MOUVEMENT DES SAXONS
Saxe a résolu, de sa propre initiative, de marcher dans la direction du nord-est. Une avant-çarde, aux ordres du général von Craushaar, gagne, par les deux rives de l'Orne, Valleroy et Moineville. A la 23' division, la -15' brigade se porte par Tichémont sur le bois de Fleury; la 46% d'abord maintenue à Jarny, suit bientôt la 45'. La 24^ division se dirige sur Sainte-Marie par Jouaville et Batilly; l'artillerie de corps marche sur Giraumont-en-Jarnisy. Lorsque survient l'ordre de Frédéric-Charles, expédié à 11 h. 45 et prescrivant au Xir corps de se porter sur Sainte-Marie, le prince de Saxe n'a que quelques dispositions complémentaires à prendre pour en assurer l'exécution (1) .
A 2 heures de l'après-midi, la tête de colonne de la 24^ division atteint Batilly; celle de la 23' est à un kilomètre environ à l'ouest; l'avantgarde de la vallée de l'Orne entre à Coinville. Du mamelon 273, entre Jouaville et Batilly, le prince de Saxe aperçoit sur les hauteurs de Saint-Privat des nuages de fumée indiquant que notre droite s'étend au moins jusque-là. D'après les renseignements de la cavalerie, la vallée de l'Orne est libre, mais Roncourt est occupé. Enfin le capitaine von Planitz, avec une patrouille saxonne, a vu des masses sur la crête de Saint-Privat à Ron-
(i) Historique du grand État-major prussien, VI, 669. 11. 16
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court. A son avis, le long glacis découvert qui s'étend à l'ouest rendrait l'attaque directe très difficile. Le prince de Sa.xe prend aussitôt le parti de tourner la position et d'envelopper notre droite. Inspiration des plus heureuses, dont les conséquences seront décisives, mais qui présente une lacune par l'omission de l'attaque de front destinée à maintenir l'adversaire (1).
Tandis que la 24' division, passant à l'est de Batilly, se porte sur Sainte-Marie, la 23' est dirigée, par Goinville et les bois à l'est d'Auboué, sur Roncourt. Vers 2 h. 15, la /7'' brigade, cheminant dans le ravin au nord-est de Batilly, dépasse In division von Pape qui s'y rassemble, et se forme ensuite à l'ouest de Sainte-Marie. Trois batteries ouvrent le feu sur le village, de concert avec les dix pièces de la Garde ; l'artillerie de corps intervient à son tour sur la crête au nord du bois de Batilly; enfin trois batteries de la 23' division entrent également en ligne. Ainsi quinze bataillons vont attaquer Sainte-Marie, avec l'appui de quatre-vingt-huit pièces qui criblent d'obus le village occupé par moins d'un régiment (2). Le 94"
(1) Von Schimpff, Das XII. Corps im Krieqc 1870-1871 {Metz, III, 283).
(2) Historique du grand État-major prussien, VI, 719-721. — a Nous fùiiics écrasés de projectiles » (Rapport du colonel de Geslin, 20 août). — Le 94* comptait 1454 hommes seulement présents sous les armes (Le général de Geslin au ministre de la Guerre, (?) janvier 1900).
ATTAQUE DE SAINTE-MARIE Hk'i
n'a d'autre soutien que les feux de quelques compagnies du 93" accourues à I 000 mètres environ à l'ouest de Saint-Privat.
Ni rénorme disproportion des forces, ni les incendies ne déconcertent les défenseurs qui opposent une résistance énergique. A 3 heures, deux attaques simultanées se produisent : quatre bataillons de la Garde s'avancent au sud, sept bataillons de la 47* brigade saxonne à l'ouest. Les compagnies de réserve du 94'' se sont portées sur la ligne de combat, produisant ainsi un redoublement d'intensité dans le tir. Cependant cette lutte inégale ne peut durer longtemps. Menacé d'être enveloppé, le colonel de Geslin ordonne la retraite et, vers 3 h. 30, au moment où les Allemands donnent l'assaut, le village est presque entièrement évacué. Sous la protection de trois compagnies moins éprouvées, et grâce à un mouvement offensif de deux bataillons du 91% qui se portent en avant sur la route de Saint-Privat à Sainte-Marie, ce qui reste du 94*" peut se replier sur Roncourt sans être inquiété, mais en laissant aux mains de l'ennemi environ 200 prisonniers qui se sont attardés à la défense des maisons (1) .
Durant ces événements, la lutte s'est poursuivie avec violence entre les deux artilleries opposées. Aux vingt-deux batteries allemandes en ligne au
(1) Rapport du colonel de Geslin, 20 août; Historique du grand Etat-major prussien, VI, 723-724; Metz, III, 287-289.
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nord d'Habonville ne répondent plus que dix batteries du 6* corps ; encore celles-ci ne tirentelles plus que par intermitences pour ménager leurs obus (1) . Désormais l'artillerie allemande est à peu près maîtresse du champ do baUiille, tant en face de Saint-Privat qu'au nord-est de Veméville. Pénétré de la gravité de la situation, Ganrobert envoie à Bazaine, dès 2 heures, un nouvel officier, le capitaine de Ghalus, chargé de demander instamment l'envoi d'une colonne de munitions et d'une division d'infanterie, et de déclarer que le 6'" corps tiendra Saint-Privat « tant qu'il aura des munitions (2) v . Cet appel ne devait être qu'en partie écouté : à défaut de renforts, même les munitions n'allaient arriver qu'en quantité très insuffisante, comme si l'on eût voulu rendre impossible le sacrifice auquel Ganrobert et ses troupes étaient prêts à se vouer.
(1) Metz, III, 294-295.
(2) Instruction relative au procès Bazaine, Dépositions du maréchal Canrobeil et du capitaine de Chaius; Procès Bazaine, mêmes dépositions, 224, 277.