CANONNADE DE LA 8^ DIVISION
ag^itation se produit tout à coup dans les camps les plus proches occupés par les IV et 46" de ligne (1). Ce dernier régiment vient d'être prévenu, en effet, de l'arrivée des Allemands par un soldat isolé qui est accouru en criant : « Aux armes ! », et cet appel semble s'être répercuté jusqu'au bivouac du IV (2). Constatant le fait, Alvensleben ne croit pas devoir attendre le complet déploiement de la 16^ brigade; il prescrit aux batteries d'avant-garde d'ouvrir le feu sur le camp français le plus rapproché, c'est-à-dire avec la hausse de 700 mètres. Il est midi 15 environ (3) . La canonnade détermine l'entrée en ligne de la 7* division (4). Dès 11 heures et demie, le peloton de dragons qui marchait à la pointe d'avant-garde de cette colonne a trouvé la ferme de Belle-Tour inoccupée, mais s'est heurté, sur une hauteur au nord, à la compagnie de grandgarde du 17® de ligne. Le 66% régiment de tête, sort peu à peu des bois et se déploie à cheval sur le chemin de Belle-Tour à Beaumont. La batterie d'avant-garde s'établit sur la hauteur abandonnée par la grand'garde française (5) .
(1) Ces deux régiments constituent, avec le 4* bataillon de chasseurs, la 1" brigade de la division Goze.
(2) Historiques des IP et 46* de ligne.
(3) Historique du grand Etat-major piiissicn, VII, 995.
(4) De Belle-Tour, on ne pouvait apercevoir ni les camps français de Beaumont, ni les mouvements de la 8^ division.
(5) Historique du grand État-major prussien, VII, 996.
Ainsi, une fois de plus dans cette malheureuse guerre, nous étions surpris dans nos camps, et, ce jour-là, dans des conditions particulièrement critiques et démoralisantes, sous le feu, à portée très efficace, de trois batteries (1). Les événements prouvent qu'il eût suffi de Toccupation des fermes de Beaulieu, Belle-Tour, Petite-Forêt, Belle-Volée et Beauséjour , chacune par une compagnie, pour donner à la surprise des proportions infiniment moindres. Ces grand'gardes eussent résisté en effet, donné l'alarme et permis aux troupes de s'équiper et de se former avant d'être exposées au feu de l'artillerie ennemie. Il faut sans doute attribuer à la fatigue cette absence totale des précautions les plus élémentaires. Mais on ne saurait invoquer cette cause comme une justification. Il est, à la guerre, des circonstances où le général en chef doit, sous peine de manquer à ses devoirs, s'affranchir totalement des sentiments de pitié à l'égard de quelques fractions chargées d'assurer le repos et la liberté d'action de tous (2). On l'a dit très justement : « A la guerre, on peut être battu sans déshonneur ; on n'a pas le droit d'être surpris,
(1) Le 31 août, en parcourant le champ de bataille, le roi de Prusse et Bismarck remarquent que l'artillerie a surpris les Français « en plein bivouac. On le reconnaissait aux chevaux morts qui se trouvaient encore à la longe, aux cadavres en manches de chemise et aux marmites encore remplies de pommes de terre bouillies» (Bdsch, Les ine'ynoires de Bismai'ck, I, 85).
(2) Colonel Derrégagaix, loc, cit.
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aussi bien sur le champ de bataille que dans les marches et dans les cantonnements (1). w
Au premier coup de canon, suivi d'un court silence, puis d'une «immense clameur» , chacun, dans le camp français, court aux armes. Le désarroi, la confusion et, pour certaines unités, la panique sont inexprimables. C'est « un péle-mèle effroyable » d'hommes qui se croisent et se heurtent, s'équipent à la hâte, se précipitent aux faisceaux, sellent ou harnachent les chevaux affolés, courent en tout sens avec leurs attelages. La population de Beaumont, saisie d'épouvante, aug^mente encore le désordre en fuyant à travers les tentes et les parcs (2) . Partout les officiers font des prodigues de sang^-froid et de vigueur, et se multiplient pour conjurer les effets de cette crise, pour empêcher leurs hommes de se débander, pour les réunir et les former en bataille. Grâce à leurs efforts et à ceux des cadres et des soldats ayant subi l'épreuve de plusieurs campagnes, il ne se produit que quelques défaillances partielles.
Revenues de leur première surprise, les troupes parviennent en général à se ressaisir assez vite et à se grouper autour de leurs chefs, en dépit
(i) Général Boxnal, loc. cit., 286.
(2) Defocr^^y, loc. cit., 98-99.
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d'une grêle d'obus, puis de balles dont Tin- j tensité augmente sans cesse. Les généraux se hâtent de quitter Beaumont et accourent aux camps où, donnant l'exemple du calme et du mépris de la mort, ils prennent leurs dispositions pour parer, dans la mesure du possible, à cette attaque imprévue, surgissant à si courte distance.
Parmi les troupes stationnées au sud de Beaumont, divisions Goze et Lespart, «la défense s'est bientôt organisée, prompte et vigoureuse (1) » . Non sans une certaine confusion, il est vrai, les brigades Saurin, à droite, etFontanges, à gauche, se déploient en première ligne; les brigades Nicolas et Abbatucci se placent derrière elles. Une chaîne épaisse de tirailleurs se constitue ; quelques fractions prennent même une offensive résolue.
Le 4^ bataillon de chasseurs, de la brigade Saurin, prêt le premier, se porte rapidement en avant vers la crête à l'ouest de la cote 212 ; il est bientôt soutenu à gauche par le IV de ligne (2). A la brigade Fontanges, le 68% campé à l'ouest du chemin de Belle-Tour (3), jette deux compa-
(1) Historique du grand État-major -prussien, VII, 1002.
(2) Historiques du 4^ bataillon de chasseurs et du 11* de ligne.
(3) Au moment de la surprise, on passait au 68*^ la revue des armes et des cartouches (Rapport du général de Fontanges, 9 septembre 1870).