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Malgré le Landtag prussien, entre 1860 et 1866, le roi et son ministre réorganisent donc l'armée. C'est de cette réorganisation conçue par Guillaume P' en 1860, accomplie dans les années qui suivent, qu'est sortie l'armée qui fut victorieuse en 1866 et en 1870. Peut-être est-il intéressant de savoir quelle était exactement cette réorganisation que le roi jugeait nécessaire, que l'opinion publique, les électeurs, les députés rejetaient,
et qui forgea l'instrument de notre défaite *.
En 1860, l'armée prussienne se trouvait encore régie par les lois de 1814 et 1815 De 1814 à 1860, la population de la Prusse s'était accrue de 10 millions à 18 millions. Or TefFectif incorporé chaque année était resté le même : 40.000 hommes. 11 en résultait qu'en 1860, plus d'un tiers du contingent s'était trouvé dispensé de tout service. Première réforme voulue par le roi : incorporer le contingent en son entier.
D'après la loi de 1814, la durée du service était de trois ans dans l'armée active, deux ans dans la réserve. Après quoi, on entrait dans la landwehr : sept ans dans le premier ban de la landwehr, sept ans dans le second ban. Les réservistes étaient astreints, chaque année, à une période d'exercices de quelques semaines. Les landwehriens du premier ban
1. Les détails qui suivent sont puisés dans un rap* port du colonel Stofîel (Rapports militaires écrits de Berlin, 1866-1870 : rapport de novembre 1866), et dans Bismarck et sa famille do M. de Keudell.
LA RÉFORME IflLITAIRE PRUSSIENNE 267
étaient convoqués huit jours, tous les quatre ans.
L'armée permanente et le premier ban de la landwehr constituaient ensemble Tarmée active. Le second ban était destiné à garder les places de l'intérieur.
Le premier ban de la landwehr représentait environ la moitié de l'armée active. Chaque brigade de Tarmée de campagne mobilisée comprenait : un régiment de l'armée permanente, un régiment de landwehriens.
Impossibilité donc, comme le fait remarquer le colonel Stoffel, de former, au besoin, des corps de troupes solides oii la landwehr n'entrerait pas.
« Les auteurs du système, écrit le colonel Stoffel, crurent avoir ainsi résolu le problème de la meilleure organisation militaire pour la Prusse. On avait une armée peu coûteuse en temps de paix, mais nombreuse en temps de guerre. Quels sont les caractères distinctifs de cette organisation ? L'armée permanente n'y représente pas une force militaire
indépendante, pouvant agir en première ligne. Trop faible numériquement pour remplir ce rôle, puisqu'elle ne s'élève, les réserves comprises, qu'à 190.000 hommes, elle n'acquiert l'effectif nécessaire pour entrer en campagne que par sa réunion avec 170.000 hommes de landwehr qui, formés par régiments embrigadés avec ceux de la ligne, constituent, comme on voit, presque la moitié de la force totale. L'armée permanente n'avait donc réellement qu'un but, celui de servir d'école d'instruction à la nation, autrement dit, de former la landwehr. »
« Les vices de cette organisation, continue le colonel Stoffel, sont si évidents, qu'on se demande comment elle a pu durer quarantecinq ans. Ils se révélèrent de la façon la plus déplorable pendant les campagnes de 1818 et de 1819 et lors des mobilisations de 1850 et 1859. Le vice capital résultait de l'obligation d'appeler et d'embrigader dans l'armée, au moment d'une guerre, 170.000 hommes de landwehr. L'expérience démontra qu'en