‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 90 sur 92 · LA REFORME MILITAIRE PRUSSIENNE · texte numérisé non relu

LA REFORME MILITAIRE PRUSSIENNE

du dernier exercice faciliteraient l'obtention de ce crédit » [Keudell).

J'ai raconté comment le ministère obtint ce crédit comme « dépense extraordinaire une fois faite », comment une fois en possession de ce crédit, il créa les nouveaux régiments, et comment il maintint ce crédit dans les budgets suivants, malgré les votes contraires de la Chambre.

La landwehr ainsi constituée tout entière en armée de seconde ligne, pour avoir été reconnue insuffisante en campagne, représentait pourtant encore une force qui avait sa valeur. Elle était formée, en effet, uniquement de soldats exercés par trois ans d'activité, quatre ans de réserve. On ne pouvait donc en rien lui comparer cette garde mobile que la loi de 1868 prétendait organiser en France. C'est sur quoi, dans un de ses rapports (du 12 août 1869), le colonel

Stoffel attire Tattention du gouvernement français. « La landwehr, écrit-il, n*est pas, comme tant de personnes le croient en France, une sorte de garde nationale, à Tinstar de la nôtre... Les hommes de landwehr sont tous des soldats faits qui, après avoir servi trois ans sous les drapeaux et y avoir acquis l'esprit militaire, la discipline, l'instruction solide que la Prusse sait donner à ses troupes, ont ensuite passé quatre années dans leurs foyers, pendant lesquelles on a eu soin de confirmer et d'entretenir toutes ces qualités acquises... D'après cela, comment vouloir comparer à la landwehr notre garde nationale mobile, formée de jeunes gens que la loi elle-même, par une clause impraticable, place dans l'impossibilité d'apprendre ni exercices, ni manœuvres, ou dont on prétend improviser l'instruction pendant la guerre même ! »

On sait que cette clause qui rendait tout exercice impossible était celle qui avait été ajoutée par la commission de la Chambre et qui interdisait toute convocation de la «arde

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mobile, entraînant un déplacement de plus d'une journée. Le projet Niel primitif prévoyait des exercices de huit à quinze jours. Mais, pariant de cet article ajouté par les députés, le colonel Stoffel ajoute : « Vint-on d'ailleurs à le modifier en prescrivant que le déplacement des jeunes gens pourra durer huit ou quinze jours, par exemple, au lieu d'un jour\ qu'il serait tout aussi faux de vouloir comparer en quoi que ce soit la garde mobile et la landwehr prussienne. 11 est donc triste de penser que de pareilles comparaisons soient faites en France, ouvertement, officiellement même, et qu'en allant jusqu'à dire que la garde nationale mobile constituera une force redoutable l'emportant sur la landwehr prussienne, on se trompe soi-même, tout en trompant le public, qu'il importerait tant d'éclairer sur ces graves questions. »

Sur ce point encore, le gouvernement impérial a donc été averti. Il a été averti que là garde nationale mobile, l'armée de seconde ligne qu'il projetait, ne pourrait jamais avoir

Montesquiou, 1870. 18

la valeur de l'armée de seconde ligne prussienne. Sur ce point encore, le gouvernement impérial a affiché de Toptimisme. L'opération du plébiscite approchait. Pour qu'elle réussît, il importait que les électeurs fussent rassurés sur les mesures de défense nationale prises par le gouvernement qu'ils allaient être appelés à sanctionner. En somme la tactique de l'Empire a été celle-ci : sacrifier les forces militaires aux visées électorales. Et, en môme temps, afin de conserver Ja confiance des électeurs, leur assurer que notre armée était magnifique. Cette politique ne pouvait finir autrement qu'elle n'a fini : par le désastre.

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