‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 87 sur 92 · Tome I, p. 358 à · texte numérisé non relu

Tome I, p. 358 à

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de rOpéra, sous mes fenêtres, on vous coupera la tête à vous, et un peu plus tard à moi. » Je devi aiy comme cela me fui plus lard confirmé par des lémoins, que, pendant les huil jours de son séjour à Baden, on Vavail Iravaillé avec les variations sur le thème Polignac, Slrafford, Louis XVL Lorsqu'il se tut, je répondis ce simple mot : « Et après, Sire ? — Eh bien, après, mais nous serons morts ! » répliqua le roi. « Oui, repris-je, après nous serons morts, mais il nous faut bien mourir tôt ou tard, et pouvons-nous périr d'une manière plus digne ? Moi-même je mourrai luttant pour la cause de mon roi, et Votre Majesté en scellant de son sang ses droits royaux à lui conférés par Dieu ; que ce soit sur Véchafaud ou sur le champ de bataille, cela ne changera rien à ce fait honorable que nous aurons risqué glorieusement notre vie et notre personne pour défendre les droits octroyés par la grâce de Dieu. Votre Majesté ne doit pas penser à Louis XVI ; il a vécu et il est mort

en montrant de la faiblesse^ et ce n'est pas une [belle figure dans rhisloire. Mais Charles /" ne restera-t'il pas toujours une auguste figure héroïque, lorsque, après avoir tiré répéepour son droit et perdu la bataille, il resta inflexible, scellant de son sang l'idée quil avait de ses droits royaux? Votre Majesté est dans la nécessité de lutter. Vous ne pouvez pas capituler, vous devez vous opposer à la violence qui vous est faite, dût votre personne être en danger.

Plus je parlais dans ce sens, continue Bismarck, plus le roi s'animait et entrait d'esprit dans le rôle de l'officier combattant pour la monarchie et la patrie. Il offraity développé au plus haut degré, le type idéal de V officier prussien : dans le service il mar^ che à une mort certaine, sans regrets, sans crainte,,, ; par contre, quand il doit agir sous sa propre responsabilité, il redoute les critiques de son supérieur et du monde plus que la mort.,. Jusqu'ici le roi s'était borné à se demander pendant son voijage s'il pour-

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rail, dans la voie où il s'engageail avec moi^ affronler la crilique supérieure de sa femme et Vopinion publique en Prusse, Mainlenanl... il redevenait avant tout militaire et envisageait sa situation comme étant celle dun officier chargé de défendre jusqu'à la mort le poste qui lui est assigné^ advienne que pourra. Il se trouvait ainsi remis dans la voie qui répondait à toutes ses habitudes d'esprit et en quelques minutes il retrouva l'assurance qu'on lui avait fait perdre à Bade n et même sa gaité, »

Le 7 octobre 1862, les députés, par251 voix contre 36, votèrent un ordre du jour proclamant à nouveau l'illégalité des dépenses non autorisées par la Chambre. Le lendemain, le roi répondait en nommant définitivement Bismarck président du Conseil et ministre des Affaires étrangères. Ce môme jour, comme je Tai dit, la Chambre des seigneurs approuvait le budget présenté par le gouver-

nement. Grande efTervescence à la Chambre. A l'unanimité, le 13 octobre, les députés déclarent le vote de la Chambre des seigneurs « nul et non avenu ». Aussitôt Bismarck prononce la clôture de la session. Dans le message de clôture il déclare entre autres que le gouvernement « se rendrait coupable d'une grave méconnaissance de ses devoirs, s'il voulait revenir sur la transformation de l'organisation militaire, opérée en vertu de crédits votés antérieurement par la représentation nationale ».

