LE PARLKMENT ET NOS PREMIÈRES DÉFAITES
Aussi l'allégresse est grande au 4 septembre. On croit le pays sauvé. Comme dit la proclamation, citée plus haut : « La République a vaincu l'invasion en 1792. La République est proclamée. » Ce qui signifie : maintenant que nous avons la République, la levée en masse va être irrésislible.
La levée en masse ! elle n'a jamais été aussi bien décrite que par Victor Hugo. Je dédie ce tableau à Jaurès et C'°. Il est du l*' août 1852. Au moment de quitter la Belgique s'adressant aux Belges, Hugo s'écrie : « Si M. Bonaparte arrive, si M. Bonaparte vous envahit, s*il vient une nuit — c*est son heure — heurter vos frontières,.., vous apportant ta honte à vous qui êtes t' honneur, vous apportant r esclavage à vous qui êtes la liberté, vous apportant le vol à vous qui êtes la probité, oh ! levez-vous, Belges, levez-vous tous î recevez Louis Bonaparte comme vos aïeux les Nerviens ont reçu Caligula ! Courez aux fourches, aux pierres, aux f aulx, aux socs de vos charrues ; prenez vos couteaux, prenez vos
fusils^ prenez vos carabines ; sautez sur la vieille épée (TArleveld^ sautez sur le vieux bâton ferré de Coppenole^ remettez, s*il le faut, des boulets de marbre dans la grosse couleuvrine de Gand : vous en trouverez à Notre- Dame de Hat ! Criez aux armes ! Sonnez le tocsin, battez le rappel : faites la guerre des plaines, faites la guerre des murailles, faites la guerre des buissons ; luttez pied à pied, défendez-vous, frappez, mourez.,. Si le Bonaparte vient, faites cela * / »
Voilà la levée en masse. Voilà de la belle stratégie ! Eh bien ! n*en riez pas. Ce n'est pas si bête que cela en a Tair. Il y a, en effet, un petit verbe qui clôture le morceau et qui rachète tout le reste. « Défendez-vous, frappez, mourez. » Mourez : c'est, en effet, le seul conseil sérieux qu'on puisse donner à tout ce qui est troupe improvisée.