‹ 1870 - SedanChapitre 137 sur 177 · FUNESTE DÉCISION DE DOUAY · texte numérisé non relu

FUNESTE DÉCISION DE DOUAY

Douay prend alors une mesure étrangle, que l'on ne parvient pas à s'expliquer, tant elle est propre à amener la désorg^anisation de son corps d'armée. Il prescrit aux chefs de corps de se porter immédiatement sur Sedan, chacun pour son compte et « par la manœuvre la plus rapide (1) » . La situation n'exigeait certes pas des dispositions aussi contraires au bon ordre, à la discipline et au moral des troupes. Le général Doutrelaine, commandant le génie du corps d'armée, est chargé de la destruction des ponts avant le jour. Puis Douay s'achemine sur Sedan par la rive gauche avec la division Liébert, les batteries de la division Dumont et la réserve d'artillerie.

» On commença alors une marche insensée, les voitures se doublant l'une l'autre dans la nuit noire et bousculant sans merci des groupes d'hommes épars de tous les régiments et de tous les corps, marchant au hasard, droit devant eux, sans ordres et sans chefs (2). m A 5 heures du matin, Douay arrive à Sedan où l'ont précédé les escadrons du général Ameil et ce qui reste de la division Conseil Dumesnil; il est suivi de près par les troupes qui ont marché le long de la rive droite. Après la pénible journée du 30 et la nuit sans sommeil consécutive, l'aspect du corps

(1) Prince Bibesco, loc. cit., 116.

(2) Histoire de Carmée de Châlons, par un volontaire de l'armée du Rhin, 131.

d'armée est lamentable : « Hommes et chevaux étaient brisés par la fatigfue, la faim, le froid et les émotions qu'ils subissaient sans relâche depuis vingt-quatre heures. Les chevaux faisaient pitié; ils se traînaient plutôt qu'ils ne marchaient. Quant aux hommes, la lassitude était arrivée à ce point qu'à peine assis, les plus énergiques succombaient au sommeil (1) • " Et toutes ces manifestations de dépression physique et morale ne font qu'augmenter l'admiration que susciteront la plupart de ces troupes le lendemain par leur bravoure et leur solidité au feu.

(1) Prince Bibesco, loc. cit., 117.

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