‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 57 sur 168 · INQUIETUDES DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

INQUIETUDES DE L'EMPEREUR

diomont (l ■ , dans le cas où Tennemi l'occuperait en forces pour nous barrer la route de Verdun et pour éWter des combats inutiles qui retarderaient notre marche... »

Bazaine était-il sincère en faisant entrevoir la reprise de son mouvement et, s'il Tétait, pouvaitil admettre que l'ennemi resterait immobile et ne chercherait pas, après l'arrivée des renforts, à lui barrer la route de Briey comme il avait intercepté celle de Mars-la-Tour? Loin de diminuer les chances d'une rencontre, la résolution prise par le commandant en chef rendait une bataille inévitable, s'il voulait réellement s'ouvrir un passage vers le nord. Au reste, tandis qu'il donnait ces assurances à l'empereur, Bazaine faisait reconnaître par le colonel Lewal et les sous-chefs d état-major des positions nouvelles adossées aux glacis mêmes de la place ^ . Le jugement reste incertain entre deux appréciations : duplicité ou incapacité.

De plus en plus inquiet, l'empereur n'a pas attendu l'arrivée du dernier télégramme pour demandera Bazaine de nouveaux renseignements : • Dites-moi la vérité sur votre situation afin de régler ma conduite ici. Répondez-moi en chiffres (3). » Au lieu de se conformer à cet ordre,

(H 6 kilomètres à l'onest de Fresoes-en-Woëvre.

{i\ Procès Bazaine, Dépositions du colonel I^etral, 275 et do capitaine Yung. 276.

(3) L empereur au maréchal Bazaine, D. T. Ch., camp de ChâloDs, 17 août, 5 h. 10 soir.

16i HEZONVILLE

Bazaine écrit à l'empereur une lettre faisant part des rensei(jnements Fantaisistes qu'il possède sur l'ennemi et des conclusions étranges que lui inspire une canonnade insi(jnifiante dirifjée, à ce moment, sur le fort de Queuleu (l). Il déclare à nouveau inexactement que « les corps sont peu riches en vivres » et que la place est « peu approvisionnée en munitions " . Les vivres sont loin de faire défaut, puisque 160 000 hommes pourront subsister pendant soixante-dix jours avec les ressources que renferme la place. Les munitions ne manquent pas davantage, puisque le 22 août, six jours après ce cri d'alarme, le général Soleille déclare être aussi complètement réapprovisionné qu'au début de la campagne (2) . Peut-on admettre que le commandant en chef était encore mal renseigné dans l'après-midi du 17 sur la situation réelle des vivres et des munitions?

« Nous allons, ajoute Bazaine, faire tous no> efforts pour reconstituer nos approvisionnements de toutes sortes, afin de pouvoir reprendre notre marche dans deux jours, si cela est possible, et je prendrai la route de Briey. Nous ne perdrons pas de temps, à moins que de nouveaux combats ne déjouent mes combinaisons (3)... » A cette

(1) Metz, III, 52. — Ce serait, à son avis, un indice de l'arrivée du roi de Prusse à Pange ou au château d'Aubigny.

(2) Procès Bazaine, Rapport, 20, et Interrogatoire du maréchal Bazaine, 176.

(3) Le maréchal Bazaine à l'empereur, 17 août (sans heure,

Page 1