupes les plus rapprochées de leurs nouveaux campements, dix kilomètres environ pour
para de lous, en apprenant un pareil ordre, est impossible... Aujourd'hui, c'est après une bataille gagnée, au moment où le passage peut nous être ouvert, qu'on vient alléguer d'autres motifs pour se retirer encore... » (Colonel d Andhd, loc. cit., 76- 79).
(1) Metz, m, 22.
(2) Procès Bazaine, Déposition du lieutenant-colonel Fay, 258; Journal de M. Bouteiller, adjoint à l'intendance du 2* corps. — A la division de cavalerie Valabrègue, du 2" corps, les chevaux étaient sellés et n'avaient pas bu depuis trente heures (Journal de uiarclie de la division). La division Forton mit quatre heures à parcourir trois kilomètres.