‹ 1870 - SedanChapitre 101 sur 177 · NOUVELLES DE L'ENNEMI · texte numérisé non relu

NOUVELLES DE L'ENNEMI

au beau, et la bonne humeur renaît peu à peu.

Soudain de graves nouvelles circulent. Des paysans accourent de Stenay, de Belval, de Boisdes-Dames, et annoncent que des colonnes ennemies s'avancent à travers les forêts de Dieulet et de Belval (1).

Dans sa conviction, peu fondée d'ailleurs, que l'adversaire de la veille marche sur Stenay, le g^énéral de Failly n'est nullement ému d'apprendre ces mouvements à travers les bois situés au sud de Beaumont. Il ne jug^e même pas utile d'envoyer des reconnaissances pour vérifier le fait. Pourtant, les avertissements se multiplient et se précisent : à 10 h. 45 environ, de Failly apprend, par l'adjoint à l'intendance Gamelin, que la ferme de Beaulieu « est pleine d'Allemands (2) « ; Mme Burdo, fermière de la Tuilerie, apporte à Beaumont une nouvelle analog^ue, en prévenant tous les camps sur son passage (3) ; M. Lagosse, maire de Montgon, signale l'arrivée de colonnes ennemies par la route de Stenay (4) . Ces informations ne trouvent que la plus complète incrédulité. Une femme d'un grand cœur et d'un ardent patriotisme, Mme Bellavolne,

(1) Journal de marche du ô" corps (Clémeur) ; Rapport du colonel Weissenburgcr, du 17* de ligne.

(2) Général Fr. Canongk, Trois héros, 44.

(3) Ibid., 478.

(4) Note adressée à la Section historique de l'état-major de l'armée, par >r Lagosse, le H février 1902.]

fondatrice du petit hospice de Beauséjoiir, accourt à Beaumout, au péril de sa vie, prévient quelques officiers réunis à la cure, puis se rend en hâte chez le maire afin d'avertir le g^énéral de Failly lui-même du dan^jer imminent. Le (général vient de se mettre à table ; elle ne peut le joindre qu'avec difficulté et obtient pour toute réponse : « Ma bonne dame, cela est impossible (1) . » Une « incroyable sécurité » continue donc à ré(jner parmi les troupes du 5® corps : les g^énéraux et presque tous les officiers supérieurs ont couché au bourgs et se disposent à y déjeuner; les hommes préparent leur repas ou mang^ent la soupe; un grand nombre de soldats circulent à Beaumont, à Letanne, à Pouilly même; on conduit les chevaux à l'abreuvoir; on vaque à divers travaux de propreté (2) .

Peu de temps après le dernier avertissement donné au général de Failly, vers midi un quart, les premiers obus s'abattent sur les camps français.

(1) Defourny, curé de Beaumont, L'Année de Mac-Mahon et la bataille de Beaumont, 96-97; Général Fr. Canonge, toc. cit., 96 (récit fait au général Canonge en 1880 par Mme Bellavoine).

(2) Ibid.

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