Les Chambres se réunirent à nouveau le 14 janvier 1863. Le président du Landtag donna connaissance à ses collègues de 194 pétitions signées de plus de deux cent mille électeurs approuvant l'attitude de la Chambre. Une adresse fut envoyée au roi, où il était dit : « La dernière session a été close sans que le budget de 1862 ail été régulièrement établi et voté. Le projet de budget pour 1863 a été retiré^ et r invitation adressée au gouvernement de le présenter en

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lemps opportun es! demeurée sans résultai. Cependant, le ministre n'a pas craint de disposer des fonds publics pour des dépenses non autorisées par la Chambre ou même ex pressément interdites par elle. Il aainsi porté atteinte à ce qui est regardé, dans toutes les monarchies constitutionnelles, comme le droit le plus essentiel de la représentation nationale... Vos ministres ont violé la Constitution, etc.. w

Dans la discussion, Bismarck affirma :

« Par cette adresse, sommation est faite à la maison de Hohenzollern de transférer ses droits constitutionnels à la majorité de cette Chambre... La royauté prussienne n'a pas encore rempli sa mission, elle n'est pas encore à point pour former la parure purement ornementale de votre édifice constitutionnel, pas encore mûre pour être insérée comme un corps mort dans le mécanisme du régime parlementaire. »

En février, la Chambre dèclarr les ministres responsables dans leur pern^nne et leur

fortune, des dépenses anticonstitutionnelles. Ceci vise, camme de raison, Bismarck. On conseille à celui-ci de faire passer sa fortune sur la tête de son frère. Il refuse. « Cette cession, dit-il, aurait donné l'impression de la peur et de préoccupations d'argent, ce qui me répugnait. » Et puis, Bismarck avait confiance en son roi. 11 y avait, il est vrai, l'éventualité d'un changement de souverain. Et dans ce cas, Bismarck l'avoue, une confiscation « n'était pas du tout impossible ».

Le 8 février, le ministre de la Guerre Roon dépose un projet de réorganisation de l'armée, que la commission de la Chambre rejette. Après des débats qui n'aboutissent pas, la session est close le 27 mai. Les Chambres sont dissoutes en septembre sans s'être à nouveau réunies. Les élections d'octobre ne donnèrent que 38 députés au ministère. Petit progrès, néanmoins, puisqu'il n'y avait que 1 1 députés gouvernementaux auparavant.

Sur ces entrefaites, par la mort du roi de Danemark se pose la question des duchés de

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Schleswig et de Holstein. Le gouvernement prussien prévoit qu'il va avoir à intervenir. 11 demande donc en décembre, à la Chambre, un crédit de neuf millions de thalerspour les préparatifs militaires. Ils lui seront refusés. Bismarck en a encore pour pli^s de deux ans de lutte avec le Parlement.

Bismarck triomphe du Parlement

Nous sommes en décembre 1863. Le gouvernement prévoyant qu'il va avoir à intervenir dans la question des duchés de Schlesw^ig et de Holstein, dépose, comme je viens de le dire, une demande de crédits de neuf millions de thalers nécessaires aux préparatifs militaires. Cette demande vint en discussion en janvier 1864. Devant la commission du budget, Bismarck affirme que si les crédits sont refusés, le gouvernement « devra les prendre où il les trouvera ». Ce qui n'est pas sans indigner la commission, hostile aux crédits, et qui propose à la Chambre de les

rejeter. Dans son discours, Bismarck déclare, entre autres : « Lorsque je suis arrivé au poste que j'occupe, j*ai conçu l'espérance que je pourrais trouver chez d'autres, comme en moi, une disposition à sacrifier dans toute circonstance l'opinion de parti aux intérêts généraux du pays. »

— ... Mais je dois reconnaître à présent que je me suis trompé, ajoute Bismarck. A une attaque du comte Schwerin il répond : « U orateur qui m'a précédé attribue au gouvernement comme mobile de sa façon d'agir, la veur de la démocratie,.. Je crois que monsieur r orateur me connaît depuis assez longtemps pour savoir que je ne connais pas la crainte de la démocratie,,. Je ne crains pas cet adversaire, je compte le vaincre; je crois que vous devez avoir déjà une sorte de pres^ sentiment de ma victoire, — Quand on veut gagner votre confiance, dit encore Bismarck, il faut se livrer à vous d'une façon absolue. Celte soumission n'est pas permise à des ministres du roi de Prusse. Nous ne

