LÀ LEVÉE EN MASSE
députés : « On a parlé de l'enthousiasme ; selon tout le monde, c'était là un grand moyen de guerre; messieurs, l'enthousiasme est une fort bonne chose quand il est accompagné de bons bataillons ; quand il est seul, c'est une vertu passagère, éphémère comme toutes les passions violentes, et la moindre chose suffit pour le détruire. Quelques journées de mauvais bivouac le font disparaître ; une batterie de quarante bouches à feu qui vomit la mitraille sur les enthousiastes les a bientôt réduits au silence... On vous a dit ensuite et on a redit à satiété que les bataillons de volontaires, dans le commencement de la Révolution, avaient, grâce à l'enthousiasme, vaincu l'Europe. Eh bien! c'est faux. Dans les deux premières campagnes, les bataillons de volontaires furent presque indisciplinables, parce qu'il s'y trouvait des hommes qui avaient apporté dans l'armée l'esprit des clubs, incompatible avec la discipline et la force militaire ; ils furent battus dans presque toutes les circonstances, et ce n'est au'à la bataille de
Fleurus qu'ils ont commencé à rendre des services ; à Jemmapes, à Valmy, les principales forces étaient composées de la vieille armée de ligne. »
De son côté, le maréchal Niel résuma sa pensée dans ce jugement lapidaire : « Beaucoup d'hommes illustres de l'Empire avaient vécu el servi sous la République ; ils ont conservé de la levée en masse un sentiment d'effroi. Leurs mémoires, leurs discours, à la Chambre des pairs, ou à la Chambre des députés, sont partout empreints de cette crainte que le pays eut la pensée de recourir une fois de plus à la levée en masse. Tous ont tenu le même langage. Le maréchal Gouvion Saint- Cyr qui, pendant toute sa carrière, n'a cessé de se préoccuper de cette pensée, formulait ainsi l'opinion qu'un tel système avait laissé dans son esprit : « La levée en masse n'a servi qu*à Tennemi. Ces hommes qu'on nous envoyait sans aucune organisation épuisaient les pays où ils passaient, se jetaient sur notre armée et y semaient Tindisciplinc. »