La guerre de 1870, tome I, p
question romaine. Telle est cependant la faute grave, la faute maîtresse. »
Quoi qu'il en soit, dans sa lettre du 20 juillet, M. de Beust met en avant les menaces de la Russie pour ne pas s'engager d'une façon trop compromettante avec la France. Il écrit : « Nous croyons savoir que la Russie persévère dans son alliance, au point que, dans certaines éventualités, l'intervention des armées moscovites doit être envisagée non pas comme probable, mais comme certaine. Parmi ces éventualités, celle qui nous concerne nous préoccupe nécessairement le plus. Mais, si nous admettons cette préoccupation avec toute la franchise qu'on se doit entre bons alliés, nous pensons que l'empereur Napoléon nous rendra cette justice de ne pas nous taxer d'un étroit égoïsme : nous pensons à lui autant qu'à nous.
« L'intérêt de la France n'ordonne-t-il pas comme le nôtre d'empêcher que le jeu, engagé à deux, ne se complique trop promptement ? Or, nous croyons savoir que notre en-
trée en campagne amènerait sur le champ celle de la Russie qui nous menace non seulement en Galicie, mais sur le Pruth et le le Bas-Danube. Neutraliser la Russie, ramener jusqu'au temps où la saison avancée ne lui permettrait plus de songer à concentrer ses troupes, éviter tout ce qui pourrait lui donner de Tombrage ou lui fournir un prétexte d'entrer en lice : voilà ce qui doit, pour le moment, être le but ostensible de notre politique. »
Finalement, que nous proposait FAutriche? Une neulralilé armée. « Dans ces circonstances, le mot de neulralilé que nous ne prononçons pas sans regret nous est imposé par une nécessité impérieuse et par une appréciation logique de nos intérêts solidaires. Mais cette neutralité n'est qu'un moyen, le moyen de nous rapprocher du but véritable de notre politique, le seul moyen de compléter nos armements sans nous exposer à une attaque soudaine, soit de la Prusse, soit de la Russie, avant d'ôtre en mesure de nous défendre. »
Ajoutons que c'était surtout le moyen de voir venir les événements pour pouvoir, comme le dit très bien M. Welschinger, « modifier son attitude, suivant que la victoire se porterait de tel ou tel côté ».
D«'ins cette même lettre, M. de Beust déclarait que l'Autriche ne pourrait s'entendre avec l'Italie pour cette « neutralité armée » que dans le cas où, non seulement, la France rappellerait ses troupes des Etats pontificaux, mais encore livrerait ces Etats à la discrétion des Italiens. « Jamais, écrivait-il, nous n'aurons les Italiens avec nous de cœur et d'âme, si nous ne leur retirons pas leur épine romaine. »
Les jours suivants, l'Italie, de son côté, marqua qu'elle était prête k lier partie avec l'Autriche et à conclure avec celle-ci « un traité de neutralité armée », à la condition également que les troupes françaises quitteraient Rome et que la France laisserait l'Italie solutionnera son gré la question romaine.
Le gouvernement français consentit au rap-
pel de ses troupes, mais refusa d'aller au delà. C'est là-dessus que certains se sont écriés que la défense du pouvoir temporel avait perdu la France.
Or, en donnant sur cette question satisfaction à ritalie et à l'Autriche, qu'eût-on obtenu ? Nous venons de le voir : une « neutralité armée » de la part de ces deux pays. Le texte du projet n'a jamais été livré à la publicité. M. E. Bourgeois déclare qu'on peut néanmoins le reconstituer d'après les discussions auxquelles le document adonné lieu. « Le projet, écrit-il*, était formé, le matin du 26 juillet, de sept articles. Les articles 1 et 2 contenaient une déclaration commune de neutralité armée, avec garantie réciproque des territoires. L'article 3 stipulait, comme le traité proposé en 1869, que les deux puissances s'engageraient réciproquement à concerter toutes leurs démarches ultérieures ; l'article 4, qu'une de ces démarches pourrait être l'of-