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serions plus des minisires du roi^ nous serions des minisires du parlemenl, nous serions vos minisires, et nous n^en viendrons pas là, f y comple bien,,. Vos procédés sont contraires non seulement à la Conslilulion, mais aussi aux traditions et à r histoire ; vous vous mettez en contradiction avec l'esprit du peuple de Prusse, Cet esprit' est absolument monarchique, Dieu merci! et il restera monarchique, malgré vos lumières, que je nommerai la confusion des idées.,, I ous placez le point de vue du parti au-dessus des intérêts de la patrie. Vous dites : la Prusse existe selon nos idées, sinon elle périra... Si le peuple prussien sentait comme vous, il faudrait dire tout uniment que VElal prussien se survit à lui-même, et que le temps est venu pour lui de céder la place à d'autres créations historiques. Mais nous n*en sommes jias encore là ! » Rappelant alors un mot du ^ roi Frédéric-Guillaume P' affirmant : « J'établis la souveraineté comme un rocher de bronze », Bismarck conclut : « Ce rocher de

bronze est encore solide aujourd'hui ; il forme le fondement de V histoire delà Prusse^ de la gloire de la Prusse, de la Prusse grande puissance et de la monarchie constitutionnelle. Ce rocher de bronze, vous ne le parviendrez pas à rébranler, ni par votre union nationale, ni par votre motion d'aujourd'hui, ni par votre liberum veto! »

Ce même jour (22 janvier), par 275 voix contre 51, la Chambre refuse les crédits militaires. Le 25 janvier, elle déclare inconstitutionnel le budget voté par la Chambre des seigneurs, et qui était celui proposé par le gouvernement. De plus, elle refuse de mettre même en délibération le projet de loi sur l'armée présenté par le ministre delà Guerre. Aussitôt, Bismarck, en réponse, prononce la clôture de la session.

Quelques jours plus tard, c'est la mobilisation et la guerre contre le Danemark, qui se termine par un armistice signé le 2 août. Mais les résultats de cette guerre, heureux pour la Prusse, ne désarment pas le Parle-

ment. En février 1865, les députés repoussent par 258 voix contre 33 le projet de loi de réforme de l'armée qui leur est présenté, et qui était d'ailleurs identique à celui qu'ils vaient rejeté l'année précédente. Les millions nécessaires à l'entretien des nouveaux régiments sont encore une fois retranchés du budget. Des crédits extraordinaires demandés pour la marine sont refusés. Le 13 juin, la Chambre déclare illégales les dépenses occasionnées par la guerre danoise et que le gouvernement avait engagées sans son assentiment.

S'appuyant sur son roi et sur la Chambre des seigneurs, Bismarck continue à ne pas tenir compte des votes de la Chambre des députés. Le 17 juin, il clôt la session.

Le Parlement se réunit à nouveau, le 15 janvier 1866. Le fameux budget, cause primordiale du conflit, est déposé par le gouvernement, le 19 janvier. La Chambre se met à le discuter et s'apprête comme de raison à le repousser, comme elle l'a fait les années

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précédentes. Bismarck trouve inutile d'attendre ce vote de rejet et, prenant les devants, il clôt la session le 22 février. Le 7 mai, Bismarck échappe à un attentat. Deux jours après, le roi dissout la Chambre des députés.

Les nouvelles élections se firent le 3 juillet, le jour môme de la bataille de Sadowa. Le ministère fut encore mis en minorité. Mais c'était une minorité importante, en comparaison des scrutins précédents, puisqu'une centaine de députés gouvernementaux furent élus. Si les élections avaient eu lieu quelques jours plus tard, les nouvelles de la victoire sur FAutriche une fois connues, c'eût été la victoire sur le terrain électoral également assurée. Quand, en effet, le roi et Bismarck rentrèrent le 4 août, à Berlin, ils furent reçus en triomphateurs qu'ils étaient.

Le lendemain, le roi ouvrit la session parlementaire. Son message invitait à une réconciliation entre la Chambre et la Couronne. « Dans les dernières années^ tj élaiî-U dil^ le budget n'a pu être fixé d'accord avec la re-

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présenialion nationale. Les dépenses publiques faites pendant cette période manquent donc de base légale... Si mon gouvernement a néanmoins géré les affaires de l'Etat, il ne Va fait qu après un examen scrupuleux et dans la conviction que le maintien de Vadministration, de l'armée et des inslilutions publiques était une nécessité d'existence pour la monarchie... J*ai confiance que les derniers événements contribueront à amener une entente pour laquelle il est indispensable que le bill d'indemnité demandé à la représentation du pays^ pour la gestion sans budget légal^ soit accordé volontiers. »

Les débats sur le bill s'engagèrent au commencement de septembre. Dans son discours, Bismarck déclara : « Dans les dernières années, nous avons, des deux côtés, défendu notre point de vue avec plus ou moins d*âpreté ou de bienveillance ; personne n'a réussi à convaincre l'autre. Chacunacru bien faire, en agissant comme il l'a fait. Même en matière d'affaires étrangères, une paix se con-

clurail malaisément^ si Von exigeait^ comme condilion préalable, que Vune des parties avouai d'avance : je le reconnais maintenant^ j*ai mal agi.

