LA LEVÉB EN MASSE
Derrière ces folies, ce qu'il y avait, c'est la légende des volontaires de 92. Il était entendu que ces volontaires, sans aucune préparation, avaient vaincu l'Europe, parce que la grande cause de la Révolution qu'ils servaient avait rendu leur élan irrésistible.
Cette légende des volontaires de 92 avait pourtant, dans ces débats de 1867-1868, été on ne peut mieux réfutée. J'ai rapporté précédemment des discours de la plus profonde sottise. Écoutons à présent la voix de la raison :
« Ne vous reposez pas, le cas échéant, déclara par exemple le baron Jérôme David, sur le recours aux troupes inexpérimentées pour remplacer nos excellents soldats ; les volontaires et les recrues enrégimentées à la hâte valent peu de chose.
La tradition populaire s'est égarée dans ses appréciations des effets prodigieux de la république française, auxquels, tout àV heure, r honorable M. Jules Simon faisait évidemment allusion... Ce furent les vieilles troupes
de la monarchie qui soulinrenl les premières épreuves de la guerre^ et sans ces troupes^ le pays aurait subi les plus grands désastres...
Mais il existe celte idée chez le peuple qu*il suffit que les citoyens se lèvent en masse pour dé fendre le pays contre toute agression; que le jour où tous les Français prendraient spontanément les armes, la France serait invincible, et que la constitution d'une forte armée permanente n'est pas absolument utile.
Ce sont là de fausses théories qu'il est bon de réfuter.
Le général Jomini disait, en parlant des volontaires qui entraient dans la composition de V armée de Dumouriez : « Ces volontaires nationaux ne contribuaient pas peu à augmenter l'esprit de désordre : des compagnies entières partaient pour la Prusse, avec armes et bagages; il eût fallu une seconde armée pour les arrêter. »
... Le 6 février i834^ le général Bugeaud dit^ dans une séance de la Chambre des