MOUVEMENTS DU 3 1 AOUT
Positions que Mac-Mahon compte faire prendre à ses troupes
— Dans son esprit, toute l'armée doit faire face à l'est. — Le 7"" corps, arrive sur le plateau de l'Algérie, obtient d'y rester.
— Le général de Failly remplacé par Wimpffcn à la tète du 5* corps. — Mouvement du l'"' corps. — Son arrivée tardive au bivouac. — Marche du J 2* corps. — Instructions de Moltke pour le 31 août. — Opérations de l'armée de la Meuse et de la IIP armée. — Combat de Bazeilles. — Les quartiers généraux allemands dans la nuit du 31 août. — Instructions donnée» par les commandants d'armée. — Le mouvement d'ensemble des Allemands.
Devançant ses colonnes et passant par Mairy et Douzy, le maréchal de Mac-Mahon s'arrête un peu après minuit à un kilomètre environ à Test de Bazeilles. C'est là qu'il expédie à l h. 15 ce télégramme : « Mac-Mahon fait savoir au ministre qu'il est forcé de porter ses troupes sur Sedan. »» Puis il attend le jour, afin de reconnaître les positions où s'établirait l'armée « qui pourrait être attaquée dans la journée fl; ". Le 31, à l'aube, il parcourt les hauteurs de la rive droite
(1) Maréchal de Mac-Maho5, Souvenirs inédits.
de la Givonne, et indique à son chef d'état-major les emplacements que prendront les différents corps d'armée.
Le 12^ corps occuperait Bazeilles et les collines à l'ouest de la Moncelle et de Daigny ; le 1" s'établirait à sa gauche, à l'ouest de Givonne; le 7^ à gauche du précédent, jusqu'à lUy; le 5^ servirait de réserve à peu près à hauteur du centre; les divisions de cavalerie Bonnemains et Margueritte se placeraient à l'ouest des bois de la Garenne. Ainsi, dans la pensée du commandant en chef, toute l'armée doit faire face à l'est : le maréchal ne prévoit pas un mouvement des armées allemandes vers la seule ligne de retraite qui lui demeure ouverte, la route de Sedan à Mézières.
En réalité, toutes les troupes ne vont pas prendre les positions prescrites : un certain nombre d'unités ne reçoivent pas les ordres ou sont avisées trop tard et viennent bivouaquer autour de Sedan sur les emplacements qu'elles choisissent à leur gré et où elles seront séparées de leur corps d'armée qu'elles ne rejoindront plus .
Arrivé à Sedan par les deux rives de la Meuse, le 7^ corps a traversé la ville et s'est établi au nord-ouest sur le plateau de l'Algérie, lorsque lui arrive l'ordre de se porter vers Illy. Doiiay rend compte au maréchal des événements de la veille et lui demande, en raison de la fatigue des troupes, l'autorisation de les laisser sur les empla-
céments qu'elles occupent. Satisfaction est donnée à ce désir : seule la division de cavalerie Ameil chan^ore de bivouac et va, de Fond de Givonne, s'établir près de l'Algérie (1).
Après avoir bivouaqué à Sachy et à Pouru- Saint-Remy, le 5^ corps a repris son mouvement le 3 1 à 6 heures du matin, mais le croisement d'autres colonnes l'arrête à plusieurs reprises, de sorte qu'il n'arrive devant Sedan que vers 10 heures. Les divisions Goze et L'Abadie s'établissent sur les g^lacis du front est de la place, la division Lespart et la réserve d'artillerie au Vieux Camp. La division de cavalerie Brahaut, faute d'ordres, s'est dirigée de Lombut sur Givonne, llly, Fleigneux, où le maréchal lui prescrit de rester provisoirement (2) .
Vers 2 heures, de Failly vient de passer dans les bivouacs, quand le général de Wimpffen lui apprend, à sa grande surprise, qu'il le remplace dans le commandement du b" corps. Bien que le maréchal ait reçu dans la matinée la visite de
(1) Maréchal de Mac-M\uo.>, Souvenirs inédits; Journal de marche de la division Ameil. — Les brigades Bordas, Bittard des Portes, une partie du 47* de ligne, le 2L", le 3®, l'artillerie de la division Conseil Dumesnil avec le 17'= bataillon de chasseurs qui lui sert d'escorte, n'atteignent l'Algérie que dans la soirée (jNotes sur les opérations de la division Conseil Dumesnil; Rapport du général Bordas; Historique de la brigade Bittard des Portes).
