‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 60 sur 168 · CONCEPTIONS DE MOLTKE · texte numérisé non relu

CONCEPTIONS DE MOLTKE

IX', VII1% VIP corps, peut-être aussi du XIP. Gest seulement quand ce but capital aura été atteint que les I" et IT armées se déploieront pour continuer la marche vers Touest. Les autres corps de la IT armée peuvent dés maintenant > arrêter. Il n'v a qu'un intérêt secondaire à atteindre rapidement la Meuse (1)... " Moltke commence à voir clair dans la situation, mais en faisant allusion au succès du lendemain, a-t-il entrevu Thvpothèse si vraisemblable de l'écrasement du IIP corps et des fractions accourues à son aide? Que serait-il advenu, dans ce cas, de ses combinaisons?

Aux premières nouvelles de la bataille , un officier d état-major sest rendu auprès de Steinmetz et lui a transmis l'ordre verbal de tenir les VIP et VHP corps prêts à franchir la Moselle à Gorny et à Arry à la suite du IX* (2; . Moltke complète cet ordre par une dépêche où apparaît le but du mouvement : « refouler l'ennemi vers le nord en le coupant de Chàlons et Paris (3) " . De plus, afin d'assurer, pour le 17, un appui aux troupes eng^agées vers Rezonville, le prince royal de Saxe est invité directement dans la soirée à

(1) Correspondance militaire dit maréchal de Moltke, n" 172.

(2) Déjà Steiniuetz a poussé en avant les équipages de pont des deux corps d'armée.

(3) Correspondance militaire du maréchal de Moltke, n" 170.

mettre, dès 3 heures du matin, le XII' corps marche

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rt sur Mars-la-Tour et

jeter sa cavalerie vers la route de Verdun (I).

Le 16, après la tomhée de la nuit, Frédéric- Charles a étahli son quartier fjénéral à Gorze. Prévoyant le cas probable où les Français tenteraient, le lendemain matin, de rouvrir leurs communications vers Fouest, Frédéric-Charles se préoccupe de reconstituer les approvisionnements en munitions et de réunir des troupes fraîches pour résister à cette nouvelle attaque. Des ordres sont expédiés à 1 1 heures du soir en vue de la concentration vers Vionville de toutes les unités disponibles. De la 11* armée, seuls les II* et IV* corps, stationnés à Buchy et aux Saizerais, sont à deux fortes marches de Vionville et ne peuvent y arriver le 17. Rien n'est modifié aux prescriptions antérieures qui les concernent : le II* corps gagnera Pont-à-Mousson, le IV* les environs de Boucq. Le IX' corps, dont le quartier général est à Gorze, devra se rassembler au point du jour sur les hauteurs au nord. Le XII* corps exécutera une marche de nuit pour atteindre, par Thiaucourt, les environs de Mars-Ia-Tour. De Rambucourt et de Bernecourt, la Garde se portera sans retard, par Beney et Chambley, sur Mars-la-Tour et s'établira à gauche des Saxons,

(1) Historique du grand Etat-major prussien, V, 625.

LE Xir CORPS ET LA GARDE 169

tandis que sa cavalerie continuera vers la Meuse (1).

Les fractions du IX" corps les plus éloignées n'ont pas quinze kilomètres à parcourir pour gagner le point de rassemblement assigné; il est donc permis de compter sur leur appui derrière l'aile droite dès les premières heures de la matinée. L'arrivée en temps opportun du XII* corps et de la Garde derrière l'aile gauche est plus douteuse (2) , mais elle sera accélérée grâce à l'initiative de leurs chefs. A la réception de l'ordre direct émanant du grand quartier général, le commandant du XIP corps prescrit à sa division de cavalerie de se porter le lendemain sur Harville et, si elle n'y trouve pas l'ennemi, de pousser jusqu'à la route Metz-Étain. Le commandant de la 23Mivision, stationné àRégnéville-en-Have et informé à 10 heures du soir de ce qui s'est passé au X' corps, fait prendre les armes et dirige ses troupes sur Thiaucourt, non sans en prévenir le commandant de la Garde. Celui-ci, le prince de Wurtemberg, se décide aussitôt à surseoir au mouvement vers la Meuse et à porter vers le nord, à Flirey et à Richecourt, ses deux divisions et son artillerie de corps. Il se trouve ainsi dans d'excellentes conditions pour assurer l'exécu-

(1) Historique du grand Etat-major prussien, V, 627.

