OBEISSANCE PASSIVE DE DOUAY
Douay : il va donc obéir passivement aux instructions du maréchal de Mac-Mahon, continuer la marche comme si aucun incident n'était survenu et se hâter vers les ponts de la Meuse (1) .
En approchant de Raucourt, Douay aperçoit, sur le chemin venant de Yonck, des voitures du train, arrivant bride abattue, des officiers et des soldats blessés, d'autres se traînant à peine, surtout une grande quantité de fuyards appartenant principalement à la V^ brigade de la division Conseil Dumesnil. A la vue de « cette débandade » , Douay se demande s'il convient toujours d'aller passer la Meuse à Villers-devant-Mouzon. Le pont ne sera-t-il pas obstrué par les troupes du 5^ corps, qui n'auront pas pu s'écouler par celui de Mouzon? Peut-être même sera-t-il au pouvoir de l'ennemi. Il se décide finalement à se porter sur Remilly, bien que la distance soit plus considérable et que le passage soit réservé au 1" corps et à la division de cavalerie Bonnemains (2). Ainsi, de plus en plus, il s'éloigne du 5® corps dans un esprit d'excessive soumission aux ordres du commandant en chef et sans suffisamment considérer peut-être que ces événements imprévus exigent de sa part un acte d'initiative et de solidarité.
(1) Histoire de i armée de Châlons, par un volontaire de l'armée du Rhin, 122-123.
(2) Prince Bibesgo, loc. cit., 106, 109.
240 REAUMOMT
Quelles étaient les causes de la déroute dont Douay avait eu l'affligeant spectacle?
Après une halte à Stonne, la division Conseil Dumesnil et le convoi se sont remis en marche par la route de Beaumont afin de g^agner, par Warniforêt, Yonck et Autrecourt, le pont de Villers-devant-Mouzon. D'après les instructions verbales de Mac-Mahon, il faut arriver à la Meuse « coûte que coûte, avant le soir (1) » .
Le 99® est toujours en tête, le 47® est échelonné sur le flanc droit, le 2P derrière la longue colonne des voitures. Le général de Bretteville reste provisoirement à Stonne avec le 3® de ligne ; Douay garde avec lui le 17® bataillon de chasseurs et, ce qui s'explique difficilement, l'artillerie divisionnaire. La division de cavalerie Ameil stationne à l'angle des routes de Beaumont et de Raucourt, afin de former l'extrême arrière-garde du corps darmée et de couvrir, en particulier, la division Conseil Dumesnil (2).
Vers midi, le canon se fait entendre vers la direction de Beaumont, mais on n'y prête pas tout d'abord une grande attention : « on suppose que c'est la répétition et la suite des combats d'avant-
(1) Notes sur les opérations de la division Conseil Dumesnil
(2) Ibid.