‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 56 sur 168 · MOUVEMENT MAL RÉGLÉ · texte numérisé non relu

MOUVEMENT MAL RÉGLÉ

les plus éloig^nées — le mouvement, commencé à la pointe du jour, est si mal réglé qu'il se termine à la nuit noire. Seul, de tous les corps d'armée, le 4' exécute sa marche dans des conditions à peu près normales, de Doncourt, par Habonville, sur Amanvillers où sa dernière division ne s'établit néanmoins qu'à 6 heures du soir, tant en raison de l'arrivée tardive de l'ordre que par suite de la remise du départ fixé par Ladmirault à 11 heures du matin seulement (1).

Ces deux circonstances suspendent pendant près de deux heures le mouvement du 6* corps qui, de Vernéville, se rendà Saint-Privat. Le maréchal Canrobert a disposé ses divisions, au fur et à mesure de leur arrivée, en demi-cercle autour de Vernéville. Vers midi, il rencontre le colonel Lamy, de l'état-major général, et le prie de faire observer au commandant en chef que la position du 6' corps est « très en l'air " et qu'elle parait « difficile à défendre par suite de la présence des bois (2) » . La réponse parvient à Canrobert vers 3 heures : « ... Je vous autorise à quitter cette position et à aller vous établir sur le prolongement de la crête occupée par les autres corps Vous pourriez occuper Saint -Privât -la- Mon-

(1) Le départ avait été fixé à midi. 11 fut avancé d'une heure par Ladmirault, sur des renseignements faux annonçant l'approche d'une masse de cavalerie ennemie. — Cf. Metz, III, 38,

(2) Conseil d'enquête sur les capitulations, Déposition du maréchal Canrobert.

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lagiie el vous relier par votre gauche au 4* corps établi à Amanvillers. Je vous prie de me faire connaître la détermination à laquelle vous vous serez arrêté et de me dire, en même temps, le point choisi pour votre quartier général, afin qu'il n'y ait pas de retard dans notre correspondance (1)... » Cette lettre est un nouveau témoignage de rinerlie de Hazaine dans le commandement et de sa tendance à s'en rapporter à ses subordonnés pour des questions embarrassantes qu'il lui appartient de trancher.

Vers 4 h. îiO, toutes les troupes du (>* corps se mettent en marche simultanément de Vernéville sur Saint-Privat, mais les divisions Levassor-Sorval et Tixier se heurtent bientôt à la colonne du général Lorencez, du 4' corps. Après un arrêt de deux heures, Levassor-Sorval s'établit au sud de Saint-Privat entre 8 heures et i) heures du soir; Tixier bivouaque vers 10 heures entre ce village et la forêt de Jaumont, séparé de son artillerie qui s'est égarée cl du 100' de ligne intercalé par hasard dans la division Levassor. La Font de Villiers s'installe vers 7 h. 30 entre Saint-Privat et Roncourt. Quant aux deux régiments de la division de cavalerie du Barail, qui ont marché à l'arrière-garde, ils n'arrivent à l'ouest de Saint-Privat qu'entre 11 heures et

(1) Le iiiar(^chal Bazainc au maréchal Canrohcrt, Plappovillc. 17 août.

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minuit. Le 9* de ligne se place au sud-ouest du village (1).

Ces retards des deux corps de l'aile droite de l'armée ont deux conséquences graves. Ladmirault et Canrobert négligent, sauf sur quelques points particuliers, de placer des avant-postes dignes de ce nom, au sujet desquels, il est vrai, Bazaine s'est abstenu de toute indication. En outre, la tombée de la nuit empêche d'entreprendre, le jour même, aucun travail d'organisation défensive.

Chargée seule de couvrir la retraite et constituant une arrière-garde manifestement insuffisante pour une armée aussi nombreuse, la division Metman s'est établie sur le plateau de Gravelotte. Vers 6 heures du matin, la brigade Potier, renforcée de la batterie de mitrailleuses, se porte vers Rezonville, appuyant sa droite au bois Leprince, tandis que la brigade Arnaudeau surveille les débouchés du bois des Ognons et la direction d'Ars. A l'extrême gauche, le 7" bataillon de chasseurs tient le fond du ravin de la Mance. Pendant une partie de la matinée, on observe des mouvements de troupes ennemies au sud de Rezonville, mais tout se passe tranquillement. Lorsque toutes les troupes françaises ont

(1) Journaux de marche de la division Tiiier, du lieutenantcolonel de Montluisant, des divisions La Font de Villiers, Levassor-Sor\al, du Barail ; Metz, III, 45.

