La guerre de 1870, tome I, p
et s'il faut sortir de cette attitude, de n'agir qu'en vue de la conciliation et de la paix. La circulaire de Beust à ses agents, le 20 juillet, constate que Tunique préoccupation de TAutriche a été le maintien de la paix, et que maintenant la neutralité lui est commandée avec le devoir de veiller à sa sécurité et à ses intérêts, de résister à toute pression et à tout entraînement irréfléchi et de ne pas devenir le jouet des événements. Il est vrai que, le 26 juillet, Victor-Emmanuel informe Napoléon III que l'Autriche propose un traité préalable de neutralité armée entre l'Autriche et l'Italie, « ce qui, dit-il, faciliterait, en cas d'événement, notre concours dans cette triple alliance ». Mais ce ne sont là, encore une fois, que les promesses vagues d'un traité qui permettrait de se mettre en mouvement dans l'avenir, c'est-à-dire dans plusieurs mois, quand la guerre entre la France et la Prusse aurait déjà décidé du sort de l'une ou de l'autre de ces deux puissances. Les armements promis, la sommation éven-
tuelle à la Prusse de maintenir le slalu quo en Allemagne, l'entrée en campagne de corps autrichiens et italiens, tout cela était fallacieux et éphémère *. »
Et M. Welschinger conclut : « Est-il vrai que ce dilemme : « Sauver la France en perdant Rome, ou perdre la France en sauvant Rome », se soit alors posé réellement ? Non. L'abandon complet de Rome n'eût pas sauvé la France, puisque ni l'Italie, ni l'Autriche n'étaient, à cette époque, en état de lui venir matériellement et efficacement en aide. Les documents authentiques sont là pour attester cette vérité dont on se garde de parler. Faut-il redire encore une fois que l'Autriche avait déclaré « qu'il ne lui serait pas possible d'entrer en campagne avant la fin de septembre » et que l'Italie n'était pas prête ? A quoi donc auraient servi des traités d'alliance qui auraient laissé, pendant cinq semaines au moins, la France toute seule
1 Onvr. cité, p. 213.
devant un ennemi supérieur en forces * ? » La vérité est que les forces autrichiennes et italiennes seraient venues former un appoint pour nous si elles avaient vu la balance pencher en notre faveur. Dès lors que nous étions vaincus, dès les premières rencontres, avec comme sans traité, nous ne pouvions plus espérer aucun secours.
La victoire ! c'est bien là-dessus, d'ailleurs, que le gouvernement français comptait pour avoir des alliés. Il faut relire à ce propos le récit que fait Rothan de son entrevue avec notre ministre des Affaires étrangères : « Le duc de Gramont ne me reçut que le surlendemain, le 23 juillet. Je le trouvai superbe dans ses allures, hautain dans ses appréciations. Il croyait à la vertu des mitrailleuses ; elles paraissaient être, à ce moment, le dernier mot de sa science diplomatique. Il voyait la Prusse écrasée, implorant la paix, et l'Europe émerveillée, sollicitant nos bonnes grâ-