LA RETRAITE SUR SEDAN
Idée directrice de Mac-Mahon dans la journée du 30 août. — Ses perplexités au sujet de la direction à suivre le lendemain. — A l'issue de la bataille, il se décide à se replier sur Sedan et Méziùres. — Son erreur sur les effectifs de l'ennemi. — Marche des 5" et 12* corps. — L'encombrement sur les routes de Mouzon et de Garignan à Douzy. — Dispositions prises par les généraux Ducrol et Margueritte.
Durant toute la journée du 30 août, le maréchal de Mac-Mahon semble avoir suivi obstinément cette idée directrice : mettre la Meuse entre son armée et Tennemi. Or, en admettant même que tous les corps eussent exécuté sans encombre les instructions du commandant en chef et fussent parvenus à se soustraire complètement, ce jourlà, aux atteintes des Allemands, la situation n'en eût pas moins été très précaire. Une partie de la IIP armée aurait sans doute suivi nos traces, et le reste, ainsi que l'armée de la Meuse, aurait franchi la Meuse vers Stenay et au nord, de telle sorte que le maréchal, continuant le 31 à marcher sur Montmédy, aurait été attaqué par des forces supé rieures et aurait subi, le lendemain au plus tard.
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le désastre qu'il éprouva à Sedan (1) . Il n'en pouvait être autrement si l'armée poursuivait l'exé- ' cution du plan du ministre de la Guerre dans une zone si voisine de la frontière belge et persistait, comme précédemment, à se dérober sans cesse aux forces adverses, au lieu d'accepter et même de provoquer résolument la bataille. Aussi a-t-on pu dire justement « que la défaite de Beaumont, malgré ses résultats immédiats, était en somme presque un bonheur. Elle était de nature, en effet, à rendre évident le péril vers lequel on marchait depuis trois jours et à dessiller les yeux des plus aveugles (2) » .
Pourtant, dans les dernières heures de l'aprèsmidi du 30 août, le maréchal de Mac-Mahon n'est pas encore fixé sur le parti auquel il s'arrêtera et sur la direction éventuelle de sa marche. Il hésite entre deux solutions : la continuation du mouvement vers Montmédy et Metz ou l'abandon du plan Palikao, c'est-à-dire la retraite sur Mézières. Selon toute vraisemblance, sa résolution définitive n'est prise qu'à l'issue de la bataille de Beaumont. Il est difficile, en voyant l'attitude des troupes du S*" corps, de ne pas avoir l'impression d'une déroute (3) , et, si l'on est sans nouvelles de
(1) A. G., loc. cit., 82-83; Prince de Hohejslohe, loc. cit., 11,257.
(2) A. G., loc. cif.83., — Cf. général DE WoYDE, /oc. ciY., II, 303.
(3) Elles sont « dans un désordre indicible » (Papiers du général Broyé).