LB PARLEWFNT ET NOS PREMIÈRES DÉFAITES
Dans ce chapitre, dans les précédents, j'ai beaucoup parlé des sottises débitées sous l'Empire par l'opposition. Mais il ne faudrait pas que cela fît oublier les fautes commises par le gouvernement. C'est pourquoi je veux rappeler ici ce que j'ai dit précédemment : ce n'est pas parce que l'opposition a proféré des folies que la responsabilité du gouvernement s'en trouve amoindrie.
Le gouvernement a reculé devant l'opinion. C'est entendu. L'opinion était pacifiste, elle se refusait à une aggravation des charges militaires, n'en comprenant pas la nécessité. Parfaitement. Mais le rôle d'un gouvernement n'est pas de suivre l'opinion. 11 est de l'éclairer, et si l'opinion persiste dans son erreur, de passer outre. L'Empire, qui s'était parlementarisé, ne pouvait passer outre, direzvous. Admettons. Mais c'est ce qui me fait dire qu'il ne faut pas tant en vouloir aux hommes qu'à l'Institution. Et puis, en admettant que l'Empire n'eût pu gouverner alors contre l'opinion, a-t-il tenté d'éclairer
Montesquiou, 1870. 4
cette opinion ? Nullement. 11 n'a cessé, au contraire, et jusqu'à la veille de la guerre, de la rassurer en déclarant que nous étions prêts. L'opinion était-elle à môme de se rendre compte si cela était vrai ? Elle en était incapable. Pouvait-elle connaître exactement les préparatifs et les projets de la Prusse ? Pouvait-elle savoir si, en cas de guerre, nous aurions des alliés ? Tout cela est du seul domaine du gouvernement. Aussi, — et c'est la conclusion logique de tout ceci, — malheur au pays qui est obligé de demander à l'opinion de résoudre les questions de défense nationale. Un tel pays est sans organe de direction et de prévoyance, bref, sans gouvernement au vrai sens du mot.