Lettre du 5 décembre 1866, /(/., p
NAPOr.fOV TIT ÉTAIT AVERTI 93
d*hommes usés et déconsidérés, ne peut se décider à prendre une grande résolution ; // se traîne à la remorque des événemenls sans chercher à les prévoir ^ sans prétendre à les diriger^. » Le 25 septembre 1869, parlant d'un projet d'annexion du grand duché de Bade à la Confédération du Nord, le général Ducrot déclare encore : « Je crois que les choses continueront à marcher comme elles marchent depuis trois ans : l'annexion se fera, et nous regarderons faire ; l'Impératrice se promènera, recueillera des triomphes, des ovations, fera dépenser beaucoup d'argent à ses illustres hôtes, en dépensera beaucoup. Pendant ce temps, l'Empereur fumera des cigarettes, se frisera la moustache ; Forcade de la Roquette se cramponnera à son portefeuille, Rouhor guettera un tour pour faire sa rentrée au pouvoir, la révolution continuera à faire son chemin, et, un beau jour ^ la Prusse^ devenue l'arbitre de l'Europe,
1 Lettre du 9 novembre 1867, Onvr, cité, p. 196.
mellra son talon sur la France , annexant au grand Empire germanique la Lorraine et l'Alsace^ tandis que le désordre et Vanarchie bouleverseront notre pauvre pays *. »
De telles lettres sont prophétiques. Certes, ces lettres, qui sont adressées aux uns et aux autres, n'ont pas toutes été connues de Napoléon III, comme les rapports du colonel StofTel. Mais il en a connu la substance. Le général Ducrot s'est arrangé, en effet, pour que son cri d'alarme fût entendu de l'Empereur. Ce cri a été entendu, mais non écouté. « Tout, absolument tout ce que j'avais prévu se réalise, écrivait le général Ducrot, le 13 août 1870 ; le plan de campagne que suivent les Prussiens est exactement celui que je traçais dans dix rapports adressés à l'Empereur, au ministre, dans les conférences auxquelles j'assistais à l'École d'artillerie ! Si l'on avait daigné m'écouter quelque peu, nous n'en serions pas réduits au misérable