‹ 1870 - SedanChapitre 9 sur 177 · OPINION DE L'IMPÉRATRICE · texte numérisé non relu

OPINION DE L'IMPÉRATRICE

Les décisions prises à la conférence du camp de Ghâlons ne pouvaient manquer d'être très mal accueillies par l'impératrice et le ministre de la Guerre. La régente était absolument opposée au retour de l'empereur à Paris (I), peutêtre, suivant un historien, parce qu'elle jug^eait Napoléon III discrédité par ses défaites et que, soucieuse de sauver l'Empire pour son fils, elle se préoccupait de paraître se détacher du souverain vaincu. Le g^énéral de Palikao n'admettait pour l'armée de Ghâlons d'autres combinaisons militaires que celles qui la dirig^eraient vers la frontière. Il préférait d'ailleurs n'avoir à ses côtés qu'une femme impuissante à le contrôler, et qui lui laisserait toute liberté pour l'org^anisation de la défense du pays (2). Il avait appris enfin, le 17, vers 6 heures du soir, qu'à la suite d'une bataille livrée la veille, Bazaine n'avait pas encore quitté les environs de Metz.

A Ghâlons, d'autres influences s'exerçaient auprès du souverain pour le faire revenir sur les décisions de la matinée. Suivant un témoignage de l'empereur, postérieur aux événements, cer-

(1) H. Welschinger, La Guerre de 1870, causes et responsabilités, I, 274.

(2) P. DE LA GoncE, loc. cit., VII, 172-173.

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tains hommes, dont Topinlon avait pour lui un g^rand poids, voyaient à son retour de graves inconvénients. « Si le chef de TÉtal revenait à Paris après un succès, disaient-ils, il y arriverait avec la force morale nécessaire pour rétablir la confiance, relever les courag^es, et dompter les mauvaises passions; mais rentrer aux Tuileries après de pénibles revers, abandonner l'armée pour être obligée de combattre peut-être dans la rue les fauteurs de désordre, c'est un rôle qui ne peut lui convenir. Au point où en sont les choses, la nécessité d'une dictature est évidente, et cependant le prestige de l'empereur est trop affaibli pour qu'il puisse s'en emparer. Il faudrait, pour sauver le pays, avoir recours aux mesures les plus énergiques, modifier peut-être le ministère, dissoudre le Corps législatif, sévir contre beaucoup d'individus qui jouissent momentanément de la faveur populaire, et ces mesures, quoique légales, auraient l'air d'un coup d'État (l). "

Ces mêmes hommes doutaient que l'opinion publique suivît l'empereur dans cette voie. Ils faisaient observer d'ailleurs qu'il n'existait plus à Paris de force armée sur laquelle le souverain pût compter, et qu'on augmenterait encore les difficultés de la situation en y envoyant la garde

(1) OEuvres posthumes de Napoléon III, loc. cit., 107.

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