LA FERME SAINT-HUBERT
de feux depuis Moscou jusqu'au Point-du-Jour et ont des vues directes sur le vallon de la ferme Saint-Hubert ( l) . A quelques centaines de mètres en arrière, et à Tabri de la crête, sont accumulés douze bataillons. Malheureusement, le commandement français, toujours imbu des idées de défensive presque passive, ne saura pas utilisre ces forces pour exécuter une contre-attaque qui eût réussi vraisemblablement à rejeter les Prussiens dans le ravin de la Mance. Loin de là, il laissera l'ennemi s'emparer de la ferme Saint- Hubert et s'y maintenir jusqu'à la fin de la bataille (2).
Cette ferme est située à l'issue orientale du défilé long de plus de 1 200 mètres que parcourt la route de Gravelotte à Metz. Les abords en sont difficilement accessibles : l'infanterie seule peut se mouvoir en dehors de la chaussée (3), encore est-ce sur un terrain assez difficile et coupé, à l'est du ruisseau de la Mance, de taillis et de carrières. Un peu à l'ouest de Saint-Hubert pourtant, un chemin de terre permet à la cavalerie de déboucher sur les pentes découvertes qui s'étendent au sud de la ferme. Celle-ci comprend
(1) 3" chasseurs, IIl" du 23% I" et IP du 32% I" du 80*, I" du 85'', l" du 44*. — Six autres bataillons sont déployés au sud, le long de la route {Metz, III, 362).
(2) Metz, III, 363.
(3) Cette chaussée est en remblai entre Gravelotte et le ruisseau, puis en tranchée jusqu'à la ferme de Saint-Hubert.
une maison d'habitation à deux étapes et deux granges bordant au nord la route de Verdun, une cour entourée de murs, enfin un jardin situé à l'est des bâtiments et également clos de murs. Le commandant Molière, du SO*", qui occupe la ferme avec 750 hommes environ, a résisté jusqu'alors en utilisant les feux de deux compagnies, qui ont été successivement relevées, le reste de sa troupe restant massé dans la cour et le jardin. Mais, vers 3 heures, la situation s'aggrave à chaque instant. Des forces quatre fois supérieures progressent de front et sur les deux ailes de la position, que Partillerie crible d'obus; 300 hommes sont hors de combat ; les cartouches enfin commencent à s'épuiser. Quand le commandant Molière se voit presque cerné, hors d'état de prolonger la lutte, blessé lui-même à deux reprises, il se décide à ordonner la retraite, remonte en assez bon ordre jusqu'à la voie romaine et reforme ce qui reste des défenseurs en arrière de la crête.
Au moment où le feu a presque complètement cessé, les Allemands se sont précipités sur Saint- Hubert. Dix-huit compagnies s'engouffrent dans la ferme, dans les dépendances et aux abords, constituant un mélange à peu près inextricable où les officiers restés valides s'efforcent de mettre un peu d'ordre (1). Le capitaine Lamarle,
(l) " Peu après 3 heures, il n'y a plus à Saint-IIubcrl une seule cunipa^nic groupée, mais au plus quelques pelotons. Tout