Borne et Napoléon III, p
une lettre au prince de Metternich, que celui-ci communiqua au duc de Gramont, écrivait le 20 juillet : « Veuillez répéter à Sa Majesté et à ses ministres que, fidèles à nos engagements, tels qu'ils ont été consignés dans les lettres échangées entre les deux souverains, nous considérons la cause de la France comme la nôtre, et que nous contribuerons au succès de ses armes dans les limites du possible. »
Les lettres échangées entre les souverains auxquelles il est fait ici allusion, ce sont les pourparlers de 1869 qui n'avaient abouti à rien de précis. Un seul « engagement » en était sorti, celui de ne pas s'entendre avec une puissance tierce à l'insu les uns des autres. Voilà seulement à quoi l'Autriche et l'Italie étaient tenues envers nous.
11 est vrai que l'Autriche se déclare prêle à nous venir en aide « dans les limites du possible «.Voyons ce possible. « Ces limites, déclare la lettre du 20 juillet, sont déterminées d'une part par nos difficultés inlérieu-
ROME AT- ELLE PEJIDU LA FRANCE Îft3
res, d'autre part par des considérations politiques de la plus haute importance. »
Quelles sont les difficultés intérieures ? « Comme je Tai toujours fait pressentir dans nos pourparlers de Tannée dernière, déclare M. de Beust, nous ne pouvons pas oublier que nos dix millions d'Allemands ne voient, dans la guerre actuelle, non pas un duel entre la France et la Prusse, mais le commencement d'une lutte nationale. Nous ne pouvons pas nous dissimuler non plus que les Hongrois, tout disposés qu'ils soient à s'imposer les plus grands sacrifices dès qu'il s'agit de défendre l'Empire contre la Russie, se montreront plus réservés dès qu'il s'agira de dépenser leur sang et leur argent pour reconquérir à l'Autriche sa position en Allemagne. »
Et puis, autre chose capitale dont M. de Beust ne parle pas ici, c'est que l'armée autrichienne n'est nullement prête à entrer en campagne.
Quelles sont, d'autre part, ces « considérations politiques de la plus haute impor-
(ance » qui, diaprés M. de Beust, imposent des « limites » à l'intervention autrichienne? C'est l'attitude menaçante de la Russie. La Russie n'avait guère eu à se louer de la politique du second Empire. Aussi quand notre ambassadeur à Saint-Pétersbourg, le général Fleury, dans les premiers jours de juillet, vint entretenir le prince GortschakofT de l'incident Hohenzollern, celui-ci lui répondit, non sans un malin plaisir, qu'il ne pouvait que se désintéresser de cet incident, car, déclarat-il en substance, il n'y a pas bien longtemps, un autre prince de Hohenzollern a été appelé à régner sur la Roumanie. (C'est Napoléon III qui avait été l'instigateur de cette candidature). « Or, remarquait GortsckakofT, la Russie a alors protesté, et nos protestations sont restées sans écho. » N'était-il pas de bonne guerre de trouver naturel qu'il en fût de môme à son tour pour la France ?
Cependant, après l'envoi de ce trait, GortschakofT nous tendait la perche. Il insinuait que l'attitude de la Russie pourrait
changer, si la France voulait bien donner « sur le terrain d'Orient des gages de son esprit conciliant. » C'est la révision du traité de Paris, quant à la neutralisation de la mer Noire, que la Russie désirait. Mais les instructions de notre ambassadeur, « loin de lui laisser cette latitude, lui recommandaient de garder le silence sur la question d'Orient » . (P. de LaGorce.)
Ce que la Russie n'obtint pas à Paris, elle l'obtint à Berlin. « La Prusse promit (9 août 1870) à la Russie ses bons offices, en vue d'une révision du traité de Paris, la Russie promit de prendre part au conflit dans ia même mesure que l'Autriche... î/\iitriche fut avertie en conséquence que la Russie croirait devoir armer dans la môme proportion, au moins, qu'on le ferait à Vienne. » (A. Sorel.) Et Sorel ajoute : « Les arrangements conclus avec TAutriche obligeaient r Italie à ne rien faire à l'insu de cette puissance. Les négociations d'une alliance avec l'Italie se trouvèrent dès lors liées entière-
!iSiÔ 1870
ment aux négociations d'une alliance avec l'Autriche. C'est ainsi que les empêchements qui arrêtaient la cour de Vienne pesaient indirectement sur l'Italie. On voit ici toute l'étendue des services que la Russie rendit à la Prusse*. M
C'est ce qui permet à M. Welschinger de déclarer que, quitte à « mécontenter l'Angleterre au prix de la rupture du traité de Paris (ce qui devait d'ailleurs avoir lieu quelques mois plus tard) », il fallait « obtenir à ce prix l'alliance russe qui nous était depuis longtemps offerte, alliance qui eût, sinon empêché la guerre, du moins singulièrement fortifié nos positions et assuré par surcroît Talliance autrichienne ». — « Voilà, ajoute M. Welschinger", ce qu'il faut reprochera la diplomatie impériale, et c'est ce que ne disent pas ceux qui font tout remonter à la
1. Histoire diplomatique de U guerre franco-alU* mandcy tome I, p. 232.