CHAPITRE XV
Noire recherche des causes politiques du désastre de 70 ne serait pas complète si nous ne jetions un coup d'œil sur la politique extérieure du Second Empire. Que cette politique, qui a abouti à l'unification de Tltalie et de l'Allemagne, ait été désastreuse pour la France, nul ne le conteste plus. Mais, il y a une question qui est encore controversée ; c'est la question romaine. Les uns, faisant remarquer que la Papauté n'a été dépossédée de Rome qu'au 20 septembre 1870, après la chute de l'Empire, déclarent que l'on doit de la reconnaissance, en tant que catholique, à Napoléon III, pour avoir défendu le pouvoir temporel du Pape. D'autres, préten-
im 1870
dant qu'une telle politique a entraîné notre isolement en 1870 et, par suite, notre désastre, affirment qu'en tant que Français on doit reprocher à Napoléon III cette défense du pouvoir temporel.
Peut-on faire honneur à Napoléon III d'avoir conservé Rome au Pape ? Voilà ce que j'envisagerai d'abord. Doit-on, au contraire, lui en faire grief? C'est ce que je discuterai ultérieurement.
Pour être reconnaissant à Napoléon III d'avoir conservé Rome au Pape, il faut avoir la vue bien courte. Car enfin, quel est le plus grand responsable de l'installation à Rome de la monarchie italienne? Evidemment, celui qui, avec toutes les forces de la France, a aidé cette monarchie à se fonder. Napoléon III lui-môme.
Que ce soit en 1831, où Louis Bonaparte prend part à la révolution contre le Pape, en compagnie de son frère aîné qui trouve la mort dans l'un des combats. Que ce soit en 1859o{i, devenu empereur, il chasse les An tri-
chiens de la Lombardie. Que ce soit les années suivantes, où il laisse les Piémontais s'agrandir et déposséder notamment le Pape d'une partie de ses Etats. Que cesoiten 1866, où il patronne ralliance italo-prussienne. Tout cela, c'est là môme politique. Par là constitution du royaume d'Italie, cette politique aboutit naturellement à la chute du pouvoir temporel. Peu importe donc que par crainte de l'opinion catholique ou par point d'honneur. Napoléon III n'ait pas osé aller jusqu'au bout, en livrant Rome aux armées du nouveau royaume. L'entrée de ces armées dans Rome fut le résultat fatal de toute la politique du Second Empire.
Cette politique, Napoléon III ne l'avait pas inventée. Il l'avait trouvée dans son berceau. C'est proprement la politique napoléonienne. Le prince Jérôme racontait qu'en 1814, des patriotes italiens s'étaient adressés à Napoléon, alors à l'île d'Elbe, et lui avaient demandé de se mettre à leur tête pour chasser l'Autrichien et reconstituer l'Italie. « L'offre
parut aller au cœur de Napoléon », écrit Rothan S qui cite la réponse de l'empereur : « J'ai été grand sur le trône de France, par les armes, mais mon règne a plutôt été celui d'un conquérant. A Rome, ce sera une autre gloire, aussi éclatante que la première, mais plus durable, plus utile. Je ferai des peuples épars de ritalie une seule nation. Je créerai des routes et des canaux, j'ouvrirai de vastes débouchés aux industries renaissantes ; je ferai de Naples, de Venise et de la Spezzia de grands chantiers, de Rome un port de mer. Dans vingt ans, l'Italie sera une des plus puissantes nations de l'Europe... »
« Ce n'était peut-être qu'un rêve w, disait le prince Napoléon, en relatant ces paroles. « Mais ce rêve, remarque Rothan, projetait une lumière étrange sur les tendances intimes du grand empereur. 11 semblait que Napoléon ne s'était servi de la France que pour assouvir ses passions de conquérant, que ses