‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 86 sur 92 · Tome I, p. 338 à · texte numérisé non relu

Tome I, p. 338 à

Le t^Ahi.r.sitsisi PRUSSIEN CONTRE l'aAMÉE 241

Je répliquai que Sa Majesté savait déjà îepuis le mois de mai que j^ étais prêt à entrer dans le ministère ; j'étais certain que Roon avec moi resterait auprès de luiy et je ne doutais pas qu'on ne réussit à compléter le cabinet dans le cas où d'autres membres seraient amenés à se retirer par suite de ma nomination. Après que nous eûmes débattu cette question et pesé le pour et le contre, le roi me demanda si j'étais prêt à soutenir, comme ministre^ la réorganisation de l'armée et, sur mon affirmation, il me posa cette seconde question : si je le ferais même contre la majorité du Landtag et ses décisions ? Sur ma promesse, il déclara finalement : « Alors c'est mon devoir de tenter avec vous la continuation de la lutte et je n'abdique pas. »

Dans la conversation qui suivit, le roi montra à Bismarck un programme qui « remplissait huit pages in-folio », envisageait toutes les éventualités de la politique et entrait dans une foule de détails. Bismarck amène le roi à brûler ce programme : « Je réussis à lui

Montesquiou, 1870. 16

persuader, écrit-il, qu'il ne s'agissait pas pour lui de choisir entre un système conservateur ou libéral, mais entre un gouvernement monarchique et le régime parlementaire^ et qu'il fallait écarter ce dernier à tout prix, et même par une période de dictature. Je dis : « Dans cette situation, même si Votre « Majesté devait me commander des choses « que je n'estimerais pas opportunes, je lui « exposerais franchement mon opinion; mais « si, finalement, elle persistait dans la sienne, « j'aimerais mieux périr avec le roi que d'à- « bandonner Votre Majesté dans la lutte con- « tre le parlementarisme. »

Ceci, comme nous l'avons dit, se passait le 22 septembre. Le 23, c'était le rejet, dont nous avons parlé, des crédits militaires par la Chambre. Le môme jour était publiée la nomination de Bismarck comme ministre d'Etat et président intérimaire du cabinet.

La lutte contre les parlementaires sur la question de Tarmée allait se faire encore plus ardente. Elle devait se terminer en 1866

par la victoire de Bismarck, de la monarchie '^t de la nation prussienne.

Bismarck conlre le Parlement

Donc le 23 septembre 1862, en réponse au vote de la Chambre refusant les crédits nécessaires à Tarmée par 308 voix contre 11, le roi nomme Bismarck ministre d'État et président intérimaire du cabinet.

Le 10 octobre 1862, la Chambre des seigneurs repousse le budget mutilé, voté par le Landtag, et adopte celui présenté par le ministère. 11 en sera ainsi pendant quatre ans. La Chambre des députés retranchera du budget les millions nécessaires à Tentretien des nouveaux régiments. La Chambre des seigneurs les rétablira. Bismarck prélèvera les impôts comme si le budget était régulièrement voté. Il contestera d'ailleurs qu'agir ainsi est violer la Constitution. Sa thèse est celle-ci : d'après la Constitution, pour le

vote du budget, comme pour toute loi, il faut l'accord du roi et des deux Chambres. Si cet accord est impossible à établir, que prescrit la Constitution ? Elle est muette sur ce point. Il n'y a donc qu'un moyen d'empêcher la machine gouvernementale de s'arrêter, c'est de gouverner avec le dernier budget voté régulièrement. Bismarck parlait ainsi parce que dans ce dernier budget figuraient les crédits militaires dont il avait besoin. Comme je l'ai exposé précédemment, ces crédits avaient été, en effet, votés par surprise en 1860 et comme crédits extraordinaires. Avec sa thèse, Bismarck les a ainsi, malgré la Chambre, maintenus dans le budget pendant toute la période du conflit entre le gouvernement et le Parlement.

Cette thèse, le roi la résuma dans un discours prononcé le 2 janvier 1863. Il dit : « La Chambre des députés a fait usage de son droit et réduit te budget, La Chambre dna seigneurs a fait usage de son droit et re^ poussé en bloc le budget réduit. Que prescrit

la Constitution en pareil cas ? Rien ! Puisque^ comme je fai montré plus haut^ la Chambre des députés a usé de son droit pour anéantir l'armée et le paijs^ il m'a fallu, à cause de ce (( Rien » suppléer à la lacune et en bon père de famille continuer à diriger la maison, quitte à rendre les comptes plus tard, »

Nommé ministre le 23 septembre 1862, Bismarck se présente pour la première fois à la Chambre le 29 du même mois. Le lendemain, la Chambre approuve une résolution, manifestement dirigée contre le nouveau ministre et ainsi libellée : « 11 est contraire à la Constitution que le gouvernement du roi ordonne une dépense qui a été rejetée définitivement et expressément par la Chambre des députés. » Au cours de la discussion avec la commission du budget, Bismarck prononça une phrase qui eut un grand retentissement :

« U unité de V Allemagne, déclara-t-il, ne sera pas obtenue par des parlolles parlementaires^ mais par le fer et le sang. » Roon luimôme trouva ces paroles imprudentes et fut mécontent. Guillaume I" était en voyage avec la reine et le prince Frédéric-Guillaume, tous deux alors hostiles à Bismarck. Inquiet de l'effet que son discours a pu produire sur le roi, Bismarck va l'attendre dans une petite gare et monte dans son wagon au passage du train. Dans ses Pensées el Souvenirs \ Bismarck raconte ainsi son entrevue : « J*eus quelque peine à découvrir le wagon où le roi se trouvait seul dans un simpie compartiment de première classe. Encore sous r impression de f entrevue avec sa femme, il était complètement déprimé, et lorsque je lui demandai la permission de lui exposer ce qui s'était passé pendant son absence^ il mUn^ terrompit en disant : « Je prévois parfaitement comment tout cela unira. Là-bas, place

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