(2) Ces deux corps d'armée sont respectivement à 30 et 38 kilomètres du champ de bataille.

170 HEZONVILLE

tlon (les ordres du commandant de l'armée (I). Le rapport du prince Frédéric-Charles sur les événements du 16 et sur les dispositions arrêtées pour le lendemain |)arvient après minuit au r^rnnd (juartier {jénéral où le lieutenant-colonel Bronsart, de retour du champ de hataille, a fourni déjà des renseig^nements verhaux. On sait maintenant « que deux corps prussiens ont été enga{jés dans une lutte acharnée et meurtrière contre des forces bien supérieures, et qu'il s'agit avant tout de les soutenir en temps voulu dans les positions qu'ils ont maintenues (2) » . La situation vraie apparaît enfin dans toute sa {jravité. Jusque-là Mollkc a nettement manifesté son dessein de rejeter vers le nord, en les coupant de Chàlons, les forces principales de l'armée française; il a en même temps redressé l'erreur de Frédéric-Charles en arrêtant le mouvement de la H' armée vers la Meuse, mais il n'a pris que des demi-mesures pour l'exécution de la manœuvre projetée : le IG, à 8 heures du soir, il autorisait encore l'aile {jauche de la IT armée « à faire halte (3) » .

(1) llistoriijue du (jraml Ktat-major prussien, V, 627-628; Metz, m, 90-92. — L'inconvénient est que la Garde el le XII' corps vont marcher tous deux sur un mciiie point, Chaiiibley. Il eût fallu assigner à celui-ci la route Ponl-à-Mou8«on, Thiaucourt. Chanihlcy, et à la Garde les itinéraires à l'ouest.

(2) Historitfue (ht qrand Ktat-inajor prussien, V, 630.

(3) Moilke à Stielile, Pont-à-Mousson, 16 août, 8 heures soir (^Correspondance militaire du maréchal de Moitié, n" 172).

FRÉDÉRIC-CHARLES A FLAVIGNV 171

G est Frédéric-Charles, en réalité, qui a pris l'initiative de la concentration générale que Moltke a hésité jusque-là à prescrire, bien que le plan stratégique conçu par lui-même la rende u immédiatement indispensable (1) » . Dans le courant de la nuit seulement, Moltke invite Steinmetz à faire passer aussitôt la Moselle aux Vil* et YIW corps, afin de soutenir les HT et X' " au lever du jour (2) » .

Le 17, à 4 h. 30 du matin, Frédéric-Charles est de retour à son poste d'observation, près de Flavignv. Partout la nuit s'est passée dans le plus grand calme; mais, aux premières lueurs de l'aube, les troupes avancées entendent des sonneries françaises et aperçoivent bientôt nos avantpostes couronnant les hauteurs de Bruville à JRezonville. A l'ouest de ce dernier village, on croit distinguer par moments des lignes de tirailleurs et les préparatifs dune attaque. Dans 1 armée allemande, on n'est pas sans de vives inquiétudes à ce sujet. Hommes et chevaux sont épuisés, la plupart n'ont pris aucune nourriture la veille,

(1) Metz, II, 75.

(2) Moltke à Steinmetz, Pont-à-Mousson, 17 août, 2 heures matin (Correspondance militaire du maréchal de Moltke, n- 173j.

17Î REZONVILLE

certaines unités ne comptent plus qu'un très petit nombre d'officiers, les munitions font encore défaut, on constate d'ailleurs le relâchement qui succède toujours à une période de grande surexcitation (1) .

