ATTAQUE DE MANSTEIN
flanc dans l'hypothèse où des forces françaises importantes se seraient trouvées vers Briey.
Les ordres de Frédéric-Charles sont encore en vole d'exécution, quand, un peu avant midi, les premiers coups de canon se font entendre aux environs de Vernéville. En dépit des recommandations qui lui ont été faites, Manstein n'a pas résisté à la tentation de canonner les bivouacs de Ladmirault. Pour la troisième fois en quinze jours, c'est un sous-ordre qui engage la bataille contrairement aux intentions du haut commandement. Au moment de l'ouverture du feu, le Ajrand quartier général est d'ailleurs encore sur la hauteur de Flavigny. Afin d'empêcher la V armée de s'engager prématurément, Moltke prévient Stelnmetz, en termes un peu vagues, que le combat commencé à Vernéville n'exige pas l'intervention de toute la I"' armée. Celle-ci évitera de montrer de fortes masses, mais emploiera, en cas de besoin, seulement son artillerie pour préparer l'attaque ultérieure (1).
« En résumé, dit la relation officielle, tandis que la II* armée se trouvait chargée de prononcer un énergique effort contre la droite française, par une attaque simultanée de front et de flanc, la F" armée avait pour mission de se borner d'abord à tenir sans cesse en haleine le front
(1) Correspondance militaire du maréchal de Moltke, n* 179.
ïl* SAINT-PRIVAT
des fortes positions de l'aile gauche ennemie (1). » Telle eût été sans doute la physionomie de la bataille, selon la conception napoléonienne, et il n'est pas impossible que le grand quartier général allemand l'ait conçue un instant telle. Mais ni les instructions de Moltke, ni les ordres de Frédéric-Charles n'assurent la réalisation de ce plan que les documents contemporains ne spécifient nullement. En raison de l'extrême insuffisance des reconnaissances, on n'a pu, pendant vingtquatre heures, rien apprendre d'important sur une armée de 1 50 000 hommes dont on n'est séparé pourtant que par une très faible distance. Les incertitudes et les flottements de la matinée sont les conséquences de cette omission essentielle du rôle de la cavalerie. Toutes les dispositions prises jusqu'à midi ne peuvent conduire qu'à une attaque de front sur Amanvillers, et non point au grand mouvement enveloppant dont l'exécution sera le résultat de l'initiative éclairée des sous-ordres bien plus que des conceptions du commandement suprême (2).
(1) Historique du grand Etat-major prussien, VI, 668.
(2) u La matinée du 18 prësonte du côté allemand un spectacle peu réjouissant... c'est l'incertitude et le vague, les erreurs et les malentendus qui dominent; le temps pendant lequel le déploiement en face des positions ennemie* aurait dû être terminé, est employé à des mouvements à t.ltons, qut sont bien loin de la marche bien ordonnée d'une armée marchant à l'ennemi » {Der 18. August Î870, 121).