(2) Journal de marche du ô" corps (Clémeur) ; Rapport du général Brahaut; Journal du capitaine de Lanouvelle.
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Wimpffen, il n'a pas cru devoir prévenir encore de Failly de cette disgrâce justifiée. Ce dernier reçoit peu après l'avis officiel de la nomination de Wimpffen et rejoint aussitôt Tempereur à Sedan (1).
Débarrassé des bagages et des services administratifs acheminés sur llly en vue d'une retraite générale vers Mézières (2), Ducrot établit au lever du jour plusieurs bataillons, une batterie de 12 et des mitrailleuses sur le mont Tilleul, de façon à couvrir la retraite d'une colonne se dirigeant de Mouzon sur Garignan. La ville, le pont sur la Ghiers et la gare sont occupés par le 56" de ligne. Mais aucune troupe française n'apparaît; seuls, quelques éclaireurs ennemis se montrent dans le lointain (3). A 8 heures du matin, pensant avec raison que l'armée s'est repliée par Mairy et Douzy, Ducrot prend le parti de commencer sa marche et informe le maréchal qu'il se dirige sur llly. La route de la vallée de la Ghiers lui paraissant peu sûre et étant d'ailleurs encombrée de voitures, il y engage seulement la réserve d'artillerie qui part dès 3 heures du matin, et il fixe l'itinéraire par Osnes, Messincourt, Pouru-aux-Bois, Francheval, Villers-Gernay, Givonne, d'un parcours sensible-
(1) Journal de marche du 5'' corps (Glémeur).
(2) Voir supra, p. 289.
(3) Journal de marche du 1'''' corps; Conseil d'enquête sur les capitulations; Journal du colonel d'x\ndigné.
ment plus long^ et plus accidenté. L'étape est rendue plus pénible encore par les dispositions prises : le chemin est réservé à l'artillerie divisionnaire encadrée par l'infanterie des divisions Pelle et Lartig^ue qui marchent à travers champs, flanquées sur leur gauche par la cavalerie des généraux Michel et Margueritte. Les divisions Wolff et L'Hériller et la brig^ade lég^ère Septeuil, qui sont restées à Douzy pendant la nuit (l), sont déjà, sur l'ordre direct du maréchal, en route vers Sedan par Douzy, Riibécourt, Dai([ny, Fond de Givonne (2^. Vers midi, Ducrot, précédant ses colonnes, arrive à Francheval. Le village est obstrué par les bagages et les parcs des 5" et 1 S*" corps qui, canonnés par des batteries ennemies établies sur la rive gauche de la Meuse près de Hemilly, ont quitté la grande route en désordre pour se jeter sur les hauteurs. Parmi eux, et pêle-mêle, des isolés : ««fantassins, cavaliers, artilleurs, presque tous sans armes et sans sacs, abattus, fatigués, sales, les vêtements déchirés, à pied ou sur des mulets, sur des chevaux blessés, sur des chevaux d'attelage, sur des caissons, sur des charettes... (4) » . 11 en résulte un arrêt de trois heures pour le 1" corps.
(1) Voir suprà, p. 276.
(2) Général Ducnor, loc. cit., 12-14; Historiques du 13" balaiilon de chasseurs et du 20*^ d'artillerie ; Journal de marche de la division L'Hériller.
(3) Docteur Sarazix, Récits sur la dernière guerre franco-allemande, 111,
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A ce moment, le 12' corps livre un combat à Bazeilles, et une colonne ennemie s'avance de Mouzon sur Douzy. Ducrot, jugeant comme la veille qu'il n'y a pas lieu de marcher au canon, se borne à prendre quelques dispositions pour poursuivre son mouvement sur Illy sans être inquiété (1).