A 6 heures du matin, le roi Guillaume et son état-major arrivent sur la hauteur au sud de Flavignv d'où l'on embrasse la plus grande partie du champ de bataille de la veille. A ce moment, le IX' corps se rassemble au nord-ouest de Gorze. Les premières heures s'écoulent sans incidents remarquables, et les renseig^nements contradictoires ne donnent encore aucune idée nette de l'attitude et des intentions des Français. On signale à la fois : des colonnes d'infanterie se retirant sur Vernéville, de l'artillerie filant vers Metz, des lignes de tirailleurs sur les hauteurs du bois de Vaux, des mouvements de troupes dans la direction de l'ouest, sur Jarny, des ra'ssemblements importants à l'ouest de Gravelotte. Jusqu'à 1 1 heures, les Français continuent à occuper Bezonville. Un escadron de hussards, envoyé à G heures sur Doncourt, fait connaître la présence d'un vaste bivouac vers Bruville; on affirme aussi que des colonnes sont en marche de Saint-Marcel sur Verdun. Mais un autre escadron, envoyé sur Jarny entre 10 et 11 heures, rcmar-

(1) Von DEB GoLTZ, Die Operationen (1er II. Armée, 103.

RENSEIGNEMEJJTS CONTRADICTOIRES 173

, quant des nuages de poussière entre Doncourt et Jouaville, conclut à un mouvement « au nordest, vers Metz (1) ».

Peu à peu les Allemands perdent complètement le contact en avant de leur centre et de 1 aile gauche. Après avoir livré bataille le 16 à une armée de 1 50 000 hommes, ils en arrivent à ignorer ce qu'elle est devenue. L'explication qu'ils ont donnée de ce fait étrange semble peu valable : « On s'attendait à un mouvement offensif des Français dès le point du jour et, par suite, on s'était plus particulièrement préoccupé des movens de résister à une attaque (2) . » Est-il admissible, parce que l'on est sur la défensive, de ne pas chercher à se renseigner sur les agissements de l'adversaire? Des reconnaissances suffisaient, et la cavalerie française ne leur eût, en aucune façon, disputé le terrain (3).

Si contradictoires qu'elles soient, les informations recueillies s'accordent sur un point, la retraite de l'armée française, et dissipent ainsi les inquiétudes. Peu à peu d ailleurs, les renforts arrivent. A la F* armée, la 15' division et l'artillerie de corps (VIII* corps) ont commencé de passer la Moselle à Arry dès 5 heures du malin. Le

(i) Utstoriqne du grand Etat-vuijnr prussien, V, 631-632.

(2) Ibid., 632.

(3) B Un véritable capitaine aurait tout appris, grâce à l'emploi qu'il eût fait de sa cavalerie... » (Fritz Hoemg, Vingt-quatre heures de stratégie de Moltke, 10).

17V HEZONVILLE

VII* corps a pris les armes à G heures seulement et s'est dirigée de Slllegny et Pominérieux sur Corny. Suivant les instructions de Moltkc, il doit se porter vers Ars et Gravelotte, et occuper le bois de Vaux sur son flanc droit; le VIIT corps prendra la direction de Hezonville ; le I" exécutera avec son artillerie par la rive droite de la Moselle une démonstration contre Metz, afin de détourner l'attention des Français des mouvements importants qui se produisent sur la rive {jauclie (1) .

Vers 9 heures, lavant-garde du Vil* corps s'est mise en marche de Novéant sur Ars. L'escadron, tête de colonne, s'eng^njje dans le ravin qui remonte d'Ars sur Gravelotte et arrive au moulin Fayon quand une fusillade partie de fractions de la division Metman (2) l'arrête en lui blessant quelques hommes Steinmetz, survenante ce moment, donne l'ordre d'attaquer les bois. Deux bataillons, appuyés par un troisième en seconde lijjne, pénètrent dans les taillis du bois des Ognons où ils progressent lentement; deux autres se jettent dans le bois de Vaux. Vers une heure, les Prussiens atteignent la lisière nord-est du bois des Ognons ; la division Metman, dont la mission d'arrière-garde est terminée, se replie lentement sur le plateau de Moscou.

(1) Historique du grand État'tnajor prussien, V, 634.

(2) Voir suprà, p. 157.

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