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évacué la rive droite de la Mance, le général Metman proscrit la retraite, « qui se fait en échelons et en ordre parfait (1) ». Seules, quelques fractions du 7* bataillon de chasseurs et du 71* de ligne établi au sud de Gravelotte échangent quelques coups de feu avec des tirailleurs de l'avantgarde du VU" corps prussien (2) . Un peu plus tard, d'autres troupes ennemies s'étant montrées à la lisière orientale du bois de Vaux, la batterie de mitrailleuses, placée à l'est de la ferme Saint- Hubert, leur envoie quelques décharges et les fait ainsi disparaître, La division Metman établit son bivouac au nord de la ferme de Moscou.

Dès 5 heures du matin, le grand quartier général a été transféré de Gravelotte à Plappeville. Dans la matinée, Razaine prend quelques mesures pour ravitailler l'armée en vivres et en munitions : tous ses soins « tendent à arriver à une avance de quatre jours de vivres dans le sac (3) » . Après entente avec l'intendant de l'armée, il prescrit aux corps d'armée d'envoyer sur

(1) Rapport du général Metman, 23 août ; Historiques des corps de la 3' division du 3' corps d'armée; Metz, III, 30.

(2) Voir infrà, p. 174.

(3) Le maréchal Bazaine aux commandants des corps d'armée et aux chefs de service, Plappeville 17 août. — Cette lettre traite des sujets les plus variés : des recommandations sur les travaux de défense à exécuter s'y mêlent à des demandes de pro-

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le plateau de Plappeville les voitures nécessaires pour leur ravitaillement (1). A ces préoccupations d'ordre administratif se bornent les signes extérieurs de l'activité du commandant en chef qui, installé à Plappeville, attend les événements « dans un fatalisme tout arabe (2) " . Des nouvelles inquiétantes lui arrivent pourtant de plusieurs points : les officiers en observation au fort Saint-Quentin et sur le clocher de la cathédrale ignalent le passage et la marche de fortes colonnes ennemies se dirigeant toutes par Ars vers Rezonville. Néanmoins pas un avis n'est envoyé aux commandants de corps d'armée, pas un ordre n'est donné, pas une disposition n'est prise pour le cas d'une attaque (3). Le temps du maréchal Bazaine semble avoir été consacré à une correspondance très active avec l'empereur et le ministre de la Guerre. Le commandant en chef ne prend même pas le soin de parcourir les positions que l'armée va occuper en prévision d'une bataille. Le souverain qui, au départ de Gravelotte, paraissait plein de confiance (4), fait adresser le

positions pour l'avancement et l'admission dans la Légion d'honneur.

(1) Le général, chef d'état-major général, aux commandants do corps d'armée et chefs de service, Plappeville, 17 août.

(2) Colonel d'A:«dlac, loc. cit., 84.

(3) Ibid.

(4) t L'armée est réunie et pleine d'ardeur » (L'empereur à l'impératrice, 16 août, D. T., sans indication d'heure. Papiers et correspondance de la famille intpériale, I, 421).

ir.o i;kzonviij,k

17, à 2 h. 15 (le raprès-muli, un télégramme nu général Coffinières, réclamnnt (rurgence « des nouvelles de l'armée » . La réponse, expédiée une heure après, est pessimiste : «< Hier 16, il y a eu une affaire très sérieuse du côté de Gravelotte. Nous avons eu l'avantage dans le combat, mais nos pertes sont grandes. Le maréchal s'est concentré sur Metz et campe sur les hauteurs de Plappeville. Nous demandons du biscuit et de la poudre. Metz est à peu près bloqué (1). » L'empereur ne tarde pas à réclamer plus de détails (2), mais sa dépêche se croise avec un télégramme chiffré que Bazaine lui a expédié à 4 h. 30, et où il explique de son mieux la décision qu'il a prise de ramener l'armée sous Metz. Le commandant en chef déclare d'abord que « l'ennemi a été repoussé » , puis invoque « la grande consommation de munitions d'artillerie et d'infanterie » et la pénurie en vivres. « J'ai établi l'armée, ajoute- t-il, sur les positions comprises entre Saint-Privat et Rozérieulles. Je pense pouvoir me remettre en marche après-demain en prenant une direction plus au nord, de façon à venir déboucher sur la gauche de la position d'Hau-

(1) Le maréchal commandant supérieur (.»ic) à rcmpercur, D. T., 3 h. 15 soir. — Au procès Hazaine, on n'a pu Hxer l'origine exacte de celte dépêche.

(2) Aide de camp de l'empereur au maréchal Bazaine, D. T , camp de Cbâlons, 17 août, 4 h. 13 soir.

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