‹ 1870 - SedanChapitre 10 sur 177 · OPINION DE PALIKAO · texte numérisé non relu

OPINION DE PALIKAO

mobile, animée d'un mauvais esprit. Ils rappelaient qu'après Waterloo, en présence de l'attitude des Chambres et de l'hostilité des hommes poHtiques influents, INapoléon I" avait dû « reculer devant l'idée de recourir à des mesures exceptionnelles contre des Français, alors que l'étrangler s'avançait sur la capitale (1) ».

Déjà Tempereur était très ébranlé par ces arg^uments, quand il reçut, assez tard dans la soirée du 17 août, un télégramme du ministre de la Guerre, qui révélait des intentions tout opposées aux conclusions de la conférence du matin :

« L'impératrice me communique la lettre par laquelle l'empereur annonce qu'il veut ramener l'armée de Châlons sur Paris. Je supplie l'empereur de renoncer à cette idée, qui paraîtrait l'abandon de l'armée de Metz qui ne peut faire en ce moment sa jonction à Verdun. L'armée de Châlons sera, avant trois jours, de 85 000 hommes, sans compter le corps de Douay, qui rejoindra dans trois jours, et qui est de 18 000 hommes. Ne peut-on faire une puissante diversion sur les corps prussiens déjà épuisés par plusieurs combats? L'impératrice partage mon opinion (2) . »

(1) OEuvres posthumes de Napoléon III, loc. cil., 108.

(2) Dans l'ouvrage Papiers et correspondance de la famille impériale, ce télégramme porte comme mention d'expédition 10 h. 27 soir (I, 411).

12 DE CHALONS A IIEIMS

L'empereur ne crut pas devoir communiquer ce téié{jramme au maréchal de Mac-Mahon, sans doute afin de n'exercer aucune influence sur ses déterminations que les nouvelles de la journée pouvaient modifier dans une certaine mesure (l).

A la conférence de la matinée, personne n'avait supposé un instant que le maréchal Bazaine éprouvât quelques difficultés dans son mouvement de retraite sur Verdun, et eût besoin d'être secouru. Tout le monde avait admis que la jonction des deux armées pourrait s'opérer sans encombre, quelle que fût la solution qui prévaudrait pour l'emploi des forces réunies au camp de Ghâlons. L'empereur, en particulier, qui la veille avait fait le trajet de Gravelotte à Verdun sans rencontrer le moindre obstacle, et qui, dans la matinée du 17, ig^norait la bataille de Rezonville et ses résultats, ne doutait pas que Bazaine n'eût été en mesure de poursuivre sa marche vers la Meuse, et il était justement fondé à croire que déjà le maréchal était parvenu à proximité de Verdun (2) . La veille, en passant dans cette place, il avait déclaré au maire : « Bazaine me suit; il sera ce soir à Gonflans et arrivera demain à Verdun (3) . »

(1) Maréchal de Mac-Mâhon, Souvenirs inédits. — Le maréchal n'en eut connaissance qu'après la guerre.

(2) A. G., L'armée de Châlons, son mouvement vers Metz,

(3) Note du général de Vaulgrenant, qui appartenait en 1870 à l'état-major du maréchal de Mac-Mahon; Procès Bazaine,

NOUVELLES DE RAZAINE 13

Dans la soirée du 17, au contraire, le ministre de la Guerre et Tempereur savaient que les délibérations de la conférence avaient reposé sur des données inexactes. Vers midi, en effet, le souverain inquiet avait prescrit qu'on adressât au général Goffinières, commandant supérieur de la place de Metz, le télégramme suivant : u Par ordre de l'empereur, avez-vous des nouvelles du maréchal Bazaine? Envoyez-en d'urgence au camp de Ghâlons. " La réponse était arrivée à 3 h. 45 de l'après-midi. Assez pessimiste, elle portait en substance qu'une ^ affaire très sérieuse » avait eu lieu le 16 vers Gravelotte et que l'avantage était resté à l'armée française, qui avait subi des pertes très élevées; puis, contredisant cette première impression d'un succès, la dépêche mandait que le maréchal Bazaine s'était replié sur Metz et campait sur les hauteurs de Plappeville; elle déclaraitenfin très inexactement que Metz était » à peu près bloquée (l) " .

Un peu plus tard. Napoléon III avait reçu un télégramme du maréchal Bazaine lui-même et l'avait aussitôt transmis à Paris (2) sans le communiquer immédiatement au maréchal de Mac-

Déposition de M. Benoit, maire de Verdun (audience du 25 octobre 1873).

(1) Cf 1870, la Guerre en Lorraine, II, 160.

(2) Expédié de Metz le 17 août à 4 h. 28 soir, transmis à Paris à 4 h. 55.

Malîon (1). Le commandant de l'armée de Lorraine annonçait que l'ennemi avait été repoussé le 16, que les troupes françaises avaient a passé la nuit sur les positions conquises » , mais que la grande consommation de munitions et le manque de vivres avaient obligé l'armée à se rapprocher de Metz pour ravitailler ses parcs et ses convois. Le maréchal Bazaine ajoutait que l'armée était établie à l'ouest de la place, entre Saint-Privat et Rozérieulles, et qu'elle se remettrait en marche vraisemblablement le 19 en se dirigeant plus au nord, de façon à éviter des combats qui retarderaient son mouvement

L'empereur, auquel ce message parut insuffisamment clair, télégraphia à Bazaine le 17, à 5 h. 10 du soir : « Dites-moi la vérité sur votre situation, afin de régler ma conduite ici... « Deux heures après, le maréchal répondit qu'il envoyait au camp de Ghâlons le commandant Magnan, son aide de camp, chargé de donner au souverain toutes les explications nécessaires (2).

Mac-Mahon pouvait espérer que cet officier lui apporterait les instructions qu'il avait vainement sollicitées dès qu'il avait reçu la lettre de service lui conférant le commandement de l'armée de Ghâlons. L'empereur auquel il s'était adressé

(i) Le maréchal n'en eut connaissance que le lendemain 18 (Souvenirs inédits).

(2) Cf. 1870, la Guerre en Lorraine, II', 163.

Page 1