Vers 4 heures de l'après-midi, Ducrot se trouve entre Villers-Gernay et Givonne, quand il reçoit du maréchal de Mac-Mahon l'ordre de se rabattre sur Sedan (2). Ducrot obéit, mais avec un profond regret. Le colonel Robert, chef d'étatmajor du V^ corps, envoyé auprès du maréchal pour recevoir des instructions sur les emplacements à occuper, revient avec l'ordre de prendre position sur les hauteurs à l'ouest de Daigny et de Givonne (3). Tous ces incidents ralentissent notablement l'installation du V corps : la division Pelle n'atteint son bivouac qu'à la nuit
(i) Journal de marche du l^"" corps. — Ce document est en légère contradiction sur ce point avec le journal du colonel d'Andigné, chef d'état-major de la 4® division, d'après lequel les 2" et 4^ divisions tout entières auraient pris position sur les hauteurs entre Francheval, Villers-Cernay et Rubécourt.
(2) La lettre débutait ainsi : « Mon cher général, je vous avais fait donner hier ordre de vous rendre de Garignan à Sedan et nullement à Mézières oii je n'avais pas l'intention d'aller... » (Général Ducrot, loc. cit., 14.) — Ducrot ajoute qu'il n'avait pas reçu cet ordre.
(3) « Le maréchal parut n'avoir pas une idée très nette des emplacements qu'il entendait donner au 1" corps » (Notes du colonel Robert).
tombante, les dernières fractions de la division Lartig^ue à 11 h. 30 du soir. Elles se placent à l'est du bois de la Garenne, derrière les divisions Wolff et L'Hériller. La division de cavalerie Michel s'établit, très tard également, au nord-est de Fond de Givonne (1) . Les troupes sont exténuées et, par surcroît, privées pour la plupart de distributions.
La division de cavalerie Marg^ueritte, laissée sans ordres, pousse jusqu'à Illy; la division de cuirassiers Bonnemains g^agne Floing^, à défaut d'autre indication (2).
Les trois divisions d'infanterie du 12^ corps, parties de Mouzon à 9 heures du soir, ont marché très péniblement, dans la nuit du 30 au 31, sur les hauteurs, a à travers un pays dénué de chemins et assez accidenté (3) » , tandis que la division de cavalerie et la réserve d'artillerie, venant de Garignan, suivaient la route de Sedan par Sachy et Douzy. La division Vassoigne, formant tête de colonne, ne rejoint cette route, près de Mairy, qu'au point du jour. Après une halte de trois quarts d'heure, pendant laquelle le général Lebrun fait modifier les dipositions prises par
(1) Journal de marche du i" corps. — L'artillerie de la division L'Hériller est à Saint-Menges. tJne batterie à cheval, laissée la veille à la brigade de cavalerie Septeuil, est séparée d'elle et va jusqu'à Mézières.
(2) Journal de marche de la division Bonnemains.
(3) Général Lebru:^, loc. cit., 76.
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la division d'arrière-g^arde, le 12' corps se remet en moiivemenl. Vers 8 heures et demie, les premiers éléments arrivent à Doiizy; mais il faut s'arrêter pour laisser passer des troupes et des voitures de toutes sortes des l" et S*" corps, marchant dans la plus grande confusion et suivies de la réserve d'artillerie du 12® corps venant de Garignan. Le général Lebrun ne peut reprendre son mouvement qu'à 10 heures.
Déjà les divisions Vassoigne et Grandchamp ont atteint Bazeilles, quand la division Lacretelle, encore échelonnée sur la route entre Bazeilles et Douzy, est canonnée par des batteries du I" corps bavarois établies sur les hauteurs au nord-ouest de Remilly, sur la rive gauche de la Meuse. Leurs obus jettent quelque confusion aux abords de Bazeilles parmi les convois des corps qui se sont attardés à partir de Douzy. Le général Lebrun prescrit à Lacretelle de quitter la grande route, de se diriger par Lamécourt sur Daigny, d'y franchir la Givonne et de prendre position sur les collines de la rive droite. Sur ces entrefaites, le combat s'est engagé à Bazeilles entre les Bavarois et un régiment de la brigade Cambriels, soutenu plus tard par une partie de la division d'infanterie de marine.