« Nous souhaitons l'apaisement, non parce que nous sommes hors de combat; au contraire, le courant nous serait plus favorable qu'il y a quelques années; pas non plus pour esquiver une accusation dans l'avenir; car je ne crois pas qu'on nous accuse, je ne crois pas que, si cela se fait, on nous condamne. On a fait beaucoup de reproches au ministère, mais celui de la timidité serait nouveau. Nous désirons la paix parce que le pays en a besoin, en ce moment plus qu'auparavant, parce que nous espérons la trouver maintenant ; nous l'aurions cherchée plus tôt, st nous avions espéré la trouver plus tôt, »

Le ton contrastait avec le cri de guerre jeté au parlement, dans les années précédentes. Aussi déplut-il à Textrème-droite. Mais Bismarck était moins intransigeant que certains de ses partisans, comme cela arrive

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d'ailleurs souvent. Bismarck voulait atteindre un but déterminé ; il en saisissait les moyens, divers suivant les circonstances. Il avait senti jusqu'alors le parlement irréductible ; il l'avait fait plier sous la force. Il le voyait maintenant prêt à se rendre ; il lui faisait des avances, pour vivre ensuite en paix avec lui.

Le bill ainsi conçu : « Le gouvernement reçoit indemnité pour l'absence du budget légal depuis 1862 » fut voté par 230 voix contre 75. C'était la fin de la lutte. Les événements avaient justifié l'attitude de Bismarck. Ils avaient montré qu'en se passant de l'assentiment de la Chambre pour réorganiser l'armée, Bismarck avait agi pour le salut de son pays. Pendant quatre ans, il avait combattu contre l'opinion, contre les électeurs, contre les députés. A présent, opinion, électeurs, députés l'acclamaient.

Dorénavant, Bismarck aura bien encore quelques difficultés avec le Parlement, mais il en obtiendra néanmoins ce qu'il voudra.

11 pourra préparer la guerre contre la France sans avoir à recourir aux luttes antérieures. En juin 1867, Bismarck vint avec Guillaume 1" à Paris. Napoléon III, — racontet-on, — dans un entretien qu'il eut avec Bismarck, « lui exposa ses projets d'empire libéral et le consulta sur leur opportunité. Bismarck les approuva fort ». M. Paul Matter qui rapporte cette anecdote d'après les mémoires d'un Allemand nommé Meding, déclare qu'il faut accepter ce récit « avec la réserve de rigueur ». C'est entendu. Mais si vraiment Napoléon a exposé ses projets «"i Bismarck, je suis bien certain que celui-ci les aura fort approuvés. Que l'empereur abandonnât une part de plus en plus grande du gouvernement à l'opinion, aux électeurs, au Parlement, rien ne pouvait mieux faciliter la tâche que Bismarck s'était assignée. Ce que les élections, ce que le parlementarisme valaient au point de vue défense nationale, il venait, en effet, de l'expérimenter. Bismarck avait triomphé de cet obstacle. Mais pour-

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quoi ? Parce qu'il s'appuyait sur Tinstitulion monarchique, parce qu'il avait au-dessus de lui un roi pour le défendre et le soutenir. Sous un véritable régime parlementaire, malgré toute sa fermeté de caractère, Bismarck n'eût pu lutter. Au premier vote contre lui, il se fût effondré.

C'est à un adversaire de la monarchie en France que j'emprunterai la conclusion de toute cette période que je viens de résumer de l'histoire de la Prusse. Dans un petit livre intitulé Trois Empereurs d'Allemagne, parlant de celui qui devait être Guillaume I®*, M. Lavisse écrit : « Le Prince arrêlaun plan de réforme qui allait à doubler exactement les forces militaires de son pays. Devenu roi^ il Vexécula, en dépit de son parlement, au péril de sa couronne et de sa vie. C'est pour cela qu'il y a aujourd'hui un empire d'Ailemagne. »

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