Philosophie d'une guerre, p
mandat d*exiger la production de toutes les pièces de rafTaire. Le duc de Gramont se présente devant elle avec son dossier.
Thiers, dans son discours, avait posé en substance cette question : « Est-il vrai, oui ou non, que sur le fond, c'est-à-dire sur la candidature du prince de HohenzoUern, votre réclamation a été écoutée, et qu'il y a été fait droit? » C'est en somme la même question, sons une autre forme, que la commission pose au duc de Gramont en lui demandant : « Les prétentions du gouvernement français ontelles été les mêmes depuis le premier jour jusqu'au dernier ?... Nous considérons ce point comme très important », ajoute le président de la commission. Leduc de Gramont répond par l'affirmative, et, dans son livre : La France et la Prusse avant la guerre^ il continue à dire oui. Oui, affirme-t-il, nous avons eu du premier jour au dernier «le même but », obtenir une « participation directe et explicite du roi dans la renonciation du prince». C'est jouer sur les mots, pour se tirer d'un
Montesquiou, 1870. 13
mauvais pas. La dépêche du 12 juillet, qui a mis le feu aux poudres, réclamait du roi de Prusse « Tassurance qu*il n'autoriserait pas de nouveau » la candidature du prince Léopold. G'étaitune exigence /io«i;e//e et c'est cette exigence nouvelle que le roi a rejetée.
Mais, la commission a sous les yeux toutes les dépêches envoyées à Benedetti ; elle va s'apercevoir, penserez- vous, que jusqu'au 12 ! il n'est fait aucune mention de cette « question des garanties », et qu'ainsi donc « les prétentions du gouvernement français » n'ont nullement été « les mêmes depuis le premier jour jusqu'au dernier ». Eh bien ! non. La commission ne s'en aperçoit aucunement.
Comment cela se fait-il ? C'est qu'elle prend la dépêche du 12, celle de la « demande de garanties » pour la première dépêche envoyée à Benedetti. Comment cela est-il possible ? Je ne me charge pas de l'expliquer. N'ayant jamais fait partie d'un Parlement, je ne sais pas comment on y travaille, je ne fais que m'en douter.
Emile Ollivier déclare : « Gramont dépose toutes les pièces que j'avais annoncées. Elles étaient très soigneusement classées par numéros d'ordre, c'est-à-dire chronologiquement, parce que cet ordre était fixé par les dates inscrites en tête de chacune des dépêches *. )) C'est insinuer : si la commission s'est trompée, il n'y a aucune faute de notre part.
Le duc de Gramont écrit : « Cette erreur s'explique, en réalité, par la rapidité inusitée avec laquelle il fallut, en quelques instants, se réunir, procéder à l'audition des ministres, délibérer et rédiger le rapport sur la délibération et la conclusion. Cependant, au lieu de lui attribuer cette cause bien naturelle, on a préféré accuser le gouvernement d'avoir voulu tromper la commission '. »
D'ailleurs, ajoute le duc de Gramont, comment aurions-nous pu tromper la commis-